Ben Harper vient de sortir son dernier album Both sides of the gun, faisant par là-même de nouveaux aficionados de sa musique. Cela dit, ce nouvel opus n’est pas le meilleur de l’artiste. Loin s’en faut. C’est pourquoi il convient de revenir en arrière, et de rendre hommage à cet ovni de 1993, qui pour beaucoup restera le meilleur album de Ben Harper.
Un peu d'histoire. En 1993, aux Etats-Unis, c'est le règne des groupes de Métal et les premiers balbutiements du Gangsta Rap, qui ne tardera pas à cartonner, pour constituer aujourd'hui l'un des secteurs moteurs de l'industrie du disque outre-atlantique. Quelle place y avait-il donc pour un jeune noir au blues plaintif, fils spirituel de Bob Marley, prophète déchu, et de Jimi Hendrix, disparu depuis vingt-trois ans ? Aucune. Mais c'était sans compter sur l'immense talent de Ben Harper. Première impression à l'écoute du disque : ça faisait longtemps qu'on avait pas entendu une voix si authentique, oscillant entre sensualité et rage. Et puis viennent les mélodies, presque parfaites, au point que l'on n'a aucun mal à les garder en tête après la première écoute du cd. Cela se fait naturellement. Et les textes alors ? Encore une fois, ça relève du génie.
Le disque s'ouvre sur l'interprétation poignante de three of us, morceau instrumental qui met en exergue la richesse créative du guitariste. Aussi bien l'arpége a la guitare sèche que les petits solos à la guitare slide façon Ry Cooder suffisent à convaincre l'auditeur de la sensibilité et l'intelligence musicale de Harper.
Breaking Down, un must, avec ce rythme de batterie a contretemps et les changements de tonalite entre le refrain et les couplets, qui donnent une grande énergie au morceau. Pas besoin de saturer le son de sa guitare....Le mythique Waiting on an Angel, où l'on pourrait croire la voix de l'artiste tout droit sortie du paradis. Ce morceau a été gardé pour le célèbre Live from mars, cd concert, où le chanteur ose reprendre ce morceau seul avec sa guitare, devant des dizaines de millier de personnes. Exercice réussi avec brio.
Like a King dévoile le côté engagé de Ben Harper. Les paroles sont poignantes, parlant à la fois de Martin Luther King et de Rodney King, tous deux martyrs de la cause afro-américaine, le premier assassiné parce que défenseur des Noirs, le second tabassé à tort par des policiers de Los Angeles, parce que Noir... Avec ce titre, Ben Harper montre que le dernier chanteur noir engagé n'est pas Bob Marley, et que Britney Spears n'enlèvera pas à la musique sa puissance revendicatrice en la confondant avec un fond sonore sur lequel on s'exhibe. Non, Ben Harper redonne à la musique ses lettres de noblesse, et montre que talent créatif et opinions tranchées font encore bon ménage.
Walk Away est certainement la chanson la plus triste du cd, dans laquelle le chanteur, toujours aussi versatile dans ses aptitudes vocales, adopte cette fois-ci un ton grave et solennel, pour décrire ses liens indéfectibles avec un ami, que la force des choses l'a force a quitter pour l'on ne sait quelle raison...Un chef-d'œuvre.
L'album s'achève sur la très belle chanson qu'est I'll Rise, dont les paroles furent empruntées a Maya Angelou, grande poétesse afro-américaine, a qui notamment Bill Clinton avait demande de lire un poème de sa composition lors de son investiture en Janvier 1993. Ben Harper fera d'ailleurs une interprétation remarquable de cette chanson en guise de clôture de son concert à l'Hollywood Bowl.
Dernière remarque sur la photo de pochette de l'album. On y voit Ben Harper arborant une coupe de cheveux Afro qui n'est pas sans rappeler celle de Bob Marley, qui lui valu d'ailleurs le surnom de « lion ». Un « bouc » au menton vient renforcer ses traits. Pas de couleur chaude. Tous ces détails donnent l'impression d'un homme dur, prêt à affronter les affres de la vie. A ce détail près que cet homme a la tête baissée, non par résignation, mais comme pour montrer que seul l'humilité permet a l'homme d'avancer sereinement dans la vie. C'est le message de cette photo : même si vous êtes forts, soyez humbles, c'est la seule façon d'être « welcome to the cruel world ».
07/09/2006
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09/12/2007 11:04:00 - gleray