En revenant de Pontoise: Deuxième partie
le 29/07/2008 - par Thomas Dumoulin Il y a 3 commentaires. Réagissez vous aussi !Deux drames se sont abattus sur Lars Christiansen, citoyen danois exilé à Pontoise qui se passionne pour le passé de la ville et son habitant le plus célèbre: l'alchimiste Nicolas Flamel.
7.
Marion prit la lettre et la décacheta.
« Je la lis, simplement ?
-Oui, faites, dit Sénéfiand.
-J'y vais.
Chère Marion,
Je sais que vous trouverez rude que je ne prenne pas le soin de vous parler de vive voix. Grand Dieu si vous saviez à quel point j'aimerais le faire à présent ! Aujourd'hui que le temps me manque je m'aperçois avec horreur que j'aurais pu mieux employer le temps passé à vos côté plutôt que de n'être obstiné que par ce Flamel qui, à l'évidence, me perdra.
Je dis cela car à présent que je suis sur le point de percer son Grand Œuvre, je doute qu'on m'en laisse le loisir. Vous vous souvenez sans doute de la salamandre que je vous ai montrée au musée de Cluny. Figurez-vous qu'en la suivant, j'ai fait d'intéressantes découvertes sur l'origine de la fortune de Flamel. Vous trouverez sur mon ordinateur tous mes travaux. Je suis tout près du but - je n'aurais jamais assez de temps. Si peu de temps !
Sa fortune est liée à Pontoise. Sa fortune est liée à votre ville, Marion. Si seulement j'avais pu aller trouver sa maison moi-même, pendant qu'il était encore temps, nous saurions peut-être déjà toute la vérité. Il n'en est rien, c'est pour cela que je vous mets au parfum. S'il devait m'arriver quelque chose -et j'ai comme l'impression que ce sera le cas, on ne peut se défier devant son destin- je sais que personne d'autre que vous ne sera en mesure de porter à bien mes recherches. Méfiez-vous simplement de ceux qui suivent ma voie. Je ne peux que trop vous recommander d'être prudente. C'est d'eux dont j'ai peur à présent.
S'il devait m'arriver quelque chose, sachez que c'est ni à Flamel ni à Pontoise que je penserais au dernier moment.
Vous souhaitant, chère Marion, la meilleure des continuations possibles je vous encourage vivement à suivre les salamandres vertes.
Votre très dévoué Lars. »
Sénéfiand n'attendit même pas qu'elle repose la lettre sur la table.
« Mademoiselle Fougères, vous qui connaissez bien la maison, veuillez s'il-vous-plaît nous indiquer où se trouve l'ordinateur que nous procédions immédiatement à une saisie. »
La jeune femme demeurait immobile, le regard vide suspendu dans les airs. Elle avait lu la lettre et avait captivé ses auditeurs. Mais ce que la lettre signifiait était bien différent pour elle. Elle n'avait pas prêté la moindre intention aux attentions que lui avait communiqué, post mortem, son très dévoué Lars. Tout ce qu'elle avait retenu, c'était le paragraphe sur la maison de Pontoise.
La maison, c'était sans conteste celle qu'il lui avait demandé d'aller voir quand il l'avait appelée. Si elle avait fait l'effort d'être présente à ce moment là pour son ami, il serait peut-être encore de ce monde. Au lieu de cela, elle s'était vexée, comme une gamine. Jusqu'à ce qu'il en crève. C'était con, de tuer les gens parce qu'on était susceptible.
« Nous allons étudier l'ordinateur et chercher des indices.
-Vous ne pourrez pas. Lars verrouille sont ordinateur avec un mot de passe.
-Ce n'est pas ce qui arrête les spécialistes de la police-
-J'étais souvent avec lui, j'en sais pas mal. Venez, l'ordinateur est... »
Elle s'arrêta net. Et pour cause : Lars avait l'habitude de travailler dans sa bibliothèque. Celle-là même qui était partie en fumée.
« Vous avez trouvé un ordinateur ? demanda Sénéfiand.
-Un truc calciné avec un écran dessus, ça compte ? S'enquit Perrodain. »
Sénéfiand grimaça.
« Vous pensez qu'on aurait pu trouver des indices sur son meurtrier ?
-ça, je n'en sais fichtrement rien. Mais j'aurais bien voulu savoir d'où Flamel tenait sa fortune.
-C'est à cause de cela que Lars est mort.
-Disparu.
