Erri de Luca nous livre le récit poignant d'un enfant qui grandit trop vite dans un quartier pauvre de Naples. Chronique à l'italienne, corsée comme un café' à déguster expressément.
« Au printemps, j'étais encore un enfant et maintenant je suis en plein dans les choses sérieuses que je ne comprends même pas. » Notre jeune héros n'est qu'un simple gamin au début du roman. A la fin, il est déjà presque un homme, un vrai, qui travaille et boit du café. Entre-temps, puisqu'à « Naples, on grandit vite », neufs mois seulement vont s'écouler. Neuf mois durant lesquels, tous les soirs, il écrit sur un parchemin ce qu'il a vécu durant la journée, pas en napolitain, non, mais en italien, la langue des érudits qu'il est le seul à connaître chez lui. Au cours de cette période, il va découvrir des choses aussi importantes que la mort, l'amour -celui avec deux « m »-, le courage et les pulsions de haine. De son regard naïf, de sa plume innocente jaillit un roman d'apprentissage très touchant, qui nous invite à découvrir les étapes brûlantes de la perte de l'enfance et de l'entrée dans le monde adulte.
Ce qui ajoute au délice de cet ouvrage, c'est que notre apprenti menuisier ne grandit pas n'importe où : nous sommes à Montedidio, un quartier populaire perché sur les hauteurs de Naples, où les hommes vivent à l'étroit et où les immeubles sont peuplés d'esprits. Et si le titre de l'ouvrage a pris le nom de ce quartier, c'est parce que l'auteur s'attache à nous faire revivre, avec poésie et simplicité, l'âme de ce lieu dans lequel il a lui-même grandi. Ici, les petits du bas-monde deviennent de grands héros : il y a Rafaniello, le sage bossu ; Maria, l'enfant blessée ; Mast'Errico, pour qui « la iurnata è un muorzo », la journée est une bouchée. Dans une description pittoresque de Naples, ces personnages se croisent, se parlent, et leurs dires sont retranscrits par notre jeune héros comme des paroles d'évangile.
En napolitain, Montedidio signifie « la montagne de Dieu ». « Du haut de Montedidio, d'un saut vous êtes déjà au ciel.» A l'image de ce quartier où la magie et le sacré se mêlent au quotidien, le roman associe la réalité au surréel, la douceur à l'amertume, le symbole au réel, la poésie au dénuement.
Finalement, ce livre est un peu comme la bosse de Rafaniello : peu à peu, celle-ci se fendille pour laisser sortir des ailes d'ange. Ici, sous la plume de l'auteur, les murs poussiéreux de ce quartier d'indigents se lézardent doucement pour laisser apparaître une fenêtre de poésie et de symbolisme.
25/04/2006
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