Si les femmes avaient tous les pouvoirs, le monde en serait très différent mais tout aussi injuste, car la justice est incompatible avec la discrimination. Un message pour une fois bien sage de la part de la chef de file des chiennes de garde.
Il ne faut pas lire ce roman comme l'oeuvre d'une chienne de garde. Je pense que ce livre a sa place entre toutes les mains. Il exprime simplement ce que serait un monde matriarcal, dominé par les femmes depuis la nuit des temps, et donc par l'enfantement et l'intériorité, celle des organes génitaux, qui est symboliquement traduite par les immeubles troglodytes : pas de tours, que des descenseurs. Les femmes sont bourrues, comme si Isabelle Alonso avait voulu leur prêter des traits de caractère traditionnellement associés aux hommes. Au contraire, les hommes sont coquets, doux. Ce sont eux les coeurs d'artichauts, au bord de la mièvrerie. Il y a des hoministes bien sûr qui refusent d'être des jouets, de s'épiler le torse à la dernière mode, ou de vivre au jardin. Car les hommes sont destinés à de rudes travaux, à l'extérieur. Ils sont livreurs, chauffeurs ou jardiniers, toute autre ambition leur est interdite. Inutile de dire combien les circonstances rappellent celles subies par les femmes, à des degrés divers, selon le lieu et le moment.
Isabelle Alonso n'invente pas seulement une société mais un univers tout entier, avec sa grammaire propre, où « le féminin l'emporte sur le masculin », où les expressions et les auteurs sont féminisés, alors que les auteures sont masculinisées. Il faut donc oublier toutes ses notions apprises depuis le cours préparatoire pour s'approprier le langage de l'écrivaine. Il faut prêter autant attention au fond qu'à la forme, pour savourer le travail d'Isabelle Alonso. Certains mots ne semblent d'abord avoir aucun sens en français « patriarcal ». C'est juste qu'il faut en inverser le genre.
Les femmes ne sont pas du tout dépeintes à leur avantage ; c'est qu'elles reflètent les comportements de leurs « bourreaux » dans d'autres sociétés. Les hommes sont décrits comme efféminés, mais l'homosexualité n'est jamais évoquée. Elle est hors de propos. De la même façon, certaines femmes doivent être de vrais mecs pour faire carrière. Elles ne sont pas lesbiennes pour autant. Malgré tout, l' Histoire à l'eau de bleu (un peu à l'eau de rose, il faut le reconnaître, et chaude comme un Arlequin) fait froid dans le dos. On aimerait fuir une société avec tant de discrimination. Ce livre donne envie de se battre contre toutes les injustices, quel que soit le sexe (et bien évidemment la couleur) qu'elle visent. Bien joué, Isabelle !
15/09/2005
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