Blade Runner, ce n’est pas qu’un film de Ridley Scott avec Harrison Ford, c’est aussi un roman de Science Fiction, écrit en 1968 par l’écrivain américain P. K. Dick.
Blade Runner, vous connaissez sûrement. Au moins le film du même nom. Pour ce film, Ridley Scott s'est inspiré du livre de Philip K Dick, publié à la fin des années 60.
Philip K. Dick, écrivain américain né à Chicago en 1928, est un auteur de SF qui a inspiré plusieurs films américains à succès ces dernières années, notamment Paycheck, Minority Report et Total Recall. En ce qui concerne Blade Runner, le film a été réalisé en 1982, l'année de la mort de PK Dick.
Pour ceux qui connaissent le film, l'histoire s'inspire largement du roman, sans pour autant le reprendre dans son intégralité. L'idée principale est là : un Blade Runner (chasseur de prime) doit éliminer des androïdes dangereux qui se sont échappés d'un colonie martienne. Mais dans le détail, le roman est plus riche et mérite largement d'être lu, surtout si vous avez mal compris le film, et encore plus si vous l'avez aimé !
Le titre original du roman était "Do Androids Dream of Electric Sheep?" ("Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques?"). Non, ce n'est pas une blague, mais une allusion à l'une des idées fixes du personnage principal du roman : son mouton électrique qui souhaite remplacer par un vrai. Mais laissez-moi vous expliquer…
L'histoire se passe sur Terre, après une guerre mondiale nucléaire qui a rendu la planète stérile et hostile. Tous les animaux sont morts, à commencer par les chouettes, et les humains ont dû s'exiler dans l'espace pour survivre. Comme les hommes des siècles précédents avaient eu recours à des esclaves pour coloniser d'autres continents, les terriens du futur ont eu recours à des machines pour les aider dans la conquête spatiale. Ces machines, les androïdes, sont de plus en plus perfectionnées, et ressemblent de plus en plus à des humains. Et c'est d'ailleurs ce que veut la fondation Rosen qui les produit, pour que les androïdes soient de plus en plus parfaits.
Dans ce contexte, Rick Deckard est chasseur de prime. Ce personnage principal, et plutôt anti-héros, est un fonctionnaire de la police qui se retrouve coincé sur Terre avec sa femme alors que presque tout le monde s'est exilé dans l'espace. Son but dans la vie, l'élévation sociale, passe par l'acquisition d'un animal, un vrai, qui remplacerait son mouton électrique. Mais les vrais animaux coûtent des sommes inimaginables. Aussi, quand son chef l'appelle pour lui confier une mission importante, il entrevoit tout de suite la possibilité de réaliser son rêve grâce aux primes qu'il pourrait recevoir.
Cette mission, c'est celle d'éliminer un groupe d'androïdes dangereux et meurtriers, échappés d'une colonie martienne et réfugiés sur Terre. Ils sont tellement intelligents que l'un d'eux a réussi à avoir le précédent Blade Runner qui devait les capturer. Et ils sont tellement parfaits que les tests standards pour les identifier peuvent ne pas fonctionner. Le test standard, c'est le test de l'empathie qui mesure - pour simplifier - le temps de réaction de la personne mise dans une situation particulière. Une phrase du type « Vous aimez cet abat-jour ? Il est en peau de bébé humain vous savez… » doit provoquer une réaction violente immédiate chez un humain, alors que chez un androïde, le temps de réaction est plus long. Mais certains androïdes ont été élevés comme des humains, et ne savent même pas qu'ils sont des androïdes. Ils réagissent donc comme des humains, ou presque. C'est le cas de Rachel Rosen, la fille de la fondation Rosen qui crée les androïdes, et à qui Deckard fait passer le test pour s'assurer qu'il fonctionne bien. Dans ce cas, comment savoir qui est qui ? Deckard lui-même ne serait-il pas une création artificielle dont les souvenirs auraient été créés de toute pièce et implantés dans sa mémoire ?
Alors que Deckard élimine les androïdes, il commence à se poser des questions. Il ressent de l'attirance pour Rachel Rosen, mais il n'y a pas que ça. Qu'est-ce qui différencie vraiment les androïdes des humains ? Les androïdes deviennent de plus en plus évolués, ils surpassent presque les humains en intelligence, et on leur refuse toujours les droits élémentaires : la liberté, le droit d'aimer, le droit de vivre. Et pour cause, les androïdes sont extrêmement dangereux, car ils sont partout : ils ont infiltrés les medias et ils ont même créé leur police parallèle !...
Dans ce roman, on reconnaît l'influence de l'époque (la menace de la guerre nucléaire, la chasse aux sorcières, le totalitarisme…) et des auteurs de romans d'anticipation des années précédents. Pour n'en citer qu'un, on retrouve notamment 1984d'Orwell (écrit vingt ans avant Blade Runner en 1948), par exemple au moment Deckard se fait arrêter par la police parallèle des androïdes qui nie son existence en tant que Blade Runner. Autre exemple, le personnage virtuel de Wilbur Mercer qui apparaît dans la boîte en empathie rappelle Big Brother, cette figure emblématique qui guiderait son peuple là où il veut qu'il aille. Le totalitarisme doux en somme, par le conditionnement des masses, et par l'orgue d'humeur qui, comme une drogue sur mesure, permet d'avoir l'humeur que l'on désire. L'influence des années soixante est là elle aussi. Et on retrouve tous les thèmes chers à PK Dick : les questions d'identité, les frontières entre la réalité et le virtuel, et surtout la réflexion sur un monde qui pourrait devenir le nôtre si l'humanité poursuit ses efforts dans le sens de l'innovation technique irréfléchie.
En somme, ce livre est une perle dans le genre, et si vous aimez la science fiction, c'est un classique à ne pas rater, au même titre que Fahrenheit 451de Bradbury ou Le meilleur des mondes d'Aldous Huxley.
Et si la lecture vous rebute, vous pouvez toujours vous contenter du film, qui offre une bonne vision, bien que simplificatrice, du monde de Philip K Dick.
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