Le nom de Philip K. Dick doit vous être familier surtout si vous êtes amateur de SF. Blade Runner, Minority Report, Total Recall, ou Paycheck sont des œuvres que vous connaissez forcément, au moins sous la forme de leur adaptation cinématographique :
A l'image de sa vie, l'œuvre de Philip K. Dick est une succession de cauchemars. Son existence pour le moins instable fut marquée par la drogue, le délire, plusieurs divorces et les tentatives de suicides.
La vie de Philip K. Dick débute en 1928 par un cauchemar : sa sœur jumelle décède six semaines après sa naissance. Toute sa vie, Philip aura l'impression qu'une partie de lui-même lui manque. Pendant son enfance, autre cauchemar : ses parents divorcent quand il a quatre ans. A sept ans, il refuse de s'alimenter. Un psychiatre diagnostique une possible schizophrénie… Toute sa scolarité sera perturbée par ses problèmes psychologiques.
A douze ans, Philip découvre la SF. Cela sera la seule issue qu'il trouvera pour extérioriser ses angoisses intérieures. A treize ans, Philip écrit son premier roman. Il fait un passage éclair à l'Université de Californie où il ne terminera pas ses études de philosophie, ayant été renvoyé pour sympathies communistes. En 1952, il abandonne les petits boulots pour se mettre à écrire sérieusement.
Le problème, c'est que ses romans ne trouvent pas acquéreur. Philip tombe alors dans la paranoïa : il est persuadé que ses échecs sont liés à ses complots montés contre lui… Il se sent sans cesse surveillé. Ses relations avec sa femme et ses voisins se dégradent. En réalité, il s'avère que la SF n'est pas un genre à la mode et que ses œuvres sont trop en avance sur son temps.
Heureusement la tendance change et en 1963 Le Maître du Haut-Château reçoit le Prix Hugo qui lui apporte un début de reconnaissance. Il publie alors roman sur roman, et ne tient le rythme que grâce à des médicaments en tout genre qui le plongent régulièrement dans des dépressions terribles. L'abus de drogue va commencer à le mener à une réflexion sur la réalité et la folie.
Toute l'œuvre de Philip K. Dick est menée par le même questionnement sur la réalité. Il explore des mondes schizophrènes, des réalités parallèles, des cauchemars à la limite de la folie. Pour lui, la réalité n'est qu'une illusion générée par chaque perception humaine. « Votre réalité n'est pas la mienne. La vôtre n'est qu'une illusion que votre perception a figée. »
En 1970, sa femme finit par le quitter, et Philip K. Dick plonge dans la période la plus noire de sa vie. La drogue prend le dessus, il reçoit chez lui tous les drogués et hippies de passage, et il sombre dans le délire. De cette expérience naît le roman Substance mort (1975) qui raconte l'histoire de paumés que la drogue emporte dans des mondes de rêves et de cauchemars sans retour.
Philip K Dick échoue dans sa tentative de se faire interner en hôpital psychiatrique : il est très sûrement paranoïaque, peut-être schizophrène, mais pas assez drogué et en mauvaise état physique pour être accepté. Ses relations amoureuses ratées le poussent au suicide. Sauvé par les médecins, il finit par entrer dans un centre pour héroïnomanes même s'il n'en était pas un.
Finalement, Dick déménage, se remarie une cinquième fois, se plonge dans le mystique en s'abonnant à des revues religieuses (et sectaires…) mais ne trouve pas la paix et la stabilité pour autant. Nouvelle tentative de suicide quand sa nouvelle femme le quitte en 1976. La cerise sur le gâteau : en 1977, lors d'une conférence de SF à Metz, il annonce qu'il serait en contact depuis 1974 avec des extra-terrestres ! Délire ou provocation ?
Sa santé mentale est remise en question mais ses finances s'améliorent avec les ventes de ses romans qui progressent. Il est contacté par Hollywood pour adapter en film sa nouvelle de 1968 Do Androids Dream Of Electric Sheep ?. Mais il refuse d'écrire le scénario du film, préfèrant passer à côté de l'argent plutôt que de renier son texte.
Il ne verra jamais le film terminé. Il meurt le 2 mars 1982, quelques mois avant la sortie sur les écrans de Blade Runner. On ne saura jamais s'il l'aurait apprécié ou non. Le film n'est pas vraiment fidèle au roman, mais en tout cas il a le mérite d'avoir fait découvrir au grand public cet écrivain de génie.
Il obtiendra après sa mort le succès et la reconnaissance littéraire avec la création du Prix Memorial Philip K. Dick en 1983. Cet écrivain très marqué par les bouleversements politiques et sociaux des Etats-Unis de son époque (deuxième guerre mondiale, maccarthysme, assassinat de Kennedy et Martin Luther King, guerre du Vietnam, période hippie) nous laisse 47 romans et près de 130 nouvelles, devant ainsi un monument incontournable de la science-fiction.
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