Oeuvre violente et quasi-expressionniste, A la colonie pénitentiaire est l'illustration même de l'oeuvre de Kafka, si brève et si lisse qu'on est tenté d'y voir de l'ésotérisme et qu'on sort qu'avec doute et perplexité.
Un homme, en voyage d'étude dans une lointaine colonie pénitentiaire, est aussitôt appelé à arbitrer entre les usages cruels et sadiques hérités des croyances et de la discipline de l'ancien commandant, qu'il ne peut que condamner, et les droits de l'homme nouvellement introduits. Dans l'espoir de le gagner à sa cause solitaire, le dernier fidèle de l'ancien commandant l'invite même à observer une exécution capitale à l'aide de la machine inventée par l'ancien commandant pour inscrire la faute dans la chair du criminel. Indisposé par cette mise à mort sadique qui n'a plus de sens après la disparition de la foi qui l'a fondé, le voyageur ne peut que refuser l'offre de la défendre, bien qu'il ne puisse accepter non plus la bassesse et la veulerie du nouveau commandant. Déçu par ce refus de juger, le dernier fidèle choisit de se mettre à mort lui-même avec la machine mais celle-ci se brise soudain lui offrant une mort horrible et absurde.
Absurde, l'histoire d'A la colonie pénitentiaire l'est aussi. Ou plutôt incompréhensible. La nouvelle, comme toutes les autres oeuvres de Kafka, échappe à l'explication, au commentaire. En dehors de l'image proposée, il n'y a pas de signification. Le sens fait ici corps avec le texte, il est l'explicite du texte. Kafka n'a jamais cherché à illustrer ou écrire autre chose que les mots tracés, laissant à toute son ?uvre cette impression d'inachevé et de sombre absurdité qui ont fait sa célébrité posthume malgré la perplexité que son oeuvre a toujours suscitée.
Face à cette histoire qui ne veut rien dire d'autre que ce qu'elle dit, il ne reste au lecteur que le désemparement et la perplexité. La même perplexité qu'éprouve le voyageur, dérouté par cet arbitrage entre l'ancien usage et les nouveaux aussi condamnables les uns que les autres parce la foi et l'idéal qui les a fondées. A la colonie pénitentiaire est une mise en abîme, involontaire, de l'importance du sens. C'est une oeuvre pathétique et violente dont l'objet principal est une machine d'horreur et la matière un coup de théâtre. L'absurdité du thème est encore souligné par l'attitude indifférente, indifférente à la signification, des personnages du soldat et du condamné. Ceux-ci sont la preuve même laissée par Kafka qu'il n'y a rien d'autre que l'histoire racontée. Les idéaux sont chimériques dans cette histoire à l'image de toute l'oeuvre de Kafka, sombre et poignante.
Mais l'oeuvre de Kafka n'est sombre que parce qu'elle refuse de donner un autre sens, un sens transcendant aux histoires qu'elle décrit. C'est pour cela qu'elle est devenue une oeuvre incontournable de l'histoire du roman.
QLTO vous a fait part de sa curiosité pour la colonie pénitentiaire Retrouvez QLTO
20/10/2005
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eh bien ,celui qui a écrit le commentaire sur "la colonie pénitentiaire" n a vraiment rien compris à Kafka et au sens de toute ses oeuvres....
19/01/2006 10:25:00 -