"D'où venons-nous ?" : c'est bien à la recherche du chaînon manquant que Bernard Werber s'attelle dans ce livre. Au travers d'un chemin périlleux et envoûtant qui nous mènera de la France à la Tanzanie.
Plus qu'un simple roman, Le Père de nos Pères est un thriller paléontologique. Bernard Werber excelle dans ce genre dans lequel il aime dérouler deux histoires en parallèle. D'un côté nous est contée l'aventure d'un couple constitué de la belle rousse orpheline et reporter tenace Lucrèce Nemrod, et du gros journaliste désabusé Isidore Katzenberg. Une rencontre pour le moins inattendue puisque initiée par un improbable rendez-vous dans un château d'eau. De l'autre côté il est question d'un primate, surnommé IL, qui est un mâle dominant parmi d'autres. Alors qu'IL s'efforce de survivre avec sa horde dans un milieu où tout lui est hostile, notamment toutes sortes de prédateurs (hyènes, lionnes, aigles…), c'est bien le meurtre du Pr Adjemian qui pose problème non seulement au milieu scientifique mais surtout à nos deux protagonistes, Lucrèce ayant convaincu Isidore de l'aider à mener l'enquête.
Selon les premières hypothèses, le meurtrier devrait faire partie du club "D'où venons-nous ?", constitué par le Pr Sanderson, spécialiste en astronomie, le Pr Conrad, lui darwinien, et le Dr Van Lisbeth, elle lamarkiste. Tout en passant en revue – ce qui tombe bien puisque nos deux reporters travaillent pour l'hebdomadaire Le Guetteur Moderne – toutes les hypothèses émises quant à l'apparition du premier homme, les suspects disparaissent les uns après les autres… la dernière en date n'est autre que l'ex-compagne du Pr Adjemian, Sophie Eluant, est elle aussi kidnappée par le "singe". C'est donc en Tanzanie que sont contraints d'aller Lucrèce et Isidore pour retrouver la trace du chaînon manquant. Il s'avère en fait que Sophie Eluant a été enlevée par Ange Rinzouli, un ancien acteur de films X !
Et la transition n'est pas anodine, puisque la clé de nos origines n'est qu'une affaire de zoophilie et d'inceste. En effet, le premier de nos ancêtres serait le fruit d'un croisement d'un primate… et d'une truie. Non, non, vous ne rêvez pas, aussi abracadabrante que puisse sembler cette hypothèse, c'est bien à cette conclusion que l'auteur veut nous mener, avec le venue au monde du PREMIER FILS, et celle aussi à laquelle le Pr Adjemian était arrivé. Il n'est donc pas étonnant que le meurtrier du Pr Adjemian soit Lucien Eluant, ingénieur en chef de la boucherie Eluant et frère de Sophie Eluant, inquiet des conséquences de la théorie du professeur sur l'industrie porcine. Ce dernier est prêt à tout pour discréditer cette hypothèse et ne fait pas l'économie d'un dernier crime, celui d'Ange Rinzouli, qu'il oubliera de réceptionner dans sa plus spectaculaire acrobatie.
Après leur périple, le retour sur terre est cruel pour nos deux héros. D'une part, la preuve débusquée en Tanzanie, la "patte à cinq doigts" ne s'avère être qu'un leurre, monté de toute pièce par le Pr Adjemian pour marquer les esprits et ainsi prouver la véracité de sa théorie. Cette théorie, intellectuellement séduisante de par ses applications (les organes porcins pouvant être greffés sur un corps humain), ne trouve pour l'instant aucun fondement certain mais seulement la conviction d'un scientifique simplement en avance sur son temps. Une magnifique preuve de l'humanité des suidés nous est en outre donnée lors de cet épisode où nos deux journalistes sont sauvés de l'entonnoir par les suidés, qui préfèrent encore se sacrifier pour la cause. D'autre part, l'enquête est terminée et les destins de Lucrèce et d'Isidore semblaient devoir se séparer. Lucrèce, aussi passionnée qu'entêtée, doit toujours subir l'épreuve du comité de rédaction, dévisagée par la vieille Thénardier et coulée par son propre maître de stage, Franck Gautier. Isidore, écoeuré par la médiocrité du présent, préfère encore se réfugier dans ses "arbres" du passé et du futur et nager en totale harmonie avec ses dauphins. Après tout, peut-être Lucrèce et Isidore continueront-ils d'unir leurs destins… pour le meilleur et pour le pire.
Sans être son meilleur livre, Bernard Werber nous propose un scénario très intrigant et aiguise notre curiosité au fil des rencontres. Il jongle habilement entre les multiples rebondissements de l'enquête sur la mort du Professeur et le fil conducteur de l'arrivée du Père de Nos Pères sur terre. Plus que l'incroyable dénouement, c'est le cheminement proposé qui tient en haleine le lecteur et l'amène finalement à se demander pourquoi ce livre ne comporte que 378 pages.
15/09/2005
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