Dracula l’immortel, par Dacre Stoker et Ian Holt

le 03/03/2011 - par Emilie pour QLTO Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !

Une suite officielle au Dracula de Bram Stoker ? Les fans de littérature vampirique devraient se délecter… Cependant ce roman n’est pas à la hauteur du mythe, et accumule les grosses ficelles du cinéma de masse pour ressembler finalement plus à un thriller moderne prétendant au titre de best seller facile à lire et facile à oublier, qu’à un futur classique de la littérature vampirique.

Dracula l’immortel, par Dacre Stoker et Ian Holt

 

Amis amateurs de vampire qui traînez dans les librairies, la couverture est belle, mais ne vous y fiez pas : fuyez ce roman comme le mal !

Le parti pris était pourtant osé et légitime. Dacre Stoker, l'arrière petit neveu de Bram Stoker, s'associant avec Ian Holt, un spécialiste du mythe vampirique, décident d'écrire une suite au célèbre roman Dracula, en remettant l'œuvre au goût du jour, en levant certains points d'ombre de l'œuvre originale (en expliquant notamment comment la bande d'intrépides combattants du mal se sont rencontrés...) et en faisant intervenir un personnage qui avait été apparemment retiré de l'œuvre originale par l'éditeur de l'époque, à savoir l'inspecteur Cotford qui enquête sur les crimes de Dracula.

Le roman qui nous est ainsi livré aurait reçu l'approbation de la famille Stoker pour l'appellation « suite officielle », mais c'est vraiment à se demander si la famille Stoker l'a lu (ou a réussi à en venir à bout) ! Ou bien l'approbation de la famille tient uniquement à l'approbation de Dacre lui-même, qui cherche avant tout à tirer profit du filon. Après tout, pourquoi Stephenie Meyer et les autres seraient les seuls à s'enrichir sur le dos des pauvres vampires ?

 

En effet, si elle reste un divertissement relativement efficace, cette œuvre est décevante sous tous les points de vue.

 

Pour ma part, ma plus grosse déception d'entrée de jeu a été le style.


N'est pas Bram Stoker qui veut, et l'écriture de Dacre et Ian n'a rien à voir avec la plume de leur maître. Il n'y a pas une once de poésie, les dialogues sonnent faux et creux, les descriptions n'ont rien de romantique. Bon, très bien, nous avons en main un roman moderne, certes se passant au début du XXe siècle mais écrit dans un style contemporain pour qu'il soit compréhensible par le plus grand nombre. Intention peut-être louable pour toucher le grand public. Tout le monde ne se délecte peut-être pas du style gothique du XIXe et ceux qui n'ont pas réussi à venir à bout de l'œuvre originale pour cette raison n'aura pas cette excuse cette fois-ci.

 

Mais deuxième déception, l'histoire n'a aucun respect pour l'œuvre originale.


Certes, j'avoue que j'ai lu le Dracula original il y a un certain nombre d'années, et que je ne l'ai pas relu juste avant de me plonger dans Dracula l'immortel. Grand bien m'en a pris, sinon je crois que je n'aurais pas pu aller jusqu'au bout de la prétendue suite ! Au lieu de lever des zones d'ombres sur le roman original, la suite invente, innove, jusqu'à frôler l'incohérence totale. Alternant les flashbacks et les retours au moment présent, le roman nous explique que Mina a eu des relations avec Dracula avant son mariage avec Jonathan Harker, qu'elle a toujours été plus ou moins éprise du prince, et qu'elle ne vieillit plus car elle a bu le sang du vampire. Son amie Lucy serait morte à cause d'une erreur médicale de Van Helsing et Dracula aurait voulu la sauver en la transformant en vampire. Au final, le vrai mal ne proviendrait pas de Dracula, héros romantique et ambigu, sanguinaire mais voué à Dieu et au bien, mais de la comtesse Báthory, sa cousine, qui incarnerait le véritable mal et serait en fait derrière les crimes de Jack l'éventreur. Au-delà de tout mélanger allégrement, on dirait que le roman se base plus sur le film de Coppola que sur le roman de Bram pour certains aspects du mythe, alors que les auteurs revendiquent une filiation complète à l'œuvre de l'arrière grand oncle. Pour ne rien arranger, les auteurs ont fait intervenir Bram Stoker lui-même pour donner plus de crédit, semble-t-il, aux personnages, et l'ont transformé en auteur minable jaloux du succès d'Oscar Wilde, en directeur de théâtre raté, et le font presque trépasser par une agression de Dracula lui-même. C'est une blague ? Bram se retourne-t-il dans sa tombe ?

Bon, très bien, et sans être un puriste du mythe, ne reste-t-il pas des aspects positifs dans ce roman ?

 

Certes les amateurs de littérature à la sauce hollywoodienne ne seront pas déçus.


Ce livre semble écrit pour le cinéma, comme un Dan Brown, avec moult scènes de sexe, de sang, de poursuites, de batailles et son lot de cadavres qui va avec. Rédigé sur un ton très sérieux, mais qui tourne vite au ridicule, le roman n'aurait franchement pas eu besoin des si grosses ficelles pour être plus réussi. Pas besoin de massacres sanguinolents avec viscères qui débordent, yeux crevés, têtes qui roulent, pour écrire un roman d'horreur. Au lieu d'un langage cru et presque vulgaire, les suggestions des meurtres aussi bien que des scènes sensuelles auraient été plus à même de créer une ambiance romantique, lourde et mystérieuse, totalement absente de ce roman qui se veut spectaculaire sans y parvenir. Pour créer un suspens artificiel, les chapitres se terminent systématiquement par une coupure nette et il faut attendre cinquante pages de plus (écrites gros heureusement) pour connaître le mystérieux agresseur d'untel. Les personnages manquent cruellement de profondeur et aucun n'est attachant. Le ridicule et idiot inspecteur Cotford aurait mérité de disparaître de cette version également, les tirades du jeune Quincey Harker n'arrivent pas à nous convaincre et Dracula, qui s'avère particulièrement coriace face à la mort comme son nom d'immortel l'indique, passe pour un saint et un idéaliste dont on ne peut que s'amouracher, comme le veut la mode des séries vampiriques pour adolescentes.

 

L'impression d'ensemble est d'une platitude navrante, sans charme, le temps paraît long, et si comme moi vous n'avez pas eu la bonne idée d'acquérir la version poche, vous allez trouver le pavé bien lourd pour un récit aussi creux et vide. Au final, Dracula l'immortel est prêt à revenir, en livre ou au cinéma. Espérons que ce ne sera pas le cas, et retournons lire l'œuvre originale.

 

 

 


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