-A ce niveau-là, je ne vois plus trop la différence. »
Ils étaient tous assis dans la cuisine d'un château du Vexin. Pas un n'était près d'ouvrir la bouche, ni de faire quoi que ce soit. Peut-être que les mots grands et œuvres rassemblés dans la même expression leur faisait peur, tant il est vrai qu'on ne se jette pas souvent dans de grands projets.
Il y eut un silence lourd. Si grand que Sénéfiand crut entendre les poutres effondrées de la bibliothèque se tordre et craquer.
« Mon frère était quelqu'un d'extrêmement organisé. Il aura fait des sauvegardes sur Internet ou ailleurs.
-Si vous savez où trouver des informations, je vous prie de nous le faire savoir au plus vite. Ce peut être un élément déterminant de l'enquête.
-Mademoiselle Fougères, je suppose que le commissaire Arnoux vous fera passer à Cergy pour effectuer une déposition un peu plus en règle que cette histoire que vous nous avez conté autour de cette table. Tout ce qu'a pu vous dire Lars sur Flamel. Nous voulons tout savoir. »
Sénéfiand n'aimait pas aller si vite en besogne. D'habitude, il appréciait qu'une multitude de pistes, même des plus intimes, soit explorée. Il ne supportait pas l'idée qu'il avait pu exclure quoi que ce soit du grand chaudron dans lequel il menait ses enquêtes.
L'image du chaudron lui était revenue subitement d'une lointaine pensée qu'il avait eut pour la première fois à Prague. Cela faisait des années qu'il n'avait pas repensé à cet instant -c'était en 2003. Il avait été envoyé en République tchèque de la part du Ministère pour donner son avis sur quelques sujets épineux juste avant l'entrée du pays dans l'Union Européenne. Il avait retenu deux choses de cette visite en Bohême : l'île de Kampa, en plein milieu de la ville, sur laquelle l'ambassade française, un magnifique palais baroque, était installée, et la Zlata Ulicka, la ruelle d'Or, un recoin du grand château royal fait de minuscules maisonnettes où un certain roi, Rodolphe-II, avait installé une cour d'alchimistes et de magiciens. Un employé de l'ambassade qu'il connaissait bien avait lâché une boutade. Tu t'imagines vivre dans l'une de ces petites bicoques ? Passer ta journée à remuer ton chaudron ?
Le fait avait marqué Sénéfiand. Premièrement, il venait tout juste de déménager -encore- à ce moment-là, et il vivait alors dans son salon, n'ayant ni le temps ni le courage de défaire ses cartons. Et surtout, l'image du chaudron caractérisait avec brio ce qu'il avait l'impression de faire de ses journées. Des ragoûts. Des tambouilles, brassées avec une grande cuiller en bois.
Il avait vidé ses cartons depuis. Changé de maison. Un féru d'alchimie s'était fait assassiner, et tout se mélangeait très bien dans le chaudron. Trop bien. Ce n'est pas censé faire des grumeaux, dans les chaudrons ?
Sénéfiand donna un nouveau coup de cuiller dans ses pensées. Il partait du principe que le gars n'avait pas survécu à l'accident, et que, dans la mesure où sa voiture avait fait une sortie de route malheureuse le même soir où sa demeure était ravagée par un incendie criminelle, ce n'était pas un accident en réalité.
C'était limpide.
Bien trop limpide pour une soupe.
Pontoise, ville médiévale. Berceau d'un alchimiste dont la réputation n'est plus à faire. C'était peut-être une soupe bien claire, mais elle allait faire pas mal de fumée et il faudrait gratter le chaudron pour s'en resservir à nouveau
« Il est évident que nous allons devoir vous placer sous surveillance rapprochée, Søren », reprit-il finalement.
La réaction du Danois fut des plus surprenantes. Il se mit à troubler et devint littéralement blanc comme un linge.
« Mais... Comment ? Enfin. Je n'ai pas tué mon frère, vous êtes fou, pourquoi aurais-je fait cela, cela n'a pas de sens ! »
L'officier Lonne, que son intuition féminine mettait peut-être au-dessus du lot, comprit immédiatement qu'il se méprenait.
« Pas en garde à vue, monsieur Christiansen. Sous surveillance rapprochée. Nous n'allons pas vous retenir. Vous êtes bien libre.
-Pardonnez ma confusion, se confondit-il en excuse. De temps en temps, il y a des mots de vocabulaire que je ne comprends pas. Je ne vais pas aller en prison ?
-Non. Mais de vous à moi, vous seriez peut-être en plus grande sécurité au poste à Cergy qu'ici. Lars était votre frère jumeau. Vous ressemblez énormément aux photos qu'on a vues de lui.
