Ce nouvel album de Kiriko Nananan raconte avec délicatesse les souffrances de quatre jeunes japonaises d’aujourd’hui.
Tôko est une jeune dessinatrice qui a bien réussi mais qui n'arrive toujours pas à accepter que son ancien petit-ami l'ait quittée. Boulimique, elle reste enfermée chez elle toute la journée, et elle dessine et rumine sa souffrance. Sa colocataire Chihiro est simple et mignonne, et n'a pas de problème pour se trouver un ou plusieurs petits-amis, mais elle leur en demande beaucoup trop. Et quand les hommes la blessent, elle redirige sa souffrance sur Tôko qu'elle accable comme elle le peut.
Parallèlement, Riko ne cesse de répéter qu'elle aimerait être amoureuse. Mais elle est toujours seule. Enfin la belle Akiyo, qui travaille comme prostituée, ressent un amour tellement fort pour Kikuchi qu'elle préférerait mourir si celui-ci ne répondait pas à ses sentiments…
Après Everyday, voici un nouvel album de Kiriko Nananan, paru en 2002 au Japon qui explore l'intimité des jeunes japonaises en proie avec des tourments qui, contre toutes apparences, ne sont pas seulement amoureux. Kiriko Nananan a le don pour mettre l'accent sur les désirs et les frustrations de ses personnages, dans toutes leurs contradictions, et pour faire ressentir leur détresse à travers un récit pourtant très elliptique. Ces histoires sont illustrées par un dessin épuré, presque froid de prime abord, mais finalement extrêmement expressif grâce à des effets de contrastes. En effet, le trait de crayon de l'auteur, presque géométrique dans les décors, contraste avec des personnages aux lignes incertaines qui traduisent leur trouble intérieur. De même les gros plans sur les visages contrastent avec les vues de décors ou d'objets décadrés qui donnent un aspect biscornu aux images. Enfin, les cases blanches dans lesquelles se déroule l'histoire contrastent avec de grandes cases noires qui barrent la page comme un noir cinématographique, donnant l'impression de regarder un bon film.
C'est grâce à ces procédés graphiques et à ce style si particulier et reconnaissable au premier coup d'œil que les albums de Kiriko Nananan acquièrent toute leur originalité. On aime ou on n'aime pas évidemment, car ce style de dessins peut évidemment rebuter, ou ne pas sembler assez beau ou assez fouillé en comparaison d'autres mangas. Mais vous pouvez aussi lire cet album pour son histoire particulièrement touchante, et si vous vous prenez au jeu, il vous sera difficile de quitter Tôko et Chihiro ! Un seul regret cependant : l'histoire de Riko ne paraît pas assez développée, et le personnage semble un peu fade et finalement inutile au récit. On aurait peut-être aussi aimé que l'auteur mette un peu plus l'accent sur le personnage très intéressant d'Akiyo, dont l'histoire n'est finalement qu'esquissée en comparaison de celle beaucoup plus fouillée de Tôko et Chihiro.
Au final, ce pavé de 340 pages plutôt destiné aux jeunes filles se dévore en quelques heures, mais attention à ne pas le lire en période de célibat prolongé, sinon déprime assurée…
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