Mortels lundis - Dan Turell
le 06/08/2010 - par Emilie pour QLTO Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !Encore un roman noir qui nous prouve que la littérature nordique est particulièrement savoureuse !
Dans la série "le polar qui venait du froid", après Arnaldur Indridason (Islande) et Stieg Larsson (Suède), nous aimerions vous présenter Dan Turell. Ecrivain et journaliste danois, né en 1945 et mort en 1993, il a écrit de nombreux poèmes et romans policiers. Seulement quelques unes de ses oeuvres sont disponibles en français et c'est bien dommage. Ecrit dans les années 80, Mortels lundis a été son premier roman traduit en français.
Mortels lundis
Dès les premières pages, le narrateur, un journaliste d'une quarantaine d'années, qui traîne sa carcasse et son sac de problèmes avec lui dans Copenhague, découvre au détour d'une promenade nocturne, un cadavre dans le quartier populaire de Norborro. Une jeune femme a été étranglée, sans mobile apparent.
Les deux lundis suivants, même chanson. Le journaliste et son ami Ehlers, inspecteur de police, mènent l'enquête, essayant de trouver l'étrangleur de jeunes femmes du lundi minuit.
Loin des lumières resplendissantes d'une ville animée, Dan Turell nous entraîne dans les quartiers sordides de Copenhague, dans des bars crasseux, dans des intérieurs de gens modestes, sous une pluie battante ou dans une tempête de neige glaciale, dans un contexte explosif d'émeutes de squatters ou de règlements de comptes mafieux.
Ce roman n'ira pas contre l'idée reçue que les nordiques sont particulièrement candidats à la boisson et aux idées noires. De whisky en cafés, de jour comme de nuit, le journaliste enquête pour gagner sa croûte grâce à un scoop et l'inspecteur par sens du devoir envers son prochain. Deux êtres différents mais attachants, qui confrontent leurs points de vue sur la vie, et forment un tandem efficace. Les remarques caustiques du journaliste donnent un ton particulièrement acide au roman, qui distille avec un humour particulièrement noir situations et descriptions savoureuses.
D'un roman sombre naît alors un plaisir sans pareil à passer un agréable moment à suivre ces personnages paumés et usés dans leurs pérégrinations nocturnes.
Et si la résolution du mystère peut décevoir, c'est que l'essentiel n'est pas là. On est loin du professeur Moriarty et de ses plans machiavéliques, des exploits de Sherlock Holmes ou des meurtriers érudits de Fred Vargas. Nous sommes ici dans la banalité du quotidien, d'un quotidien morne et sans avenir duquel naissent la frustration, la violence et la mort.
Extraits
« Le jour suivant, qui s'avéra aussi gris et pluvieux que les précédents, Monica Bonheur fit la une des grand quotidiens. Rivalisant de créativité, les éditorialistes s'étaient mis en quatre pour vendre l'histoire de cette pauvre fille qui avait été « sauvagement assassinnée au fond d'une ruelle » (sic), à croire qu'il existait des meurtres de bon goût, perpétrés avec civilité ou qu'il était plus agréable de se faire trucider dans le luxe douillet d'un salon de coiffure en vogue. »
« - [...] C'est une ordure, ce gars. Je n'arrive pas à comprendre comment un type jeune et en bonne santé peut s'en prendre à un pauvre vieux sans défense. Ca me dépasse.
A l'idée qu'un être humain puisse tomber si bas, le colosse avait l'air tout retourné, comme s'il ne croyait pas ses semblables capables d'une telle ignominie ; Pearl Harbour, pourquoi pas, Hiroshima, passe encore, Auschwitz, à la rigueur, mais des grands-pères détroussés par des gamins qui sèchent l'école... »
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