Le médecin de Campagne de Franz Kafka

le 11/12/2003 - par Janvier Fachoda Il y a 1 commentaire, n'hésitez pas à réagir !

Recueil majeur de l'auteur praguois, le médecin de campagne présente quatorze petits textes parfois abrupts, toujours curieux, à jamais indéchiffrables.

Le médecin de Campagne de Franz Kafka

Bien qu'il les ait fait publié, Kafka ne marqua jamais beaucoup de considération pour les quatorze textes de ce recueil. On serait bien en peine de le contredire. Les textes généralement courts offrent peu de sens caché aux lecteurs. A dire vrai, on a souvent du mal à saisir d'où peut venir l'intérêt pour des textes aussi plats, qui n'accrochent jamais l'esprit.

Ainsi dans une visite à la mine, un mineur fait le portrait des onze ingénieurs descendus au fond pour prendre des mesures dont dépendent sans doute le travail des mineurs pour les mois à venir et pourtant il est impossible de comprendre ce qu'ils font d'autant plus qu'ils affectent tous des attitudes très différentes même si on ne peut pas dire qu'ils agissent sans raison. Faut-il pour autant voir dans cette oeuvre une parabole sur le monde, régi par des forces incohérentes ou dont tout au moins la cohérence nous est à jamais indéchiffrable ? Peut-être n'est-ce qu'une histoire de mineurs et d'ingénieurs ?

De même dans onze fils, un homme fait le portrait de ses enfants en détail tout en laissant percer un amour paternel gouverné par le caprice qui lui fait préférer le fils rebelle au fils fidèle ou condamner un fils malgré toutes ses qualités pour un seul petit défaut. Est-ce l'histoire d'un père de famille ou l'illustration que les raisons du père et de son amour sont impénétrables, résurgence kafkaïenne du problème évoqué dans la Génèse par l'épisode d'Abel et Caïn ?

De la manière, tous les récits de Kafka sont ouverts, introduisant des questions et des doutes sur la famille, la vie, le temps auquel Kafka se gardent bien de répondre. Le lecteur ne peut même pas être sûr qu'il a bien identifié le problème posé. Les textes sont si lisses qu'aucun sens n'en émerge indiscutablement. Kafka se gardant avec intelligence de s'introduire encore une fois dans son oeuvre pour laisser le lecteur face à lui-même.

Tout juste Kafka laisse-t-il transparaître ses problèmes comme dans "communication à une académie", sans doute le récit le plus intéressant du recueil et en tout cas mon préféré. Le singe emprisonné cherche une issue qui ne peut être l'évasion et se résout à devenir un homme. Kafka à la recherche d'une issue dans ses aventures amoureuses est lui en train de se résoudre au mariage.

D'une manière plus générale, les récits de Kafka ne frappent ni par l'élégance du style, toujours aussi plats, ni par l'intérêt des histoires, originales mais indéchiffrables. Non, ce qui frappent justement chez Kafka et qui rend sa lecture incontournable c'est justement cette démonstration qu'il n'y a pas d'histoires.


QLTO vous a fait part de sa curiosité pour la colonie pénitentiaire
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1 commentaire(s)

C'est incroyable ; vous n'avez alors rien compris à ces petits bijoux. "Kafka ne marqua jamais beaucoup de considération pour les quatorze textes de ce recueil." mon dieu mais lisez quelques pages de son Journal et vous comprendrez peut-être (qui sait, on n'est sûr de rien) à quel point la publication de ces textes a été importante et douloureuse. La voix, l'humour, la pudeur, la profusion de symboles, les jeux de loupes et de miroirs entre absurde et réalité, la détresse accablante comme prix de la vérité, le vertige d'une société nouvelle qui n'a pas prévu d'existence pour l'individu... Tout cela et bien d'autres choses, que la lecture de quelques livres ou meilleurs articles que le vôtre vous expliqueront d'une meilleure manière que moi, font de ces histoires un tournant de la littérature, de la poésie, de la philosophie et de la pensée en général. En ce qui concerne "l'élégance du style", que vous répondre...? Si vos fautes d'orthographe et, pire, de goût, ne décrédibilisait pas instantanément vos propos, je vous dirais bien de lire une autre traduction ou - je n'ose le proposer - la version originale. L'élégance de la phrase kafkaïenne (au sens de "Kafka", pas de la définition de "kafkaïen" que vous avez probablement reçue) vous enroule comme un serpent, dès lors qu'on a assez de vérité, d'amour de la nuance et de temps pour réfléchir à une phrase. En gros qu'on aime bien lire des livres. La sincérité est une notion clé de l'oeuvre de Kafka. Elle l'est aussi quand on écrit un article et, dans le cas qui nous concerne, elle aurait dû vous obliger à dire tout bonnement que vous n'aviez rien compris à ce que vous avez lu. Nul n'est obligé d'aimer Kafka, ni d'ailleurs de le comprendre. Je vous invite simplement à creuser le sujet parce que, pour l'instant, vous êtes le seul à nous avoir parlé de "cette démonstration qu'il n'y a pas d'histoires" en nous faisant brillamment la démonstration qu'il n'y avait pas d'article. Kafka a rarement écrit une ligne qui n'était pas chargée de signification(s), et en tout cas jamais publié. Ce qui n'a pas l'air d'être votre cas, ni le mien d'ailleurs alors je m'arrête. En espérant que vous accèderez un jour à de belles choses, Nicolas
par nico7, le 2011-10-05 03:18:00

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