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Les classiques

Le petit chose d'Alphone Daudet

Le petit chose d'Alphone Daudet

Ce premier roman de Daudet raconte l'histoire d'un enfant du XIXe siècle qui découvre cruellement la vie. Roman d'apprentissage presque autobiographique, Le Petit Chose mérite qu'on le sorte de l'oubli dans lequel il est tombé aujourd'hui.


Le titre Le Petit Chose

 

Daniel Eyssette, fils de pauvre, était le seul de la classe à porter une blouse. Son professeur lui parla toujours « du bout des lèvres, d'un air méprisant » sans l'appeler par son nom : « Hé ! vous là-bas, le Petit Chose », comme il aurait pu dire le petit machin, le petit truc.

Titre inoubliable, qui a marqué si fortement le maître d'internat qu'on a envie d'appeler un jeune pion un Petit Chose.

 

D'Alphonse Daudet à Daniel Eyssette

 

Daudet : né le 13 mai 1840 à Nîmes. Daniel Eyssette : « Je suis né le 13 mai 18.., dans une ville du Languedoc où l'on trouve, comme dans toutes les villes du Midi, beaucoup de soleil, pas mal de poussière… »

Daudet dira de ses années de pion : « Elles ont été rudes, ces années, et l'histoire du petit Chose n'en donne aucune idée. » Aussi pathétique et affreuse qu'ait été cette période pour le personnage, le roman n'est qu'une atténuation de la vérité.

A Paris, Daudet attrape la vérole, a des aventures amoureuses avec des femmes « de haute volée », est en proie à la vie de bohême, dévoré de sensibilité poétique, puis est sauvé de la misère par sa femme qui l'a forcé à travailler auprès de ses beaux-parents pour éponger ses dettes. Daniel Eyssette lui n'a point de vérole (pas assez poétique), subit les affres d'une aventurière créole qui fait de lui un vulgaire petit chien grotesque de théâtre de banlieue. Mais dans le roman, c'est la mère Jacques qui arrache le petit Chose, pauvre enfant malade, aux puissances du mal. Et celui-ci renonce à l‘écriture, se marie et vend des soupières.

 

Le père de Daudet et du petit chose : le même homme, la même « nature enflammée, violente, exagérée, aimant les cris, la casse et les tonnerres ; au fond un excellent homme, ayant seulement la main leste ». Les deux sont marchands de foulards, ruinés par une gestion déplorable et un client frauduleux. En faillite, ils entraînent leur famille de Nîmes à Lyon, du soleil à la brume, d'une belle maison à de lamentables taudis.

 

La mère de Daudet : mère des douleurs, elle a eu dix-sept enfants et en a perdu quatorze. La mère du petit chose : sainte femme, dévote, mais une peu moins malheureuse que la vraie.

 

Ernest, frère de Daudet devient Jacques Eyssette : Jacques est un personnage central qui sert de leitmotiv au roman. Il est une fontaine perpétuelle de larmes, source inépuisable de comique, de tragique et de bonté. Quand la famille a éclaté, il materne le petit Chose et devient « sa mère Jacques ». Et pour pousser encore plus loin la douleur ; il toussera comme la Dame aux Camélias, il mourra de maladie romanyique et mélodramatique : la phtisie. Et toue au long du roman, il ne cesse de prononcer la rengaine humiliante de son père : « Jacques, tu es un âne !... »

 

Qui est le Petit Chose ?

 

Le petit Chose est la quintessence d'Alphonse Daudet, l'enfant éternel. « Et Le Petit Chose, surtout dans la première partie, n'est en somme que cela, un écho de mon enfance et de ma jeunesse ». Il est le mignon, le joli, le fragile, le presque féminin. Le Petit Chose parle de lui à la troisième personne, et regarde son malheur avec une douceur pathétique : « Le petit Chose est malade : le petit Chose va mourir…Il ne parle pas, il ne pense pas : vous diriez une fleur malade… »

Dans son enfance, un sculpteur avait représenté Daudet en angelot, dans l'église de Nîmes. Sa « tête merveilleusement charmante, son œil enflammé, noyé, à la fois humide et brûlant, perdu dans la rêverie » (Théodore de Banville) font de ce petit Chose un personnage adorable, et il le sait, mais tragique et pathétique à la fois.

Après l'école, il est nommé pion dans un collège sinistre où le surveillant général M. Viot et son trousseau de clefs au « formidable bruit de ferrailles » incarnent la menace et l'aspect terrifiant de la discipline. Le petit Chose tremble devant professeurs, principal, pions et même élèves (« méchants drôles, montagnards joufflus…grossiers, insolents, orgueilleux, parlant entre eux un rude patois cévenol auquel je n'entendais rien… »)

Il tente une nuit de se pendre, à l'anneau du gymnase avec sa cravate violette, mais il en est dépendu par l'abbé Germane : « En voila une idée de faire du trapèze à cette heure ! ».

Puis il monte sur Paris, où encore une fois il connaît la misère financière, morale et physique. Persécuté par une cocotte il est à nouveau sauvé des vertiges de son malheur par son frère Jacques et non par la force de son art comme Daudet. Mais il restera toujours l'enfant malheureux, beau mais déjà tragiquement voué au malaise et à n'être pas aimé.

