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Tour d’horizon du P2P - Synthèse du grand chabardement
Mise au point sur la situation de l'industrie musicale face au phénomène du P2P et de la mutation annoncée du secteur ...
Repentir et trahisons
La nouvelle est toute fraîche, Shawn Fanning, l’inventeur de Napster lance le Lundi 6 Décembre sa nouvelle société, « Snocap ». Cet apôtre du P2P, dont le site a multiplié les portes d’accès aux contenus numériques, démocratisé l’accès à la culture, retourne opportunément sa veste en proposant de développer un programme qui trouverait parmi les chansons illégalement échangées, celles qui sont soumises à Copyright. Cette technologie légitimera les plates-formes de P2P qui « tracent » les échanges entre utilisateurs. Le jeune homme, 24 ans, qui a vendu Napster à Roxio (plate-forme payante) se lance dans une nouvelle aventure, en faisant valoir son savoir-faire. Si la démarche manque de cohérence elle permettra peut-être de jeter un pont entre les concepteurs de P2P et les pontes des majors. Universal a déjà signé un accord avec « Snocap »pour distribuer l’ensemble de son catalogue en ligne, annonce Larry Kenswill, le porte-parole d’Universal.
Le cryptage, solution ou erreur ?
La seule solution envisagée pour l’instant dans la lutte contre le P2P consiste à tatouer le fichier pour le rendre pistable. L’auteur peut ainsi contrôler l’accès au fichier, et préserver ses droits. Deux problèmes se posent lorsque l’on crypte. D’abord les internautes sont des gens extrêmement têtus et inventifs. Et le Net a les défauts de ses qualités. Son évolutivité rend difficile toute tentative de contrôle. Ainsi des logiciels permettent d’enregistrer les titres diffusés en streaming, c'est-à-dire sur site. Il suffit aux internautes munis de ce genre d’outils de visiter le site d’une radio pour détourner l’interdiction du P2P. Le deuxième problème tient à la nature même du cryptage. «La méthode pour rendre les contenus sécuritaires est basée sur des algorithmes de cryptage. Il s'agit d'une formule mathématique associée au contenu numérisé, cette formule est une clef qui en permet la lecture. Pour neutraliser cet algorithme de cryptage, il suffit d'en déterminer la formule. Une question de temps», affirme Franz Hildgen, spécialiste en recherche et développement de logiciels et directeur de la recherche vidéo à la Société des arts technologiques. Un combat sans fin ...
S’il existe certains systèmes rendant la tâche très difficile à l’internaute, certains s’interrogent sur la logique de la démarche. On peut aujourd’hui limiter l’accès d’un contenu à une seule personne. Evoquons par exemple Musicrypt, le procédé mis au point par le chercheur Robert Arn, éminent spécialiste de la gestion des contenus numérisés. Le système d’échange de l’industrie de la radio bénéficie d’un cryptage biométrique, la façon qu’a l’internaute de taper sur son clavier joue le rôle d’empreinte digitale. "En blindant vos contenus, vous risquez de limiter le marché et, par conséquent, vos revenus. L'industrie de la musique, par exemple, a voulu croire que les technologies d'échanges gratuits seraient rapidement marginalisées. Lorsque les systèmes d'échanges P2P se sont mis à proliférer, l'industrie de la musique s'est repliée plutôt que d'ouvrir ses répertoires au grand public. Prenons les cartes de crédit ou de guichet automatique ; elles ne sont pas vraiment sécuritaires et, pourtant, l'industrie financière accepte de perdre des sommes importantes parce qu'elle sait qu'elle réalisera beaucoup plus de profits que si ces cartes étaient retirées du marché. Lorsque vous refusez de vendre vos produits, il ne faut pas vous étonner qu'on vous les vole!" poursuit Robert Arn, qui doute de la viabilité de ce genre de modèle sur le Net. Il faudrait faciliter les moyens de paiements.
