Identification des schémas de William Gibson

le 17/05/2005 - par Paul-Emmanuel Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !

Un roman qui mêle aventure, espionnage, réseaux informatiques surdéveloppés et hackers shootés aux psychotropes, dans un futur proche, glauque et sombre...

Identification des schémas de William Gibson William Gibson est un auteur très discret qui, en 1984, a réussi le coup de maître de renouveler la science-fiction moderne avec son premier roman Neuromancien (prix Hugo, Nebula, P.K. Dick…), donnant naissance au courant cyberpunk – un iceberg dans l'océan de la SF et dont la partie tardivement émergée peut, par un de ces raccourcis faciles que j'affectionne, se résumer à Matrix – mêlant aventure, espionnage, réseaux informatiques surdéveloppés et surtout hackers shootés aux psychotropes, le tout placé à infuser dans un bouillon de futur proche, glauque et sombre, où la pluie s'abat en permanence sur les mégapoles qui s'étendent sur presque toute la surface du globe.

Les trois derniers romans de W. Gibson – Idoru (1996), Tomorrow's parties (1999) et Identification des schémas (2003) – s'éloignent progressivement du cyberpunk pur et dur pour prendre un style plus neutre, non futuriste mais au contraire franchement représentatif des interrogations et des angoisses sociales actuelles. Ainsi, le père de l'héroïne du dernier livre, Cayce Pollard, a disparu le 11 septembre 2001 sans que son corps soit jamais retrouvé, évènement déclencheur de la plus grave des violentes crises d'angoisse qu'elle subit tout au long du récit. De même, tous les enjeux et les intérêts qui se heurtent dans ce livre sont centrés sur le pouvoir des médias et la place du marketing dans la vie quotidienne.

Un bref résumé pour illustrer mon propos : Cayce est « chasseur de cool », c'est-à-dire qu'elle est payée par des designers et des publicitaires pour repérer ce qui va faire les grandes tendances de demain et valider ou infirmer des campagnes à venir. A force de vivre au sein des marques, elle a développé une véritable phobie : elle fait systématiquement dégriffer (couper les étiquettes) ses vêtements et la simple vue de certains emblèmes du merchandising (par exemple le bibendum Michelin) lui ôtent tous ses moyens. Cayce est aussi une « filmeuse », une des innombrables passionnés des petites séquences de films qui apparaissent de temps à autres sur le réseau Internet, sans signature ni liens logiques entre eux et sur lesquels les analyses ne tarissent pas. Les employeurs de Cayce estiment que cet engouement soudain des internautes est une chance inestimable de renouveler les approches du merchandising telles qu'elles étaient conçues jusqu'alors et la chargent de remonter jusqu'à la source des films pour comprendre les motivations et la stratégie marketing de l'auteur.

Gibson a un style vraiment particulier, très fluide, qui colle à la pensée de son personnage principal et permet à son lecteur de suivre les évènements au plus près, un peu à la manière d'un épisode de 24 heures chrono. Il réussit à nous transporter de Londres à Moscou via Tokyo avec un art consommé de la gestion du suspense. Malgré tout, à la fin, on reste un peu sur la notre ; on aimerait bien pouvoir continuer encore un peu, se creuser encore la tête, mais le nombre de pages restantes diminue toujours inexorablement.

William Gibson, Identification des schémas (Pattern recognition), Le Diable Vauvert (2004), 23€


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