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Interview de Mathieu Le Roux, Auteur de "80 hommes pour changer le monde", livre relatant les projets de 80 personnes rencontrées pendant un tour du monde de 18 mois à la découverte d’initiatives intégrant l’Homme et l’environnement, et viables économiquement.
Que transmettre aux étudiants concernant les expériences et initiatives que tu as découvertes lors de ce voyage ?
Le plus important est de garder cette notion de développement durable à l’esprit.
Ce n’est pas spécifique à un secteur ou à un métier en particulier. Dans tous les univers, on peut l’avoir à l’esprit : même dans la chimie. Ce n’est pas tant le secteur qui importe, mais la manière dont on envisage de le développer.
Comme nous l’avons découvert, il suffit de trouver les voies durables, les voies d’innovations propres à chaque secteur.
Y a-t-il possibilité de dupliquer certaines expériences en France ?
Oui. D’ailleurs, nous avons interviewé des personnes dans des pays et leurs équivalents en France : par exemple Muhammad Yunus au Bangladesh et Maria Nowak pour le micro crédit…
Pour aider les personnes souhaitant lancer ce type de projets, le réseau Ashoka peut être une aide, ainsi que la banque NEF .
Comment développer cet esprit, cette sensibilisation à ces enjeux ? Comment atteindre les étudiants ?
Je pense qu’il y a 2 étapes :
La première est la connaissance de ces enjeux, qui passe par la formation. C’est nécessaire pour savoir de quoi l’on parle, et ainsi avoir les idées claires.
La 2e étape est de faire de vrais case studies sur ce qui a réussi, par exemple avec la Grameen Bank , l’équipement électrique en solaire pour les pauvres au Brésil…
Mais parallèlement à cela, il faut valoriser l’entreprenariat ! Le modèle actuel des écoles de commerce ne le valorise pas !
Qu’aurais-tu souhaité apprendre lors de ton cursus, concernant ce que tu as appris lors de ce voyage ?
Tout peut se résumer dans le livre de Stuart Hart "Capitalism at the cross roads" . Actuellement dans le monde, 4 milliards de personnes sont exclues du circuit économique du fait de leur pauvreté. Il existe donc un marché pour ces personnes, et c’est l’occasion unique de développer ce type de mentalité de business : coupler la dimension sociale (éducation, santé) et une approche écologique.
Qui parle de ces enjeux ? Qui nous transmet cette vision durant notre cursus en école de commerce ? Pas grand monde !
S’adresser à ce marché des pauvres constitue pourtant une opportunité pour mettre en pratique les technologies propres…
As-tu donc des idées à proposer aux personnes qui élaborent le cursus dans les écoles de commerce ?
Tout simplement intégrer ceci de manière transversale (marketing, finance, ressources humaines, management, entreprenariat …), et non en faire un module à part.
Maintenant que ce voyage est terminé, vers où te dirige tu ? Qu’as-tu envie de faire, où as tu envie d’agir ?
Je ne sais pas encore précisément. Ce qui m’intéresse est de jouer le rôle de relais, rendre accessible ce que j’ai vécu à plein de personnes.
Ce qui me paraît important, c’est de mettre un sens à son métier. Le même travail peut être vécu totalement différemment selon la finalité poursuivie.
Prenons par exemple 2 personnes qui cassent des pierres. L’un est dans une prison, et ne voit que peu de sens dans ce qu’il fait, avec une motivation quasi inexistante. L’autre casse des pierres dans le but d’édifier une cathédrale : il aura un état d’esprit totalement différent, de par la finalité recherchée.
M. Yunus a levé des capitaux, fait du marketing de haut vol… mais dans le but de permettre aux pauvres d’accéder à ce qu’ils n’ont pas.
Tout dépend au service de quoi nous travaillons. Ceci nous amène à nous poser 2 questions :
Qu’est ce que nous savons et aimons faire ? Et à quoi ça sert ? A quel profit met-on sa compétence ?
Dans quel sens je vais ?
Que penses tu de la société dans laquelle nous vivons ?
Pour reprendre une image, le bateau dans le quel nous avançons va toujours plus vite. Des voix s’élèvent pour dire stop. En réalité, on critique trop souvent le moteur du bateau (l’économie) mais la vraie question est de savoir dans quelle direction va ce bateau, donc qui est le capitaine qui l’oriente.
Si le bateau va dans la bonne direction, avoir un moteur puissant n’est pas dangereux. Avancer vite n’est donc pas tant la question essentielle. Il faut savoir comment et vers où nous avançons.
Le changement est-il possible ?
Lorsque l’on est au bord d’une rivière, il ne sert à rien de faire culpabiliser ceux qui ne la traverse pas. Par contre, si quelqu’un se jette à l’eau et arrive sur l’autre bord, alors les autres se diront qu’ils ne sont pas plus bêtes, et ils se jetteront à l’eau.
Mais il en faut un qui commence !
Si ton cursus en école de commerce était à refaire, y changerais-tu quelque chose (stage, spécialisation…) ?
Non. J’ai fait une majeure entreprenariat, et j’ai eu l’occasion de faire des stages qui m’ont ouvert l’esprit. Je suis content de ce que j’ai fait.
Propos recueillis par Jerome Lhote
13/09/2005
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