Didon et Enée de Purcell à l'Opéra Comique
le 13/12/2008 - par Cannelle Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !Début de saison majestueux pour la salle Favart
La semaine dernière, l'Opéra Comique ouvrait sa saison 2008-2009 par quelque chose de pas du tout comique : Didon et Enée de Purcell. Un choix un peu surprenant peut-être... Mais c'est toujours avec raison que les chefs-d'oeuvre sont joués dans les endroits magnifiques.
Didon et Enée, c'est un opéra que j'aime énormément, et que je connais bien. La version que je connais le mieux, c'est celle de René Jacobs, où Lynne Dawson chante Didon*. Je me demandais si ce que je verrais à l'Opéra Comique ressemblerait à ce très bon enregistrement.
Eh bien, la réponse est oui, ça y ressemblait beaucoup. Alors j'ai beaucoup aimé. Surtout Malena Ernman, qui joue Didon. Sa voix, majestueuse, donne des frissons. Elle occupe la scène, et le théâtre entier. Moi, depuis mon quatrième balcon et ma place à six euros, je la regardais de haut, Didon. Et pourtant, sur la scène tout en bas, se mouvant lentement dans sa robe de reine, c'était elle qui dominait et qui inspirait à toute la salle un respect silencieux.
Elle était secondée par une Belinda tout aussi à l'aise, en parfaite communion avec sa reine. C'était très émouvant de la voir recueillir le corps et le dernier soupir de Didon. J'ai un tout petit peu moins aimé Enée, mais ce n'est pas si grave, parce que dans cet opéra, ce sont surtout les femmes qui sont à l'honneur.
Les sorcières étaient très réussies elles aussi, scandaleusement menées par leur magicienne Hilary Summers. Pour le coup, je regrette un peu que les sorcières ressemblent autant à celles des versions que je connais (notamment à celle que je citais plus haut). Ricanements, dissonances... Ca produit toujours son effet, mais ce n'était peut-être pas très original comme manière de représenter les sorcières.
Pour terminer sur les voix, j'ai adoré le chœur, qui était bien intégré à la scène, et qui accompagnait parfaitement les personnages principaux. Enthousiaste avec le départ des marins, triste et recueilli sur la tombe de Didon, vraiment, ce chœur était très bien.
Une représentation très agréable donc d'un point de vue musical !
J'avoue être un tout petit peu plus sceptique quant à la mise en scène, que j'ai trouvée, à vrai dire, assez étrange. C'est un mélange de classique et de moderne : le décor est « d'époque », certains costumes aussi. Mais d'autres sont modernes, ceux du chœur notamment. Les sorcières fument des cigarettes. On pique-nique dans les jardins de Carthage sur des nappes à carreaux. Je n'ai pas très bien compris l'intérêt de tout cela. Est-ce que ce n'était pas plutôt un compromis entre d'une part la crainte d'une représentation trop classique et guindée, et d'autre part le refus de s'aventurer dans une représentation résolument moderne ? Je ne sais pas trop.
Enfin, la grande originalité de la mise en scène résidait dans l'intervention, à chaque changement de scène, d'une vingtaine de fillettes en uniforme d'écolières. Au début je me suis dit, pourquoi pas. Après tout, peut-être que ça renforce le côté légendaire de l'histoire, qui apparaît comme un conte qu'on lirait à des enfants. C'est peut-être une façon de prendre du recul et de regarder cette histoire antique d'un œil totalement neuf. Je le redis, pourquoi pas. Mais en réalité, l'arrivée sur la scène des enfants courant et piaillant devient rapidement agaçante, voire gênante. Leurs interventions coupent la tension dramatique qui s'installe au fur et à mesure que les personnages principaux déroulent leurs chants et leurs plaintes. Or Didon et Enée, c'est très court : l'opéra dure une heure. Une heure, ce n'est pas long pour faire mourir une reine. C'est pourquoi il faut laisser au destin le temps de se préciser, et au tragique le temps de s'installer. Là, les interventions des fillettes constituent des intermèdes inutiles et plutôt mal venus. Je ne suis pas trop convaincue par la mise en scène, donc.
Mais par bonheur, bien qu'on ne comprenne pas vraiment pourquoi d'ailleurs, les fillettes disparaissent pour laisser Didon mourir en paix. Elles s'en vont : comme si, pour le coup, cette fin n'était pas de leur âge. Enée, lui, est déjà loin avec ses marins. Les sorcières, dans leur antre, savourent leur réussite. Seule sur scène, Didon s'empoisonne, sous le regard empli de douleur de ses deux suivantes. Le silence se fait.
La représentation se termine déjà, et les spectateurs commencent à applaudir. Sans parler, d'abord : nous sommes encore captivés par les dernières notes, et par Didon qui gît encore dans les bras de Belinda. Puis Didon se relève, les applaudissements se font plus vigoureux. On entend des bravos, les chanteurs saluent, les musiciens aussi. Enfin on se lève, les rangs se vident. On se retrouve dehors, place Boieldieu. « Remember me », chantait Didon dans ses derniers instants. Oh que oui, on se souviendra.
Dido and Aeneas, à l'Opéra Comique.
Direction musicale : William Christie
Dido : Malena Ernman
Aeneas : Christopher Maltman
Belinda : Judith van Wanroij
Sorceress : Hilary Summers
Chœur et orchestre Les Arts Florissants.
Décembre 2008.
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*Lynne Dawson, Rosemary Joshua, Gerald Finley. Orchestra of the Age on Enlightenment, dir. René Jacobs. Harmonia Mundi, enr.1998.
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