La scène londonienne est sans nul doute la plus prolifique d'Europe.
Voilà encore un exemple des merveilles que l'on y trouve si l'on est près
à s'y aventurer. Seulement pour cela il est nécessaire de se préparer.
"On ne peut pas décrire ce que nous faisons de manière musicale,
il faut le faire de manière spirituelle", s'accordent à dire
Badmarsh et Shri. Au moins, ils nous auront prévenu
Mais si vous vous sentez l'âme d'un aventurier alors il est temps de plonger.
Accrochez-vous au beat electro, laissez vous bercez par les flûtes, les
tablas et autres instruments traditionnels indiens et vous sentirez enfin cette
sensation, ce "Hope & Positivity" qu'ils nous lèguent, ce
témoignage de leur parcours atypique qu'ils nous racontent :
B : Je suis DJ Badmarsh, j'ai été DJ pendant longtemps dans des
clubs à Londres et dans des raves. J'écoutais beaucoup de soul
music comme Georges Benson ou les Jackson Fives, puis je suis passé à
la House, et à de la musique plus funky. Et je me suis mis à produire
quelques disques. Seulement, quand tu écoutes beaucoup de musique et
que tu en produis aussi, tu finis par vouloir avoir ton propre son, celui qui
va te différencier des autres. Alors j'ai commencé a m'intéresser
au "Bollywood sound", ces chansons indiennes que j'écoutais
lorsque je regardais des films indiens avec mes parents ou lorsque ma mère
faisait la cuisine. J'ai essayé d'intégrer ces sons, ces voix
dans la musique électronique que j'écoutais. Bien que j'ai grandi
à Londres, c'était un moyen de retrouver mon identité.
S : Contrairement à Badmarsh, moi j'ai grandi en Inde, à Bombay.
Je ne suis venu à Londres qu'en 1993 pour un projet et c'est en 1996 que
j'ai rencontré Badmarsh grâce au label Outcaste. Je suis arrivé
de Bombay avec 20 ans de musique classique indienne derrière moi. Je jouais
de la basse, de la flûte et des tablas, et à côté de
ça j'écoutais beaucoup de jazz. En arrivant à Londres, c'est
plus la Black music et le Drums & Bass qui m'ont séduit. Et puis j'ai
travaillé avec Badmarsh, ça a très bien marché alors
on a fait un premier album ("Dancing Drums", ndlr) où je jouais
des instruments et Badmarsh faisait la programmation.
Et aujourd'hui, avec tous ces mélanges, comment définiriez-vous
votre musique ?
S : C'est impossible ! Ce n'est pas de la musique indienne ni de l'underground
asiatique mais on ne peut pas dire non plus qu'il s'agisse de musique occidentale.
C'est juste
B : C'est Badmarsh & Shri !
S : Oui voilà c'est un son nouveau. Toutes les musiques s'y croisent, du
ragga, du traditionnel Tout y est mixé pour donner une âme
qui transmettrait de de l'espoir et en un certain sens une preuve
d'intégration. On ne peut pas décrire ce que nous faisons de manière
musicale, il faut le faire de manière spirituelle.
Y a t-il une volonté de revendication dans votre manière d'appréhender
la musique ?
S : Non, absolument pas ! C'est juste de l'espoir : "Hope & positivity".
C'est largement suffisant puisque ce sont les deux choses qui occupent nos vies
pour l'instant, et cette quête est déjà bien assez difficile.
Lorsque l'on dit que vous faites de l'ethnique-électro, je suppose
que cela vous fait bondir ?
S : Bien sûr. Ethnique est un mot à consonance raciste. On a l'impression
que tout ce qui n'est pas blanc est ethnique ! Les gens utilisent des mots sans
en mesurer l'importance.
Ce soir vous serez quatre mais avez-vous l'intention de faire une scène
avec tous ceux qui ont participé à votre dernier album ?
B : Non on aime faire ce que l'on sait faire. Un grand événement
n'est pas au programme pour l'instant. On fait des scènes avec des invités
de temps en temps. Mais on n'envisage pas de grand événement,
avec une section de cordes par exemple.
S : Nos scènes sont suffisamment folles comme ça ! C'est bien
sûr différent du CD, c'est beaucoup plus dynamique, c'est très
fort en énergie. Sur scène on peut vraiment se lâcher et
faire de l'improvisation.
Avez-vous déjà joué en Inde ?
B : Pas encore, mais c'est une expérience qui me tente. Je suis sûr
que le public y sera réceptif. La musique parle d'elle-même. Pour
peu que les gens soient un minimum "open minded", ils se reconnaîtront
S : Je suis plus anxieux que Badmarsh en ce qui concerne leur possible réaction
B : Oui mais c'est un challenge ! Jouer dans des pays différents, dans
des continents différents On ne peut jamais être sûr
des réactions que l'on y trouve. C'est justement dans ces situations
et lorsque les réponses sont bonnes que le public apprécie ce
son qu'ils n'avaient jamais entendu et qu'ils l'absorbent et dansent Là,
on a l'impression d'être compris.
Et si vous deviez convaincre les lecteurs de vous découvrir, vous
leur diriez quoi ?
B : "Come on and check it out !"
Sur votre dernier album "Signs" il y a de nombreux invités,
ce sont tous vos amis ?
S : Ce sont tous des amis maintenant, mais lorsqu'on a commencé ils ne
l'étaient pas nécessairement. Ce sont des gens que l'on nous a
présenté ou avec qui on avait eu l'occasion de travailler lors
de nos parcours respectifs. Il y a également mon père qui joue
sur l'album et bien sûr UK Apache qui toaste et Michelle Drees à
la batterie qui jouent tous deux avec nous sur scène.
Notre premier album "Dancing Drums" était du Badmarsh &
Shri et seulement ce qu'ils sont capables de faire. Pour le second on savait
ce que l'on pouvait faire et on a décidé d'enrichir notre musique.
Ca a été une expérience formidable.
Badmarsh & Shri - Hope & Positivity (Outcaste)
28/01/2003
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