La réaction des Majors : le P2P
Trois des quatre grandes « majors » de l’industrie du disque, BMG, Warner et Universal, viennent de licencier leurs catalogues à la société Wurld Media, qui les proposera sous forme de plate-forme type Kazaa. Quelle différence y a-t-il alors ? Il existera des contenus payants et des contenus gratuits (par choix, ou parce qu’ils sont tombés dans le domaine public). L’avantage pour les Majors réside dans la possibilité de capter des clients potentiels, en les familiarisant à l’idée d’acheter de la musique sur le net plutôt que de la télécharger. On imagine déjà la profusion d’offres de forfaits, d’abonnements, que nous concoctent les hommes de marketing. Ils bénéficient là d’un formidable outil d’information et de mobilisation de niches, et arriveront à créer des micromarchés nécessitant un investissement quasi nul (au moins pour la distribution). Pour les amateurs de musique, Wurld Media assure la pérennité de certaines œuvres qui, compte tenu d’une faible demande, auraient pu sombrer dans l’oubli à la suite d’une refondation de catalogue. C’est déjà le cas pour certaines œuvres du classique, et du jazz, les segments les moins rentables. Ce médium est bien moins coûteux pour les Majors.
Et si la vérité était ailleurs, chez les éditeurs de logiciel
Rappelons-nous l’année 2000, qui avait vu la fusion d’AOL et de Time Warner, on misait alors sur le duo « tuyaux / contenus ». Les rapports de force ont bien changé, et il semble bien que les grands gagnants soient en fait les éditeurs de logiciel. Bénéficiant d’une certaine expertise du réseau, et d’alliances avec les constructeurs de matériels (notamment les constructeurs de balladeurs, les éditeurs ont su opérer des rapprochements pertinents, et marginaliser l’industrie de la musique. Outre les cas particuliers de Apple et Sony, qui proposent leurs plate-forme respectives iTunes Music Store et Connect avec leurs propres baladeurs, on peut citer les rapprochements entre Samsung et Roxio / Napster, Microsoft et Creative ou encore RealNetworks avec Nokia ou encore tous les produits Palm. Ainsi, alors que l'industrie du téléphone mobile s'est organisée autour d'un duo réunissant opérateurs télécoms et équipementiers, l'industrie musicale semble destinée à s'organiser autour d'éditeurs de logiciels devenus opérateurs musicaux, associés à des constructeurs de baladeurs. Mais alors que les opérateurs téléphoniques sont souvent prêts à subventionner les terminaux pour mieux vendre leurs abonnements, beaucoup d'analystes jugent au contraire que les serveurs musicaux ne seraient que des produits d'appel pour vendre des baladeurs. Difficile de dire si les baladeurs ou les fichiers musicaux serviront de produit d'appel à l'un ou à l'autre mais la domination des éditeurs dans cette industrie devrait à terme privilégier le "soft", et entraîner l'apparition de nouveaux modèles marketing où les futurs opérateurs musicaux seraient prêts à subventionner les baladeurs pour mieux vendre leurs différents abonnements à forte marge (achat à l'acte, forfaits, forfaits illimités, etc…).
L’apparition des audioblogs, un changement de donne ?
Le Net a vu ces derniers temps fleurir ces mélanges de webradio et de fanzine. Dérivés des blogs, les journaux édités sur Internet, on peut y écouter, légalement et souvent gratuitement, des morceaux trouvés sur le net, lire des chroniques, et profiter des nombreux liens vers d’autres sites d’écoute gratuits. Le phénomène prend tant d’ampleur que certains sites sont considérés comme de véritables labels, et d’ailleurs beaucoup de maisons de disques n’hésitent plus à mettre en ligne via des audioblogs, les derniers titres de leurs jeunes artistes. La formule apporte la plus-value "conseil", laissé trop souvent à l’écart par les modes traditionnels de distribution. Les médias musicaux flairent déjà le grand chambardement, ainsi Adam Curry, animateur vedette d’MTV, crée le logiciel gratuit iPodder. Ce logiciel recherche et télécharge les MP3 disponibles sur les audioblogs. En France le site www.blogotheque.net propose des morceaux divers et variés, et on y trouve de véritables perles.
Cette évolution pourrait bien avoir des impacts significatifs sur la musique en ligne, si ces sites viennent à concurrencer les distributeurs classiques.
03/07/2005
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