Une percée d'une journée dans une maison de retraite parisienne qui porte un regard léger mais émouvant sur une réalité contemporaine.
Le troisième romain de Camille de Peretti est une belle réussite. Décidément, la jeune auteur boulimique anorexique de Thornytorinx a gagné en maturité depuis Nous sommes cruels, et nous livre là un romain poignant, et pourtant humoristique, sur la vie dans les maisons de retraite.
L'histoire se déroule sur une journée. Dimanche 1er octobre, de 9h15 à minuit 15. Au rez-de-chaussée des Bégonias, une maison de retraite parisienne. Camille de Peretti dresse un portrait d'une multitude de personnages, les pensionnaires bien évidemment, mais aussi leurs enfants, leur famille, le directeur, les auxiliaires de vie et infirmières.
Il y a les personnages récurrents, qu'on retrouve depuis le premier romain de l'auteur : Nini, la vieille excentrique, et sa filleule, Camille (qui pour une fois n'occupe plus le rôle principal du roman). Il y a aussi les nouveaux personnages, très nombreux, parmi lesquels on se perd un peu au début, mais qui finissent par prendre corps, en quelques phrases, en quelques lignes, au travers de souvenirs enfouis, d'anecdotes racontées, ou de situations prises sur le vif. Marthe Buissonette et Jocelyne Barbier se querellent sans cesse pour savoir qui aura l'amitié exclusive de Louise Alma. Robert Leboeuf aimerait gagner le cœur de Thérèse Leduc, veuve et toujours vierge, malgré son grand âge. Christiane l'infirmière se débarrasse d'un amant peu enclin en divorcer de sa femme pour elle, et s'attire les faveurs du directeur philatéliste. Enfin celle qu'on appelle la baronne, atteinte de la maladie d'Alzheimer, repousse son mari toujours amoureux, en le prenant pour un ancien amant.
Un roman qui démontre qu'à tout âge, l'amour, la passion et l'amitié sont les composantes essentielles des relations humaines, celles qui perdurent jusqu'au bout, procurant quelques joies et derniers bonheurs, même quand, rongés par la maladie ou la vieillesse, le corps et l'esprit ne répondent plus, même dans les pires moments.
Plusieurs niveaux de lecture sont possibles, selon que l'on se laisse bercer par l'histoire, entre rires et larmes, ou que l'on décortique la méthode d'écriture de Camille de Peretti qui s'est servi de la trame de George Pérec dans La vie mode d'emploi pour donner corps à son œuvre.
Une œuvre à ne pas louper en ce début d'année 2008, et une auteur à suivre de très près. Camille était à l'ESSEC pour une rencontre exclusive jeudi 19 février 2008 et nous a confié être en train de travailler sur son quatrième roman qui devrait voir le jour début 2009. Patience donc !
A l'évidence, Camille de Peretti prise les défis. Pour le plaisir farceur de les relever (c'est son côté Chat Botté), pour l'aiguillon qu'est l'obligation de ne pas décevoir, pour la fierté d'arriver indemne et victorieuse au bout du steeple-chase ? Parce qu'à vingt-sept ans, elle ressent encore le besoin de canaliser son imagination en lui imposant des contraintes formelles ? Ou parce que, suivant l'exemple de Perec qu'elle cite en exergue de son nouveau roman, se fixer des règles la rend plus libre ?... Sur un sujet difficile et dans un esprit fidèle à Perec, Nous vieillirons ensemble est très exactement délicat et acide, élégant et effrayant... Le regard qu'elle porte sur le monde étrange et douloureux de la «fin de vie» est sans complaisance, sans pathos et d'une incroyable maturité. Le ton est bref, précis, les situations cocasses et les dialogues succulents. Les visages et les histoires prennent corps en quelques traits. C'est émouvant et bien ficelé. C'est atroce et c'est désopilant. C'est d'une justesse qui pousse à réfléchir. C'est une réussite à laquelle on ne voudrait retrancher ni une heure, ni une pièce, ni une page.
Eve de Castro - Le Figaro du 31 janvier 2008
Camille de Peretti répertorie ses protagonistes (le directeur, les résidents, l'auxiliaire de vie, l'infirmière, les visiteurs...) et réalise le plan du rez-de-chaussée des Bégonias (l'accueil, la salle à manger, l'infirmerie, les chambres...). Elle y pose en calque un damier de huit cases sur huit rassemblant soixante-quatre chapitres qui déroulent un long dimanche d'octobre, de quart d'heure en quart d'heure. En référence au Cahier des charges de La Vie mode d'emploi, leur ordre et le lieu sont déterminés par la progression d'un cavalier de jeu d'échecs dont le parcours commence assez évidemment ici à l'entrée de l'établissement. S'y ajoutent aussi dans l'esprit perecien, les contraintes des bi-carrés latins et des listes... Placer dans les lignes à un endroit donné les mots "vert", "gilet", "brindille", "soixante-huit", ressemble à un jeu, Camille de Peretti s'en est servi pour aller au plus près de l'émotion. Le résultat est surprenant de justesse, d'empathie et de sincérité.
Xavier Houssin - Le Monde du 8 février 2008
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28/02/2008
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