Tout l'art d'Amélie Nothomb tient dans sa capacité à inventer des dialogues prenants entre des êtres que tout oppose. Il était normal que cet art s'épanouisse dans une pièce de théâtre. Avec les combustibles, c'était chose faite.
L'hiver tombe dans l'appartement exigu d'un pays en guerre qui rappelle la Yougoslavie. Dehors les bombes écrasent un à un les murs de l'université et les snipers tiennent étroitement les grandes avenues, abattant sans pitié les suicidaires qui s'y aventurent. Dans l'appartement, que partagent un professeur d'université quinquagénaire cynique et méprisant, Daniel son assistant idéaliste et bientôt sa petite amie, Marina, le froid se fait de plus en plus sentir mais il ne reste plus rien à brûler que les livres. Mais que valent les chefs-d'?uvres éternels de la littérature face à une seconde de chaleur dans le c?ur de ceux qui ont froid ?
Pas grand chose sans doute. Car les trois personnages dépeints par Nothomb ne font pas dans le sentiment. Leur idéalisme est en lambeau et ne va pas résister longtemps au froid qui s'installe dans la guerre qui s'éternise. A quoi leur servirait-il après tout ? "C'est la guerre" comme aime le répéter le professeur, la guerre qui l'exonère de tout devoir et justifie toutes ces folies du moment qu'elles ne l'empêchent pas de survivre. D'ailleurs si Daniel fait mine de résister plus par bêtise que par résistance morale à la déshumanisation entraînée par la guerre, le Professeur sombre carrément dans le cynisme, drague Marina, fiancée à Daniel, parce que le sexe donne chaud, et finit par brûler avec délectation les livres auxquels ils avaient voué sa vie. Marina suit une évolution inverse : son idéalisme enfoui en elle-même parce qu'elle souhaite avant tout survivre, au point que c'est elle qui commence à brûler les livres, resurgit au dernier moment quand un seul livre la sépare encore de la barbarie.
C'est avec une belle connaissance de la psychologie qu'Amélie Nothomb nous expose le processus terminal de déshumanisation qui fait de ses trois personnages lettrés des bêtes ou plutôt des barbares, semblables aux autres barbares et qui courront les rejoindre dehors dès lors qu'il n'y aura plus de livres à brûler pour les protéger de leur barbarie.
Dehors justement, c'est l'empire du froid, des snipers, des bombes, de la guerre et des barbares, un empire constamment évoqué et qui s'invite peu à peu dans l'appartement plutôt qu'il n'emprisonne les trois personnages. Les murs de l'appartement ne protègent pas les protagonistes pas plus qu'ils ne les oppressent. L'appartement délabré, vide et froid, n'est pas l'opposé du dehors. Et c'est justement ce qui fait tout à l'histoire, l'appartement espace refuge devient peu à peu semblable à l'extérieur barbare. La barrière contre la barbarie, ce sont les livres qui font encore de l'appartement un espace civilisé mais la civilisation vaut-elle mieux que la survie. Qu'y a-t-il dans l'agencements d'un verbe, de noms, d'adverbes qui soit plus essentiel, plus vital que la chaleur d'un feu ? Quel livre peut valoir plus que la vie ? Voilà une question autrement intéressante que de savoir quel livre on emporterait sur une île déserte. Une question pour laquelle les combustibles mériteraient bien d'être brûlés dans les derniers.
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Le roman de l'été
Pontoise est une ville d'art et d'histoire. Son château, sa cathédrale, son carmel, ses souterrains... De nombreux trésors peuvent y être visités.
Lars Christiansen, citoyen danois expatrié dans le Vexin français, pense avoir fait une découverte supplémentaire sur le passé de la ville: et si Pontoise, si prospère au Moyen-âge, abritait aujourd'hui encore le secret de la fortune de Nicolas Flamel, le plus célebre des alchimistes, natif de la ville?
La théorie peut sembler farfelue, mais Lars s'emploie à la démontrer. Aussi, quand celui-ci est brutalement assassiné, le commissaire de Cergy engage son enquête sur un terrain glissant, où fouiller dans l'ésotérisme du quatorzième siècle est peut-être la piste la plus sensée pour remonter jusqu'au criminel...