Nada Surf (interview)
le 25/11/2002 - par Adrien Rouget Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !Interview de Nada Surf, à l'occasion de la sortie de leur troisième album "Let Go"
Dans quel état d'esprit avez vous enregistré ce troisième album ?
On a eu l'impression d'être très libres. D'une certaine manière, c'était comme enregistrer un premier album car personne ne l'attendait. On s'est dit on va faire un disque pour nous, sans aucune pression.
C'est donc un nouveau départ pour le groupe ?
Pour le public, oui, c'est un nouveau départ, mais pour nous, c'est une continuation.
Le hit single "Popular" a-t-il été préjudiciable au groupe après coup ?
Ce single a été très positif sur le moment. Mais c'est vrai qu'après ça, on a eu un peu de mal à passer le cap. Quand on a sorti notre deuxième album aux USA, on a travaillé de manière plus indépendante. Après les concerts, des fans nous remerciaient de ne pas avoir joué Popular.
Tout ce qui vous est arrivé vous a-t-il fait perdre vos illusions sur le monde de la musique ?
Non, on n'avait pas beaucoup d'illusions. J'avais beaucoup d'amis qui travaillaient dans le monde de la musique et ils nous avaient prévenus.
Vous avez tiré des enseignements de cette période d'indépendance ?
On a appris qu'on pouvait juste monter dans un camion et aller faire des concerts. On avait plus de fans quand on a tourné sans soutien de maison de disque qu'à l'époque du premier album et c'était très encourageant.
A l'écoute de ce troisième album, on a vraiment l'impression que le groupe a mûri avec des compositions plus posées. C'est une volonté du groupe d'affirmer son propre style ?
On ne s'est pas posé de questions en enregistrant cet album. On s'en fout d'avoir 1 single qui marche en radio maintenant… Ce n'est plus du tout notre première préoccupation.
L'album est plus sombre aussi.
Oui, il y a un peu plus de mélancolie dans ce disque. Mais ce n'est pas parce que les chansons ne sont plus très bruyantes qu'elles sont plus tristes. Mais ça ne veut pas dire que nous sommes une bande de déprimés. Même si certaines chansons sont un peu déprimées, nous ne voulons pas qu'elles soient déprimantes. Peut-être est-ce dû à mon retour à la vie normale après des années de tournée.
Ca a été dur, justement, ce retour à la vie normale ?
Non, pas du tout. La vie "normale" me manquait beaucoup. Dans le temps je travaillais chez un disquaire et j'aimais vraiment cela. C'est reposant, par rapport au rythme infernal des tournées.
Ce troisième album est un peu moins accessible que les précédents. Vous avez pas peur de dérouter le fan de base.
Non, car le fan de base va faire l'effort de l'écouter plusieurs fois. De toute façon, on n'a rien fait exprès sur cet album. La vie est courte ; on a donné le meilleur de nous mêmes sans vraiment tenir compte du résultat On est pas très doués lorsqu'il s'agit d'appliquer des formules faciles pour écrire des chansons.
Et justement, chanter en français, c'est venu naturellement ?
Oui, c'est le bassiste qui s'est mis à chanter en français. Le français c'est sa seconde langue et il a sorti ça comme ça.
Pour vous, le français, c'est une langue adaptée à la musique rock ?
Ca dépend. J'écoute beaucoup de Gainsbourg et je trouve que c'est quelqu'un qui arrive à bien faire sonner le français, d'une manière assez rock. D'autre part, l'espagnol est aussi très bien pour le rock : c'est assez facile parce que tout rime mais c'est aussi l'inconvénient.
Est-ce qu'on vit une période musicale excitante ?
En fait, je pense que l'on vit toujours une période musicale excitante. Il y a toujours de bons groupes, cependant, assez souvent, les gens ne les entendent pas. Ces temps-ci, le public se rend compte qu'il existe des groupes qui sont vraiment bons. Bon, c'est vrai qu'à coté, il y a tous ces Star Academy et Popstars que tout le monde voit tous les jours et ce, dans tous les pays du monde.
Le groupe bénéficie d'un gros capital sympathie… Comment vous l'expliquez ?
Tout ça, c'est une attitude naturelle pour nous. Aussi, sur un plan pratique, je préfère parler avec les fans que d'être dans un backstage avec les gens de la maison de disque. C'est ça la réalité, parler avec les fans.
Vous commencez par l'Europe. Ca vous tient à coeur ?
Oui, c'est vrai que l'Europe nous tient à coeur. Mais c'est aussi un aspect plus pratique. Aux USA, on était en discussion avec d'assez gros labels, mais finalement on a dit non, car là-bas, ils exigent que tu aies un single qu'ils puissent diffuser sur MTV, et ça, on ne le voulait pas. Il faut être très malléable et être facilement classifiable dans un genre de musique pour réussir là-bas.
Enfin, qu'est-ce qu'on peut souhaiter au groupe ?
Ne plus penser au business et se concentrer sur l'écriture de bonnes chansons.
Nada Surf - Let Go (Labels)
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