-Mon frère a gardé plus de cheveux que moi. Et même si on se ressemble énormément, comme vous dites, les femmes l'ont toujours trouvé plus joli que moi.
-Cette ressemblance vous met en danger. Si l'assassin qui a attenté à la vie de votre frère a vu la voiture tomber à l'eau mais n'a pas eu l'assurance qu'il était bien mort, imaginez quelle serait sa réaction s'il tombait nez à nez avec vous dans les rues de Pontoise ?
-Vous croyez que je devrais me cacher ? Rentrer au Danemark ?
-Cela ne sera pas possible, car vous n'avez pas le droit de quitter le territoire national tant que l'enquête n'aura pas solidement établi que vous ne pouvez plus nous aider. C'est pour cela que nous allons mettre un policier en faction devant chez vous. Pour que vous ne soyez pas menacé.
-La mesure vaut aussi pour Marion Fougères. Si le crime est lié à Flamel, le meurtrier peut considérer qu'elle aussi sait des choses. »
La jeune femme n'était pas conciliante.
« Je vais devoir me coltiner un de vos hommes dans mon dos jour et nuit ?
-Ce ne seront pas mes hommes. Je ne suis pas en charge du dossier, mademoiselle Fougères. Et ils seront deux. Sorti de cela, effectivement, vous serez surveillée en permanence, pour votre propre sécurité.
-Je me moque de ma sécurité. Je veux venir en aide à Lars !
-Nous veillerons à cela, mademoiselle Fougères. Nous veillerons aussi sur votre vie. Tant que le risque ne se sera pas évaporé, vous serez encadrée.
-Le risque ? Cela fait des années que je donne ma vie à Pontoise ? Vous croyez que l'idée de me la faire enlever parce que mon seul ami digne de ce nom a fait une découverte formidable sur ma ville et en est mort me fait peur ? Je vais poursuivre ses travaux, comme il me l'a demandé, que vous le vouliez ou non.
-Poursuivre ses travaux ?
-Je vous encourage vivement à suivre les salamandres vertes. Ça veut dire ce que ça veut dire, non ? se défendit-elle.
-Vous êtes toquée », répondit mollement Sénéfiand.
Il avait déjà la tête ailleurs.
« Je fais faire le tour de la baraque. Je n'ai visité que la bibliothèque, et ce n'était pas la pièce la mieux conservée du château.»
Sénéfiand se souvint de la réflexion que lui avait faite, dans la bibliothèque le policier-quel était son nom, Marcucki? Il n'avait retenu que les patronymes de Lonne et de Perrodain.
Tout l'étage du château de Søren était...kitsch. S'il avait été acheté en l'état à la fin du siècle dernier, il n'aurait pas été bien différent. Et il y avait effectivement un bazar incroyable d'objets en tout genre, dont l'usage échappait à tout ceux qui n'étaient pas expert.
« Vous avez vu ce bordel ? demanda le policier.
-J'étais en train de penser à vous. Votre nom, c'est bien Marcuci ?
-Micucci, avec deux « c » la deuxième fois.
-C'est marrant, je l'aurais écrit « cki ». Comme un nom polonais.
-Je suis des Pouilles. »
Sénéfiand regardait un appareil curieux. On eut dit une table montée sur roulettes, avec un attirail métallique sous le plateau.
« Vous croyez que ça date du Moyen-Age, un truc comme ça ? demanda-t-il.
-Ça ? Ça m'étonnerait. C'est un arracheur de pommes de terres. Ma sœur et mon beau-frère en ont un devant leur maison, avec des géraniums posés dessus. Ce n'est pas si vieux que ça. Pas plus de cent cinquante ans. »
Déçu que les agriculteurs du quinzième siècle n'aient pas eu à leur disposition des arracheurs de pommes de terres, Sénéfiand avançait dans le couloir.
« De toute façon, les patates, c'est venu d'Amérique, non ?
-Pour les tomates c'est certain, et le maïs. Pour les patates, j'avoue que je n'en ai aucune idée. »
Il arriva dans une pièce où les meubles juraient par leur modernité.
« C'est la chambre.
-Dites donc, ce n'est pas terrible, par rapport aux autres pièces.
-C'est du pin, ça, non ?
-Peut-être, oui.
-Il était danois, le gars, non ?
-Oui.
-Le Danemark, c'est la Scandinavie.
-Pratiquement, oui. C'est peut-être complètement dedans.
-Alors le gars se meuble chez Ikea. Il y en a un à Franconville.
