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Interview Roland Vaxelaire (Directeur qualité, responsabilité et risques chez Carrefour)

Interview Roland Vaxelaire (Directeur qualité, responsabilité et risques chez Carrefour)


  

Roland Vaxelaire

Directeur qualité, responsabilité et risques          

Votre fonction ne comporte pas l'intitulé "développement durable" mais "qualité, responsabilité et risques". Pourquoi ?Notre vision est particulière : pour nous le développement durable rentre dans des concepts beaucoup plus larges, il concerne aussi bien la responsabilité et la qualité que la gestion des risques.Lorsque l'on interroge le consommateur, il veut que le produit soit agréable au goût et de bonne qualité mais aussi qu'il soit bon pour sa santé, sans danger pour l'environnement, qu'il soit fabriqué de manière responsable… La qualité tient donc un rôle très important ; elle est déclinée dans tous les maillons de la chaîne, de la fabrication aux déchets. C'est donc un élément sine qua non.

Par ailleurs, les entreprises sont amenées à mettre l'accent de plus en plus sur leur responsabilité. Les études montrent qu'en terme de crédibilité, les entreprises sont à la 4e place derrière les ONG, les religieux, les médias, et

 

 devant les politiques. La société civile est donc vigilante et attaque de plus en plus, ce qui amènera et amènent déjà les entreprises à se justifier sur leurs responsabilités sociale et environnementale.Enfin je pense qu'il faut s'orienter vers une démarche préventive. Il n'y a pas que les impacts sociaux ou environnementaux. Les 1000 personnes travaillant pour la "qualité" Carrefour dans le monde sont des relais de cette politique qui consiste à aller au delà de la qualité intrinsèque du produit, et d'aller à l'extérieur, vers les ONG, vers les impacts sur la société qu'a notre activité.Lorsque vous boycottez un produit, ce n'est pas parce qu'il n'est pas bon, ou de mauvaise qualité, c'est parce que la perception que vous avez de la marque est mauvaise.       La distribution est un des seuls secteurs qui peut faire prendre conscience au consommateur de son rôle de citoyen. Comment y contribuez-vous ?Absolument, la distribution est un secteur clé. Carrefour a choisi d'offrir aux consommateurs la possibilité de pouvoir se distinguer. C'est pour cela que nous avons créé les gammes de produits "Agir" qui visent à donner au consommateur l'opportunité de s'exprimer à travers ses achats. Nous essayons également de guider le client en l'informant (dépliants…) et nous avons d'ailleurs des efforts à faire en ce qui concerne l'information sur le produit lui-même.

Nous avons davantage de pouvoir que l'Etat pour faire évoluer les tendances 

Si vous comparez l'impact de notre secteur d'activité et l'Etat, nous avons davantage de pouvoir pour faire évoluer les tendances : si nous disons à notre fournisseur de ne pas utiliser tels produits, ou de se conformer à certaines règles environnementales, il le fera. Si c'était une loi, il paierait sans doute l'amende plutôt que de s'y conformer. La grande distribution a en effet un avantage qui est de se situer dans un goulet d'étranglement en raison d'un marché oligopolistique ; ce qui nous confère un pouvoir très important en amont comme en aval. De plus, on note aujourd'hui un effet boule de neige concernant la responsabilité qui ne peut plus être ignoré. Les fournisseurs ne se gênent plus pour dénoncer les mauvaises pratiques des distributeurs à l'heure ou le principe du commerce équitable gagne en puissance. Ainsi, c'est avec tous les produits que l'on travaille sur la qualité et la responsabilité, même si certaines gammes comme « Agir » avancent plus vite et sont davantage visibles. Les entreprises de la grande distribution font partie des seules à être propriétaires de leurs bâtiments, n'y a-t-il pas là un important potentiel d'innovation qui pourrait donner à Carrefour une longueur d'avance s'il l'exploitait ?

Il faut aujourd'hui repenser le concept de supermarché

Oui vous avez raison, il faut aujourd'hui repenser le concept de supermarché. L'utilisation des énergies renouvelables à grande échelle dans les supermarchés peut en effet être une innovation de taille. Cette question est discutée mais il est encore un peu trop tôt pour l'appliquer. Par contre, nous avons lancé la construction d'un hypermarché HQE (Haute Qualité Environnementale) à Pékin qui devrait ouvrir pour les prochains Jeux Olympiques avec des murs végétaux pour régénérer l'air par exemple. C'est pour l'instant un projet pilote mais qui sera sans doute amené à être généralisé dans les années à venir. Quelles sont les relations que vous entretenez avec les agences de notation et que pensez-vous de leur essor?

Il est impensable d'avoir un projet économique, sans volets environnemental et social … sinon on est mort

Nous recevons entre 20 et 25 questionnaires par an. Nos actionnaires ainsi que le monde financier s'interrogent sur ces questions là : êtes-vous sûr que demain votre business pourra continuer de manière pérenne ? Ne va t-on pas vous interdire de faire ceci ou d'utiliser tel produit qui pourrait avoir un impact sur vos activités ? Lors des "road show" devant les actionnaires et les fonds d'investissement, des réponses sont données à ces questions. Il est important que les éléments immatériels, telle que la marque, les relations avec le personnel, soient préservés !Lorsque l'on me pose la question de savoir ce que je ferais pour accélérer la mise en place d'un développement durable si j'étais ministre, je réponds souvent que la meilleure chose qui soit arrivée à la France est la loi NRE de 2001, qui impose à toutes les entreprises cotées en bourse de fournir chaque année des informations sur les conséquences environnementales et sociales de leur activité. C'est un stimulant extraordinaire car cela pousse les entreprises à s'améliorer chaque année. Les agences de notation ont le même effet car en notant les entreprises selon des critères extra-financiers, elles favorisent un benchmarking très constructif. Ressentez-vous le besoin de recruter des jeunes diplômés ayant reçu une sensibilisation transversale à ces enjeux, à cette démarche de penser le business, face aux formations verticales "développement durable" qui se multiplient ?C'est évident ! La question qui se pose à l'entreprise est de savoir si elle veut juste recruter des "têtes" biens faites, ou des personnes qui laissent aussi transparaître des choses de l'ordre de l'émotionnel… voire du spirituel. La démarche transversale est fondamentale : comment je considère la comptabilité, la finance, les hommes et femmes qui travaillent ? Comment manager différemment l'entreprise ?Aujourd'hui il est impensable d'avoir un projet économique, sans volets social et environnemental… sinon on est mort. Il faut des personnes ayant reçu cette approche transversale du développement durable.Et cette tendance est réciproque. Prenez la présidente de PepsiCo qui est allée récemment dans un campus américain : on lui a demandé pourquoi elle "faisait" du développement durable. Réponse : "pour vous recruter". C'est une façon de dire que les attentes des étudiants vis-à-vis de l'entreprise évoluent.

  

Propos recueillis par Manon Chenevoy et Jérôme Lhote

 


21/08/2007


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