La nuit des temps de René Barjavel
le 01/04/2004 - par Marie-Luce Baudelet Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !Ce véritable trésor nous mène aux frontières de l'Histoire, la nôtre, entre Guerre Froide, révolte des étudiants qui commence à gronder et débuts de la conquête spatiale et de NOTRE analyse de l'histoire humaine.
Assez de la Science Fiction, me direz-vous. Entre un astéroïde qui menace de pulvériser la planète, une odyssée de l'espace et une augmentation des ventes de science fiction (au sens large), le raz de marée sur notre patience est proche - et ce n'est pas de la science fiction. Mais laissez-moi vous conter la fabuleuse découverte d'une pré humanité, coincée dans l'Antarctique depuis 900 000 ans... Une civilisation beaucoup plus évoluée que la nôtre, qui a réussi là où nous hésitons encore : alicaments délivrés à l'individu selon un prorata calculé en fonction de ses besoins, trains à lévitation magnétique, contraception au plus juste ( il suffit d'enlever une bague pour pouvoir procréer) et miniaturisation de toutes les données de notre personne dans une bague : données biométriques, données définies par la société etc. Cette civilisation a même trouvé le moyen de résoudre le problème de tout être humain en peine : l'âme soeur, trouvée grâce à l'analyse des paramètres de toute la population de l'autre sexe et au chemin optimal... mais là, c'est une histoire de statistiques...
C'est au hasard d'une expédition en Antarctique qu'une équipe de chercheurs trouve, vers 1967 (date de rédaction du livre), un signal étrange, issu des profondeurs de la Terre. Ce signal, analysé grâce à un nouvel appareil, donne à l?image une cité engloutie dans les glaces. Cette civilisation, vieille de 900 000 ans, suscite la curiosité de toute la communauté internationale. Unie face à la découverte des « pères » de l'humanité, une station hybride, regroupant communistes, Américains (le Dégel est là !), Français, pays du Tiers Monde (on est en plein dans la vague des non-alignés), perce les profondeurs de la Terre et se retrouve face aux deux derniers rescapés de la civilisation... un homme, une femme d'une extraordinaire beauté, tous deux maintenus dans des blocs d'hélium au froid absolu (-273 degrés Celsius)... La résurrection de la jeune femme (Eléa) plonge le monde scientifique dans les souvenirs d'Eléa, au coeur de son histoire d'amour avec Païkan et de la chute du monde d'avant la Préhistoire.
Mais dans le monde hors de l'Atlantique, les jalousies se réveillent, les états s'organisent pour s'approprier la jeune femme et ainsi détenir une source formidable de puissance. Jusqu'aux dernières respirations du dénouement ce livre est un véritable trésor. Il nous mène en effet aux frontières de l'Histoire, la nôtre, entre Guerre Froide, révolte des étudiants qui commence à gronder et débuts de la conquête spatiale, mais aussi de NOTRE analyse de l'histoire humaine. Barjavel dépoussière ici le mythe d'une civilisation ante préhistorique et lui donne une géopolitique contemporaine : conquête spatiale, rivalité entre deux grandes puissances (dont une à l'emplacement des Etats Unis actuels !) et présence d'une puissance neutre ; possession d'une arme superpuissante, destructrice, mais aussi intégration totale de l'environnement (écologie, recyclage etc.). C'est, derrière une histoire palpitante teintée d'un érotisme sublime, une réflexion sur l'humanité, le choc des idéologies et des intérêts « nationaux » - à vrai dire purement personnels. C'est une remise en cause de l'appropriation du savoir par l'homme au détriment du respect du passé.
Parce que ce livre est un chemin supplémentaire de réflexion personnelle, parce qu'il est un hymne à la fidélité amoureuse au-delà de la vie, une ode à la raison et à la réflexion, je vous conseille de vous plonger dedans. Le temps d'une Nuit...
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