Fahrenheit 451 de Ray Bradbury
le 19/01/2004 - par M-H Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !"Un livre est un fusil chargé dans la maison d'à côté. Brûlons-le. Déchargeons l'arme. Battons en brèche l'esprit humain. Qui sait qui pourrait être la cible de l'homme cultivé? Moi? Je ne le supporterai pas une minute."
L'histoire se situe au XXIVème siècle et raconte le parcours initiatique de Guy Montag, un pompier dont le métier consiste non plus en éteindre les incendies mais au contraire de mettre le feu aux livres, devenus tous interdits, et aux maisons qui abritent leurs lecteurs. C'est la rencontre d'une jeune fille, Clarisse Mc Clellan, curieuse et intelligente, qui va éveiller en lui des questions existentielles qu'il ne s'était jamais posées auparavant. Il se rend compte qu'il n'est pas satisfait par son travail, qu'il est déçu par la société qui semble aucunement perturbée par la guerre pourtant imminente. Il se demande de plus en plus pourquoi les livres sont considérés comme dangereux, et si finalement, la clé du bonheur qu'il cherche ne se trouverait pas dans ces livres si craints. Le patron de Montag, Capitaine Beatty, qui se doute de quelque chose, le met en garde contre le caractère offensif des livres qui pourrait mettre en péril la société. Montag se rappelle alors d'un professeur à la retraite, Faber, un homme encore illuminé, qui devient son mentor avec lequel il conspire pour obtenir des livres. Un jour, à la caserne, les pompiers sont appelés à détruire une maison, qui se trouve être celle de Montag. Ce dernier, après avoir commis le meurtre de son patron, devient un fugitif, poursuivi sans relâche par un chien mécanique qui peut traquer n'importe quel être humain. Il entend alors que la guerre a été déclarée. Faber l'aide et lui dit de partir pour la rivière où il trouvera un camp de vagabonds, des intellectuels hors-la-loi, qui pourront l'aider. Le leader du group, un auteur nommé Granger, l'accueille. Il lui explique que chaque homme du groupe a mémorisé une ?uvre littéraire et qu'un jour, quand il sera à nouveau possible de le faire, ils pourront les imprimer à nouveau. Quand les bombes annihilent la ville, ils décident de créer un nouvel ordre où les livres et la libre pensée peuvent à nouveau régner.
Le message de ce roman est clair: là où il n'y a pas de liberté de chercher la vérité, il n'y pas de satisfaction intellectuelle. Dans la première partie, on découvre que le feu est une arme de destruction pour censurer la connaissance et les idées. Il faut rappeler qu'en plus des autodafés effectués par les nazis, les Etats-Unis ont été frappés par le Maccarthisme: aussi le Un-American Activities Commitee examinait-il les livres qui véhiculaient selon eux des idées communistes. Les pompiers détruisent les livres dans le même but: ne pas laisser la société être contaminée par les idées, parfois impétueuses, des livres. Les brûler, c'est brûler le savoir, la mémoire collective, l'éveil intellectuel. Ils représentent le fruit défendu de la société de Montag qui renonce ainsi à une forme de liberté, face à un Etat quasi totalitaire, omniprésent. Peu de citoyens de la ville de Montag ont conservé leur pureté après avoir été confrontés à la technologie dévoreuse d'âme. Des personnages, tels la femme de Montag, Millie, font de leur illusion de bonheur une priorité qu'ils cultivent et dont ils ne veulent ou ne peuvent plus sortir. Réveiller un esprit anesthésié, comme celui de Montag au début de roman, ne peut réellement se faire que par une remise en question amorcée par un élément "perturbateur", ici la jeune fille, ou encore mieux, le choc émotionnel. Montag assiste à l'immolation d'une vieille dame qui préfère périr par le feu plutôt que de renoncer à la liberté de posséder des livres. Cet événement le bouleverse totalement puisqu'il va dès lors engendrer une bataille violente entre le bien et le mal dans son esprit. La tonalité du roman se fait alors plus intense, plus mouvementé, plus chaotique: c'est le début d'une vie d'errance pendant laquelle Montag ressent les peurs du hors-la-loi et les maux du fugitif. C'est aussi le début de la guerre, alors que Montage commet son premier véritable crime contre la société en tuant son chef et en s'enfuyant. Il est dépouillé de son ancienne vie pour avoir dévié de la norme en choisissant les livres et la vérité. Il est porté par la rivière vers un nouvel endroit, la campagne, et devient Montag l'intellectuel, le gardien de la vérité. Ainsi c'est une véritable renaissance pour lui qui commence. Il comprend désormais qu'il ne faut pas avoir peur du pouvoir des livres qu'il faut détourner vers un enrichissement personnel. Alors qu'il baignait dans la désillusion au début du roman, il devient curieux et attentif à son monde. Aussi le message véhiculé par Bradbury est-il celui de l'espoir. La ville est détruite, il reste de l'espoir pour l'homme du futur, l'homme d'esprit et de coeur qui sait être ému par le monde.
0 commentaire(s)
Ecrire un commentaire
En validant, j'accepte les conditions générales d'utilisation du site.

vers Edito