-Il n'y a pas besoin de venir de Scandinavie pour se meubler suédois. J'y ai acheté des trucs, dans ce magasin. Mais ça m'étonne de Christiansen. Vous avez vu comme moi sa cuisine. Les tasses, le sucrier, les cuillers... Ce n'était pas forcément des objets de valeur, mais ils avaient l'air assez anciens.
-Moi j'aurais dit moche. »
Sénéfiand songea que les tasses en porcelaine ne se seraient assurément pas mariées avec la décoration de son propre logement.
La chambre tranchait sévèrement avec le reste de la maison. Mobilier contemporain. Il y avait un petit bureau pour ordinateur, comme on en voit essentiellement dans les catalogues, bien que cela ne l'aurait pas étonné que les neveux du commandant Micucci en aient un tout pareil dans leur chambre, si tant est que la sœur aux géraniums était maman.
Le bureau était raisonnablement en désordre. Sénéfiand avait vu des dossiers à lui autrement plus confus, mais il ne pouvait s'empêcher de noter que le bureau présentait tous les signes d'une activité. Il y avait un peau en crayon, des stylos à l'intérieur, et des crayons en papier, la plupart publicitaires : un garagiste à Cergy, notamment, et plusieurs autres enseignes de grandes chaînes. Les pieds de la chaise étaient loin d'être alignés avec ceux du bureau, elle avait due être abandonnée quand la dernière personne qui l'avait utilisée s'était levée.
L'attention de l'inspecteur retomba sur les brochures éparses. C'était pour la plupart des flyers que l'on donnait dans les événements culturels qui avaient lieu à Pontoise ou dans la région, à Auvers sur Oise par exemple. Souvent, on y retrouvait le logo de l'office du tourisme et de la société historique et archéologique. D'autres, étaient des magazines édités par la communauté d'agglomération, le Val-d'Oise ou l'Île de France en entier. Des brochures pour l'été, présentant les centres de loisirs, les musées, les sentiers de randonnées pédestres dans le Vexin.
Rien, à première vue, qui mentionnait explicitement le nom de Nicolas Flamel.
« Même dans sa chambre, il avait des trucs sur Pontoise ? Il n'arrêtait jamais, le mec, dit Micucci qui trouvait le silence gênant, bien qu'il hésitait à troubler les réflexions de l'inspecteur de la Dcpj
-Même dans sa chambre, oui. C'est curieux.
-Pourquoi ?
-Parce que d'après Marion Fougères, Lars Christiansen travaillait dans la bibliothèque. S'il travaillait dans la bibliothèque, il n'y aurait jamais dû avoir ces documents ici, dans sa chambre à coucher.
-Pourquoi les aurait-il eu ici, alors ? Pour s'endormir.
-Pas pour s'endormir, Micucci. Pour travailler. Regardez le bureau. Encombré de crayons et de papiers. Sauf en son milieu. Je peux vous jurer qu'il y avait un ordinateur à cet emplacement. Cela ne veut pas forcément dire qu'il ne travaillait pas dans sa bibliothèque. Mais il a forcément eu fait des recherches ici. »
Un ordinateur portable, ça se bouge. C'est même le concept. Peut-être que Lars le faisait passer d'un étage à l'autre en fonction de son humeur. Peut-être qu'il le descendait exprès quand Marion venait, parce qu'il ne voulait pas qu'elle voit sa chambre. C'est intime, une chambre, quand même. Mais peut-être bien aussi qu'il y avait deux ordinateurs. A voir. Si celui d'en bas pouvait parler.
Sénéfiand redescendit.
« L'ordinateur, vous n'avez qu'à l'envoyer au labo. De temps en temps, ces gens font des merveilles. Mais vous en cherchez un deuxième. Dans le château, dans la voiture, à l'ambassade si ils nous en donnent l'autorisation.
-Un deuxième ? s'étonna Marion, qui était toujours là à essayer de se consoler avec Søren. Pourquoi voudriez-vous qu'il ait eu deux ordinateurs ?
-Pourquoi pas ? Vous saviez, vous, s'il utilisait plusieurs ordinateurs ? demanda-t-il à l'attention de Søren.
-Mon frère aimait bien tout ce qui était technologique. De là à avoir plusieurs ordinateurs, rien n'est moins sûr. En plus, ce n'est pas franchement pratique. »
A moins de travailler en réseau de l'un à l'autre, ou d'avoir un e-bureau partagé. Autant d'informations qui pourraient être contenues sur l'ordinateur calciné, s'il pouvait être étudié.
Une voiture de police s'était garée sous la fenêtre et le commissaire Arnoux venait de faire son entrée dans la cuisine qui commençait à être bien remplie.
