Bloc Party, groupe devenu incontournable à peine son premier album sorti, et célébré comme le nouveau génie du rock anglais, revient avec un second opus sorti le 5 février 2007.
Evidemment, on les attendait au tournant. Alors évidemment, le groupe annonce un deuxième album différent du premier, plus sombre, plus personnel, plus mieux en somme. Evidemment, ils disent tous cela... Qu'en est-il finalement?
Une recette au goût savoureux mais qui nous laisse sur notre faim
Comme toujours, pour un second album, deux possibilités : soit on reste dans les sentiers battus du succès, soit on prend une direction radicalement différente. Et comme toujours, on choisit la voie intermédiaire : faire du neuf avec du vieux, sans vraiment resservir la même sauce, et sans vraiment s'en démarquer.
Déception ? Un peu car on retrouve beaucoup de Silent Alarm dans ce nouvel album, mais pas trop non plus car on découvre une nouvelle direction plus personnelle, plus aboutie, libre et sans contraintes, avec une bonne dose de rock, tout en retrouvant leur style qu'on apprécie (ou pas).
Au niveau des textes, Kele Okereke nous livre un pamphlet contre Londres, et l'émotion est présente dans les mélodies et la voix, la lourdeur de l'atmosphère se ressent peut-être encore plus que dans Silent Alarm qui, s'il n'était déjà pas un album joyeux, paraissait plus léger en comparaison de ce nouvel opus très remonté.
Au niveau de la mélodie, de nouveau le groupe nous a concocté quelques perles avec des refrains qui se vissent dans notre tête et un rythme à tout casser. Côté nouveautés, on découvre des arrangements éléctroniques surprenants, qui font perdre en spontanéité mais donne plus de maturité à l'album.
Un album sombre et léger à la fois
L'album commence à la Muse avec la belle Song for clayqui débute sur une intro en prière avec voix aigue, suppliante de Kele, puis batterie et guitare prennent la relève pour livrer un morceau rock doux.
La deuxième chanson, Hunting for witches, est une vraie claque rock. Son intro brouillonne ressemble à une radio qui saute ou un disque qui passe en accéléré. Un clavier fou s'emballe, puis la guitare et la voix arrivent pour nous livrer une mélodie jouissive. Un très bon morceau qui donne furieusement envie de taper du pied et de danser.
Waiting for the 718 n'est pas mal non plus. C'est une ballade mélancolique qui commence doucement avec des grelots fluets comme dans This Modern Love, puis qui enchaîne sur une mélodie rythmée. Agréable mais ressemble trop à certains passages de Silent Alarm.
On arrive à The Prayer, premier single sorti avant l'album, un choix extrêmement surprenant ! En effet, la première écoute serait presque désagréable, ou en tout cas déconcertante. C'est un morceau très froid, avec une batterie lourde et un rythme angoissant, et des chœurs quasi religieux en fond, des claviers qui donnent un petit côté électro, un solo de guitare étrange, comme une impro live désordonnée. Et puis, contre notre gré, le single devient terriblement enivrant, entêtant et addictif comme les meilleurs morceaux de Silent Alarm. Finalement, ce fut sûrement un choix judicieux : un single absolument pas dansant, pas commercial, quoi de mieux pour donner le ton de l'album : à l'image du clip (dans une boîte de nuit sombre...), un single sombre, psyché, expérimental, underground orienté années 70.
Si la première partie (disons ces 4 premiers morceaux) démarre bien, nous accroche, et nous plonge dans les bas-fonds d'une ville sombre à l'atmosphère pesante (après coup, on verrait bien les 4 premières chansons de cet album en B.O. du film Dark City...), la deuxième partie de l'album (surtout les 6 derniers) paraît un peu décevante. Les morceaux sont beaucoup plus calmes, assagis. Le groupe laisse libre court à ses émotions dans des morceaux souvent très longs (4:30 à 5:30). Les ballades ne sont pas très excitantes et le son rock nous bouscule moins.
La longue Uniform manque d'unité, la belle On ne se démarque pas et Where is Home ne démarre jamais.
Vient ensuite Kreuzberg, une ballade calme, agréable, terriblement triste, à la Keane ou Coldplay, mais qui fait trop musique de fond... Que dire de I still remember si ce n'est qu'elle reste calibrée single ? Evidemment, c'est un single terriblement efficace, rock et dansant, avec une mélodie facile à retenir, parfait pour lancer l'album ! On est en plein années 80, guitare et clavier à la Cure, tristesse, nostalgie, espoir and so on.
Alors que Silent Alarm concluait sur la superbe Compliments, SXRTtermine encore une fois en beauté sur un titre doux, lent, léger comme un nuage dans un ciel bleu, et une mélodie grandiloquente qui comme Song for Clay nous évite Muse seulement parce que Kele n'a pas la voix de Matthew Bellamy.
Le succès sera-t-il au rendez-vous ?
Sûrement, parce que les singles sont efficaces et bien choisis. Mais on ne peut que ressentir une impression mitigée face à cet album encore une fois très orienté années 80, qui ne cède pas à la facilité de la copie, mais qui ne nous transcende pas forcément non plus.
En dehors des pièces maîtresses, on s'ennuie un peu. Les chansons ne prennent pas autant aux tripes qu'on l'aurait souhaité. Bloc party, c'est toujours une drogue dont on doit reprendre une bonne dose à intervalle régulier, mais on regrette peut-être la deuxième partie de l'album trop légère et l'envolée lyrique finale. On plonge, et puis on remonte à la surface, pour finir aux pays des rêves. Dommage, on aurait peut-être aimé rester en bas.
Les fans aimeront, les autres détesteront.
En concert à Paris, le 27 avril 2007, à l'Olympia (complet) et en province pour quelques dates (Lille, Lausanne, Villeurbanne, Bourges).
13/02/2007
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Bravo pour cette chronique aussi complète à 1 semaine de la sortie de cet album. je suis convaincu, je fonce l'acheter ...
13/02/2007 16:58:00 - JohnJohn