Acide sulfurique d'Amélie Nothomb

le 07/06/2006 - par Emy Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !

Comme on achète le prix Goncourt pour se donner bonne conscience, on lit le Nothomb annuel ! Ainsi donc, après Biographie de la faim en 2004, voici le dernier opus qui n’a pas manqué de créer une polémique, ce à quoi la romancière à succès ne nous avait pas habitué.

Acide sulfurique d'Amélie Nothomb

Acide sulfurique nous projette dans une France imaginaire, qui se veut pas si lointaine de nous. Suite à une sorte de dégénérescence à la fois politique et sociale, une nouvelle émission de téléréalité a pu voir le jour : il s'agit d'un jeu mettant en scène un camp de concentration où les candidats sont à la fois les victimes et les bourreaux.

Les kapos ont été sélectionnés, et notamment Zdena, ni vraiment bête, ni vraiment méchante mais qui prend son rôle de kapo très au sérieux. De leur côté, les candidats ont simplement été raflés au hasard. Parmi eux, la belle Pannonique alias CKZ 114 dans ce camp télégénique où chacun perd son nom en même temps que sa liberté.

Sur le modèle des camps nazis, les prisonniers sont sous alimentés et soumis aux brimades des kapos entre deux travaux forcés et, puisqu'il s'agit d'un jeu funèbre, à la suite des votes du public, ils sont éliminés, et ce de la manière la plus radicale qu'il soit puisqu'ils sont tout bonnement exécutés. Dans une résistance morale menée par Pannonique, les prisonniers s'organisent et tentent de garder, en sus de leur vie, un semblant de dignité.

Pannonique est une aubaine pour l'audimètre car sa beauté et sa force de caractère fascinent chaque jour plus de spectateurs. Plus la presse dénonce, plus ils sont nombreux. Puis, grain de sable dans l'engrenage, Zdena s'éprend de Pannonique.

Dans ce roman choc, Amélie Nothomb dénonce à la fois le voyeurisme et la propension à la cruauté. L'idée est louable, sans doute, même si elle n'est pas très originale.

L'échec réside selon moi dans l'exagération car, en nous mettant face à ces avatars monstrueux, ce n'est pas nos côtés Mister Hydes qu'elle nous montre, mais des sortes de figures mythologiques irréalistes et déformées. Ainsi, bien que l'horreur monte en gamme, on n'est ni émus, ni même dégoûtés tant la fiction est grossière.

Le sujet est délicat mais Amélie Nothomb méritait-elle pour autant des critiques aussi acerbes ? Car, ironie du sort, c'est elle qui se retrouve, à l'instar de son héroïne, à créer de l'audience alors même que la presse et les critiques crient au scandale… Certes, Amélie Nothomb n'est ni George Orwell, ni Aldous Huxley ; néanmoins la controverse autour de ce livre paraît bien disproportionnée puisque, si elle n'égale pas leur talent, elle n'en a pas non plus la prétention.

En ce qui me concerne, je dirais seulement que ce cru est décevant. Evitez plutôt ce faux-pas et préférez-lui le truculent Stupeurs et tremblements, un de ses romans autobiographiques, genre dans lequel elle est plus convaincante, à la fois plus juste et dégageant plus d'émotions. Les adeptes des romans fictions quant à eux opteront pour Mercure. Ou bien vous pouvez attendre tout bêtement le prochain !


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