Ce roman d'apprentissage d'un genre nouveau s'enracine dans un décor rural, celui du Wessex, caractéristique des œuvres de Thomas Hardy. Jude, un jeune homme pauvre mais ambitieux, rêve d'entrer à Oxford (Christminster dans le texte). Contraint de travailler pour gagner sa vie et bientôt séduit par une gourgandine, Arabella, qui le contraint à l'épouser, il abandonne ses espoirs universitaires. L'échec de son mariage le conduit à rencontrer, puis aimer sa cousine Sue, avec qui il noue, après bien des atermoiements, une liaison vouée au drame.
Contrairement à Tess d'Urberville, le mythique roman de Hardy, ce n'est pas une femme, mais un homme que l'on fait chuter. Jude apparaît comme une victime désignée. Victime de la société, puisqu'il est dépourvu d'argent et d'éducation. Victime des femmes également. Car qui est cette Sue énigmatique ? Un chaste succube ? Une intrigante ? Un électron libre ? Et peut-on l'appréhender comme une femme moderne, peu douée pour le bonheur et adepte du chantage affectif ? A l'inverse de la plantureuse Arabella, qui par la culture dont elle relève s'enracine dans la terre et en incarne la brutalité et la bestialité, même la plus féminine (son nom évoque à lui seul le piège arachnéen autour duquel se noue la trame du roman), Sue s'avère la femme par qui le scandale arrive. Son personnage justifie lui-même la phrase de Jude : « Nous luttons seulement contre les hommes et une fatalité absurde ». Et c'est là que réside la prouesse de l'auteur : retranscrire dans le cadre de la campagne anglaise du XIXème siècle, les horreurs des Atrides (parricide ancestral, immolation des enfants), mais également des Labdacides (inceste). C'est en vertu de cette fatalité que les personnages oscillent constamment entre les figures antinomiques de l'oiseau et de la potence, c'est-à-dire entre une servitude incarnée par la condamnation aux travaux manuels d'un héros qui ensevelit autant qu'il construit, et une liberté factice, recherchée dans des déplacements aussi nombreux qu'insignifiants.
Si les cinquante dernières pages sont assez décousues, le roman vaut par la cruauté de sa trame et la finesse psychologique de ses personnages. Un grand classique de la littérature anglaise, qui sent son influence flaubertienne (on s'attend à voir le pauvre Jude déclamer, à la suite de Charles Bovary : « c'est la faute de la fatalité ! ») et qui n'est pas sans rappeler les romans zoliesques les plus sordides, notamment la Curée (pour le thème de l'inceste). L'œuvre a fait l'objet d'une adaptation cinématographique, avec Kate Winslet, en 1996.
La rubrique Livres d'Esseclive et Quand lira-t-on? vous présente régulièrement de nouvelles lectures.
Envoyez-nous vos articles ou commentaires par e-mail ! N'hésitez pas à nous contacter pour partager vos impressions sur un livre ou une BD, ou sur la rubrique en général.
Le roman de l'été
Pontoise est une ville d'art et d'histoire. Son château, sa cathédrale, son carmel, ses souterrains... De nombreux trésors peuvent y être visités.
Lars Christiansen, citoyen danois expatrié dans le Vexin français, pense avoir fait une découverte supplémentaire sur le passé de la ville: et si Pontoise, si prospère au Moyen-âge, abritait aujourd'hui encore le secret de la fortune de Nicolas Flamel, le plus célebre des alchimistes, natif de la ville?
La théorie peut sembler farfelue, mais Lars s'emploie à la démontrer. Aussi, quand celui-ci est brutalement assassiné, le commissaire de Cergy engage son enquête sur un terrain glissant, où fouiller dans l'ésotérisme du quatorzième siècle est peut-être la piste la plus sensée pour remonter jusqu'au criminel...