Jusqu'à présent en écriture de science-fiction, il n'y avait rien d'autre en matière de fuite que Prélude à fondation d'Isaac Asimov...
Remplacez un mathématicien inventeur de la psychohistoire par Piwaï Cosy, experte en antiquités qui ne rechigne pas à les voler, la gigantesque Trantor par Goffet, la cité mère et Isaac Asimov, sans doute l'un des plus grands écrivains de science-fiction de tous les temps par Carole Boudebesse, nouvelle plume française et vous obtenez La mallette jaune, un premier roman paru aux éditions Glyphe.
Toute la mallette jaune ?
Non, parce que le livre est multiple. Mais rappelons rapidement l'histoire pour ceux qui ne l'auraient pas encore lue : la jeune Piwaï se réveille un matin enchaînée à ladite mallette dont les intentions ne sont pas amicales : non seulement Piwaï ne peut s'en débarrasser, mais elle doit la livrer dans un laboratoire mystérieux, isolé dans la jungle du Dawin voisin, et ce sous quatorze jours, sinon, c'est l'explosion. L'irruption du docteur Tévy Wart lui offre toutefois une aide salutaire : il sera du voyage, quitte à risquer sa vie.
Or, quand s'achève le premier livre - à la manière des grandes épopées, La mallette jaune est découpée en trois parties -, Piwaï et Tévy on certes réussi à passer une frontière étanche, mais après la cavalcade à laquelle ils se sont livrés les ont passablement fatigués. Sommet de l'histoire.
Le livre deuxième commence, et on les abandonne pour rejoindre Diane de Kelton, guerrière issue d'un monde parallèle qui se retrouve, à cause de l'usage malhabile d'une porte, plongée dans le Paris de 2076. le rôle et la place de ce personnage ne sont pas évidents du départ : quel lien lie son Symell natal, autre monde au fort caractère de fantasy, la planète Goffet, relevant manifestement du space-opéra, et notre monde dans même pas un siècle ?
La réponse se trouve dans le livre troisième. Diane, après une petite période de cryogénisation -une ellipse de deux mille ans qui permet à l'humanité et à l'intrigue de passer de Paris à une « planète-fille » où l'héritage terrien est bien présent, notamment dans les œuvres d'art que côtoie Piwaï-, rencontre les deux autres protagonistes. Ils vont devoir affronter un autre monde encore, la jungle dawinienne où un Polpot trouverait volontiers sa place, pour enfin découvrir:
1) Le fameux laboratoire que l'on cherche depuis plusieurs dizaines de pages.
2) Ce que contient la mallette
3) Pour Diane, le moyen de rentrer chez elle.
C'est ici que Carole Boudebesse exprime au mieux son talent : dans le dénouement en bouquet final de ces destins entrecroisés. Pourquoi et comment peut-on mélanger dans un même roman Paris, un monde fantastique, un space-opéra et le Cambodge des années 70 ? Pourquoi est-ce que Piwaï Cosy doit son destin à Diane de Kelton, et inversement ? Pourquoi Tévy Wart est venu jusqu'au laboratoire ?
La réponse est dans la mallette. L'objet pour les héros, le livre pour le lecteur. J'écrivais plus haut que le livre était multiple. Quand on tourne la dernière page, on ne sait plus exactement si on a lu un, deux, ou quatre ouvrages. Mais c'est justement dans cette prolifération d'univers, dans l'enchevêtrement spatiotemporel des intrigues que le livre puise son intérêt.
Multiple, mais unique.
La mallette jaune, Carole Boudebessse Editions Glyphe Coll. Les plumes d'Hippocrate
29/05/2007
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