« Bonjour », dit-il simplement. Avisant les deux personnes qui n'étaient ni de son équipe ni des taupes du Ministère, il supposa à raison que l'homme qui ressemblait quasiment trait pour trait à sa victime était le frère. Quant à la femme, il n'avait aucune idée de qui elle pouvait être.
« On vous racontera, commissaire, dit le lieutenant Lonne.
-Des nouvelles, demanda Sénéfiand.
-Toujours rien dans l'Oise. Et le temps passe.
-Il se sera sauvé. Il est à l'abri, il se cache, espérait Marion.
-Nous avons lancé un appel à témoins pour l'accident. La route n'est pas fréquentée, mais il suffit d'une personne... et puis, au bout de l'impasse, il y a un chemin piéton qui longe la rivière et rejoint le parc des Maradas. On est bien placé pour savoir qu'il s'y déroule des activités nocturnes, expliqua-t-il. Des raisons d'y croire. »
Il essayait sans doute de se persuader tout autant qu'il essayait de persuader les proches. Il ne s'attendait que très peu à recevoir de témoignages. Personne ne viendrait au commissariat pour dire « j'ai vu votre victime filer tout droit dans la rivière, mais je n'ai pas plongé pour le sauver. » Pouvait-on accuser quelqu'un de non assistance en danger si la seule forme d'assistance imaginable est de plonger dans un cours d'eau à la couleur déplaisante ? Quand elle passe sous le pont autoroutier, l'Oise a déjà trois cents trente kilomètres dans le dos, et elle touche à la fin de son parcours. On en ramasse pas mal, de la crasse, sur trois cents bornes. Arnoux espérait que, si jamais témoins il y avait, cette histoire de plongeon dans l'Oise n'allait pas leur lier la langue.
Sénéfiand prit le commissaire à l'écart.
« On peut se voir, commissaire ? Ce soir ? Dans votre commissariat.
-Si vous voulez, Sénéfiand. Passez vers dix-neuf heures. On devrait être rentré à cette heure-ci.
-je risque d'être long. Vous préférez manger pizza, chinois, japonais ? C'est moi qui régale, je ferais une note.
-Indien, si cela ne vous dérange pas. Il y en a un sur le parvis, à côté de la poste. Au pied de la grande tour bleue, vous ne pouvez pas le manquer.
-Entendu. Je vous verrai seul à seul. »
Sénéfiand consulta sa montre avant de sortir. Il n'était pas très tard. Il allait passer chez lui avant de revenir à Cergy. Il avait largement le temps de faire l'aller-retour, et il aurait bien besoin de prendre des dossiers chez lui. Il avait deux heures devant lui. Le commissariat de Cergy, qui était le commissariat central de la circonscription, était tout près du parvis de la Préfecture, à côté du centre commercial. Il n'aurait même pas besoin de beaucoup de temps.
9.
« Passe-moi le boss.
-Pourquoi ? T'as des trucs à lui dire?
-Ouais. »
Il y eut un moment d'attente. Puis un bruit sec, celui d'une main qui saisissait le téléphone portable.
« Qui est-ce ?
-C'est moi.
-Qu'avez-vous à dire ?
-La police n'a toujours pas retrouvé le corps.
-Vous pensez qu'il est mort ?
-S'il ne l'est pas, il n'a pas ressurgi.
-Est-ce qu'ils ont trouvé des indices sur sa découverte ?
-Rien pour le moment. Son ordinateur a été envoyé à la scientifique, mais il a souffert dans l'incendie.
-C'était à prévoir.
-Il pourrait en avoir un deuxième.
-D'incendie ?
-D'ordinateur.
-Vraiment ?
-Absolument.
-Il nous le faut. Il nous le faut, de même qu'il nous faut Christiansen s'il réapparaît. Non seulement il en sait beaucoup sur nous, mais il en sait encore plus sur Flamel, et ça, mon ami, c'est inestimable. Tenez-moi au courant.
-Je n'y manquerai pas. »
Il raccrocha. Ça sentait le roussi, mais il y avait un coup à jouer magistral. Un Grand Œuvre, assurément.
3 commentaire(s)
Tout compte fait, la publication se fera à un rythme beaucoup plus soutenu que celui initialement annoncé.
Restez en ligne!
par ESSEClive, le 2008-07-29 23:31:00
Bravo pour la mise en ligne rapide et la qualité de l'histoire ! J'aime beaucoup la dernière phrase. Vivement la suite !
par Cannelle, le 2008-08-01 11:41:00
J'adore le scénario!
par Henri, le 2008-08-02 19:23:00
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