 

Un roman d'apprentissage

 

A sa façon, Le Petit Chose est un roman d'apprentissage. Le héros est un être problématique : mal situé dans la société, en quelque sorte déclassé, il cherche des valeurs à quoi se raccrocher, amour ou argent ; c'est un personnage que l'on saisit au moment de son passage de l'adolescence inquiète à l'état d'homme fait. Au cours du roman, Daniel Eyssette ne cesse d'apprendre, il le dit. Mais il n'en tire jamais de conséquences positives : tout n'est que malheur. Pas de volonté de lutter chez le petit Chose, même maladroite. Frédéric Moreau, héros de L'Education sentimentale, dont l'écriture est à peu près concomitante, lui cherche à conquérir Paris et une femme mariée. Daniel Eyssette ne va à Paris que par curiosité, presque comme un simple touriste.

Dans ce sens, la fin du roman est ambiguë : réussite matérielle, mais échec dans le passage à l'état adulte. Il reste toujours le petit Chose.

 

Un précurseur oublié des annales

 

Le premier roman de Daudet est passé presque inaperçu. Malgré un succés relatif de la parution en feuilleton dans les journaux, la publication du Petit Chose n'excite pas les lecteurs. Pourtant, Daudet est à l'origine de merveilleuses créations, précurseur invraisemblable d'œuvres classiques.

Le sous-titre du Petit Chose est « histoire d'un enfant ». C'est vouloir intéresser le lecteur à ce qui n'existait pas. Il n'y avait alors pas d'enfant en littérature. Au XIXème siècle, l'enfant est une réalité sociale à inventer. Chez les Anglais, il y a bien David Copperfield ; mais le roman de Dickens n'est lu par Daudet qu'après l'écriture du Petit Chose, et il lui inspirera Jack. Dix ans après son premier roman sur l'enfance, Jules Vallès publie L'Enfant, qui marquera la littérature et initiera les auteurs au thème de l'enfance et des souvenirs. Mais Daudet est bien celui qui lança cette nouvelle littérature plus riche en émotions.

Au collège de Sarlande, le petit Chose apprend cruellement la vie. Surtout avec l'ignoble maître d'armes, Roger, qui lui fait écrire des lettres d'amour à la femme de chambre de la sous-préfète, ce qui fait chasser ignominieusement Daniel.

29 ans avant Rostand et son Cyrano de Bergerac, Daudet place son petit Chose dans l'attitude du grotesque Cyrano écrivant pour le beau Christian les lettres d'amour destinées à Roxanne. Motif de renvoi et non d'un drame amoureux tragique, Daniel est lui victime de sa naïveté et de sa faiblesse physique, non de sa laideur.

 

L'écriture du roman

 

« Le voisinage de la ville où je suis né, ces noms de petits villages où je jouais tout gamin, (…), remuèrent en moi tout un monde de vieux souvenirs, et je laissai bientôt mon drame pour me mettre à une sorte d'autobiographie : Le Petit Chose, histoire d'un enfant. »

L'écriture se fait alors naturelle, dans un cadre qui lui rappelle son enfance et qui l'apaise : « J'écrivais Le Petit Chose, tantôt sur un banc moussu du parc, (…), ou bien en bateau sur l'étang qui s'irisait de toutes les teintes de l'heure dans un ciel d'été, et encore, les jours de pluie, dans notre chambre où ma femme me jouait du Chopin (…), parmi les odeurs de fleurs d'arbres et de bois mouillé.»

C'est très tôt, voire même trop tôt que Daudet écrit le Petit Chose, son tout premier roman. « On n'est pas mûr, à 25 ans, pour revoir et annoter sa vie ». Il regrette plus tard de n'avoir pas plus développé les chapitres sur la fabrique de son père, la période où il était heureux. Mais il trouve assez fidèlement noté « l'ennui, l'exil, la détresse d'une famille méridionale perdue dans la brume lyonnaise ».

 

Citations

 

« Alphonse Daudet avait le droit d'être un imbécile, au lieu de cela il est le plus délicat, et le plus sensitif de nos poètes » Théodore de Banville.

 

« Ce n'était pas seulement ma blouse qui me distinguait des autres enfants. Les autres avaient de beaux cartables en cuir jaune, des encriers de buis qui sentaient bon, des cahiers cartonnés, des livres neufs (…) ; moi, mes livres étaient de vieux bouquins achetés sur les quais, moisis, fanés… »

 

« Quant à moi, j'avais compris que lorsqu'on est boursier, qu'on porte une blouse, qu'on s »appelle « le petit Chose », il faut travailler deux fois plus que les autres pour être leur égal, et ma foi ! le petit Chose se mit à travailler de tout son courage. »

 

Fin du roman :

« Dans le fond de son cœur, le petit Chose

donne une dernière larme à ses papillons

bleus, et prenant la pancarte à deux mains :

- Voyons ! - sois homme, petit Chose ! - il lit

tout haut, d'une voix ferme, cette enseigne

de boutique, où son avenir est écrit en lettres

grosses d'un pied :

PORCELAINE ET CRISTAUX

Ancienne maison Lalouette

EYSSETTE ET PIERROTTE

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18/02/2007


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Commentaires

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Le petit chose se moque toujours de luii ! et tt et tt !!

01/06/2008 17:50:00 - Alphonse Daudet

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