Chronique du meurtre d’un ministre russe sous un régime tsariste déclinant, au moment de l’essor des idées communistes : quand le tueur raconte…
France, 1932 : Léon M. meurt et laisse derrière lui des manuscrits où désabusé, il raconte comment en 1903, il a été chargé d'assassiner le ministre Courilov afin de faire avancer la cause rouge.
Sous le nom de Marcel Legrand, médecin suisse, il va s'introduire auprès du ministre souffrant. Tout près, ilva assister aux douloureuses périodes de crise causée par le cancer du foie et le veillera ; il suivra les débats politiques « entre amis » où chaque participant, mi cordial, mi féroce, tire à mots couverts sur ses rivaux. Il le verra dans le travail, zélé et impitoyable, ainsi que dans les moments de tendresse auprès de sa seconde épouse, aimée mais en disgrâce auprès des empereurs. Il campera dans son ombre, lorsque « le Cachalot », en mauvaise estime auprès du tsar, organise un bal auquel il craint que Nicolas II ne veuille assister. Ainsi, l'agent double sera toujours là, quand le ministre vacille, puis se redresse et tombe.
Enfin l'attentat, acte funèbre qu'il n'osera pas exécuter.
Irène Némirovsky ne se départit pas de sa lucidité grinçante, à mi chemin entre froideur et cynisme. Sans sensiblerie mais avec une certaine sensibilité, celle inavouée de Léon M., elle décrit comment il est plus facile d'assassiner une idée plutôt qu'un homme. A force d'être confronté à un être trop humain, le meurtrier perd de vue le symbole auquel il était venu donner le coup de grâce.
Et pourtant, le reste de sa vie, comme un sous-entendu, montre qu'il a tué, qu'il sait tuer ; et pourtant, il n'épargne pas cet être pour lequel il a de la pitié autant que du mépris ; alors pourquoi cette faiblesse au moment d'agir ? Question ardue, sans réponse et finalement presque inutile : ce qui importe, ce me semble, c'est de voir que, finalement, d'un côté de la barrière comme de l'autre, il ne s'agit jamais que d'une histoire d'homme.
Encore une fois, sans psychologie superflue, Irène Némirovsky dépeint au vitriol les êtres humains dans leur milieu, dans leur cruauté et leur désespoir.
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