La Mer au plus près d´Albert Camus
le 09/07/2003 - par Janvier Fachoda Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !En laissant son esprit voguer vers les claustrations rouillées de la haute mer, l'auteur de l'été nous propose un bord de fuite ...
La mer infinie fut à une époque une source de terreur inégalable. Il n'était pas d'enfer plus cruel que le destin de la poignée de survivants désignés par Jules Verne dans l'éternel Adam pour, au terme d'une longue errance sur la mer infinie qui a recouvert toutes les terres, rebâtir l'humanité sur une nouvelle Atlantide.
Aujourd'hui que la terre a relayé la mer pour incarner les tourments humains, la haute mer devient refuge, abri contre les cruautés que les hommes s'imposent les uns aux autres sur la terre ingrate. Ecrivains et chanteurs populaires voient dans la croisière infinie sur les mers profondes la possibilité d'une fuite perpétuelle des misères de la terre. Camus va plus loin et renie son origine terrestre et son appartenance aux mondes de contraintes que forment les terres immergées pour se déclarer de la patrie libre de la pleine mer. Il nous dépeint tour à tour la nostalgie de la mer qui l'assaille quand il foule la terre ferme et l'apaisement et le soulagement dès les amarres larguées. Sa croisière, imaginaire, sur toutes les mers du globe semble même ne devoir jamais prendre fin tant la terre lui pèse.
Les courts paragraphes nous invitent à savourer tous les petits événements qui égaillent le morne quotidien du bord. Ils viennent exiger notre attention et nous faire redécouvrir ses toutes petites choses- un vol de mouettes, le Tropique du Cancer - qui ne sont rien vu de la côte mais forment tout le monde, une fois à bord. Un monde suffisant pour oublier l'enfermement irrémédiable du bord. Mais ce voyage n'est évasion que si comme Camus nous l'accomplissons en imagination. Car Camus oublie que prendre la mer n'élargit pas l'horizon, mais le réduit, que s'embarquer, c'est se cloîtrer sur une terre plus petite ou espace, nourriture, eau, temps de sommeil tout est rationné et contraint. Mais si Camus peut l'oublier, nous pouvons l'oublier aussi.
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