"Pourquoi il faudrait oublier le droit à l'oubli numérique"
le 21/04/2010 - par MeryL Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !Yan Claeyssen, président d'ETO Digital, propose une tribune dans laquelle il revient sur la mission de réflexion lancée par le secrétariat d'Etat à l'économie numérique sur la question d'un droit à l'oubli sur Internet. Selon lui, il s'agirait d'une « fausse bonne idée », difficilement applicable et aux conséquences pouvant se révéler dangereuses.
Yan Claeyssen, président d'ETO Digital, une agence spécialisée dans le marketing direct, propose une tribune dans laquelle il revient sur la mission de réflexion lancée par le secrétariat d'Etat à l'économie numérique sur la question d'un droit à l'oubli sur Internet. Selon lui, il s'agirait d'une « fausse bonne idée », difficilement applicable et aux conséquences pouvant se révéler dangereuses. Voici son point de vue.
Depuis plusieurs mois, un groupe de travail a été créé par le secrétariat d'Etat à l'économie numérique dans le but de réfléchir à la mise en place d'un Droit à l'oubli sur Internet. Lancée lors d'une conférence à Science-Po en novembre, l'objectif est de réfléchir aux éventuelles régulations à mettre en œuvre pour protéger les internautes contre l'exploitation malintentionnée de leurs données personnelles sur le net.
La présence sur internet de ces données personnelles est soit volontaire, soit automatisée. Ces données peuvent en effet ou bien avoir été déposées volontairement par l'internaute sur son blog ou sur son profil Facebook, MySpace ou autres, ou bien avoir été « tracées » par un dispositif de marketing online exploité par un acteur de la net économie (régie publicitaire, fichier utilisateur d'un service online, fichier client d'un e-commerçant…).
La CNIL et plusieurs associations de consommateurs réclament la mise en place de ce droit à l'oubli, voire son inscription dans la Constitution Française, de manière à éviter que ces données personnelles soient utilisées par des tiers contre l'individu concerné. Des lois, notamment la « loi informatiques et libertés », protègent déjà les individus contre une utilisation abusive de leurs données personnelles. Il s'agirait d'aller plus loin pour les données dès lors qu'elles sont récoltées et/ou diffusées et/ou conservées sur Internet. Concrètement, l'objectif est de permettre à tout internaute d'exercer un « droit de suppression des données » gratuitement et simplement.
En effet, un nouveau réflexe est né depuis quelques années notamment avant de recruter un candidat ou de s'amouracher d'une jolie rencontre : on le ou la googelise ! De fait, Internet constitue tout à la fois un outil de tracking et de collecte d'information formidable, une mémoire multimédia phénoménale et un moteur de recherche extraordinaire. Dès lors qu'une information est déposée sur le net, en général, elle y reste et peut facilement être retrouvée par Google. C'est bien ce que pointent la CNIL et les associations : il n'y a plus de place pour l'oubli ! Ce que nous déposons sur le net est inscrit dans un marbre numérique une fois pour toute. Et tout un chacun peut aisément le retrouver.
La crainte principale est de voir émerger un dispositif type Big Brother qui permettrait non seulement aux organisations (Etat, entreprises…) mais à tout un chacun de pouvoir pister, voire surveiller, les individus en collectant un ensemble d'informations personnelles laissées sur le net.
Cette crainte est complètement légitime. Nous ne sommes pas incognito sur le net. Notre activité en ligne laisse des traces et ces traces peuvent potentiellement nous suivre toute notre vie.
Pour autant, je pense que l'établissement d'un droit à l'oubli numérique est une fausse bonne idée.
Tout d'abord, il est illusoire de vouloir légiférer dans un contexte technologique complexe et international. Sur internet, tout est connecté à tout. Les données sont hébergées dans plusieurs serveurs souvent dispersés aux quatre coins du monde. L'application d'un droit à l'oubli numérique européen, et a fortiori Français, est une utopie complète. La loi sera inefficace (la LCEN n'a pas empêché le spam de se développer) et constituera de fait une sur-promesse de protection que l'état régalien ne pourra assurer.
Mais surtout, au-delà de l'impossibilité d'appliquer un tel droit...
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- Consultation publique sur le Droit à l'Oubli Numérique
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