De sa vie de planteuse au Kenya, le talent de conteuse de la baronne scandinave Karen Blixen a fait une biographie émouvante, à l'origine du splendide Out of Africa et la meilleure histoire d'Afrique.
De ses dix-sept ans passés au Kenya, Karen Blixen a tiré les magnifiques souvenirs d'Afrique qui forment la ferme africaine. Mais plutôt que d'avoir utilisé ces souvenirs pour écrire une insipide et prétentieuse autobiographie, Karen Blixen a voulu laisser parler l'Afrique, ses mystères et ses histoires, sa magie.
Intelligemment, elle a laissé sa patine à son récit pour en faire un récit intemporel. Jamais l'Afrique ou plutôt les Afrique, celles des indigènes, celles des indiens, celles des arabes et celles des blancs, qui se côtoient sans jamais se comprendre tout à fait mais sans jamais s'ignorer vraiment, n'avaient été aussi bien dépeinte que dans ce conte réaliste et autobiographique. Hemingway même regrettait que le prix Nobel qu'on lui avait attribué entre autres pour ses oeuvres sur l'Afrique de l'Est n'ait pas plutôt récompensé la conteuse scandinave.
Le livre lui-même est envoûtant. Parce qu'il parle d'une Afrique envoûtante. Un monde où les colons blancs ne sont les maîtres que parce que les noirs le veulent bien et que les Arabes et les Indiens y trouvent un avantage. Les blancs n'y sont d'ailleurs les maîtres que pour être l'esclave de leurs squatters et serviteurs noirs qui leur prêtent toutes les responsabilités ainsi qu'une aura magique qui attise sans cesse leur curiosité, les fétiches magiques dont les réactions toujours inexplicables aux yeux des squatters Kikuyu sont sources d'heureux ou de mauvais présages. Un monde bien étrange pour les blancs qui finissent tous pourtant par prendre le rythme de l'Afrique.
Un monde bien étrange pour le lecteur aussi qui découvre à travers une série d'épisodes pittoresques ou dramatiques le quotidien de la planteuse. Le récit multiplie les ellipses: le fonctionnement de la plantation est à peine évoqué, la guerre - celle de 1914 - qui s'étend sur les quatre premières années de Blixen en Afrique n'est évoquée qu'après plus de deux cent pages à travers le souvenir des expéditions de ravitaillement. Rien ne perce des combats qui opposèrent les Allemands et les Anglais dans leurs colonies d'Afrique de l'Est- jusqu'en 1918, la Tanzanie est allemande. Ellipse majeure, Bror Blixen, le mari de Karen Blixen de 1914 à 1922, est totalement absent du récit. Et toutes ces ellipses renforcent encore l'omniprésence de l'Afrique dans le récit. Une Afrique à laquelle l'écrivain rend hommage à travers ce livre et qu'on a voulu porté à l'écran à travers la sublime adaptation qu'est Out of Africa.
QLTO vous a fait part de sa curiosité pour La ferme africaine Retrouvez QLTO
25/04/2006
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