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Interview d'Emmanuel Arnaud (HEC 2OO3)

Interview  d'Emmanuel Arnaud (HEC 2OO3)

Direction Développement Durable de la Caisse de Dépots et Consignations. Novéthic.


 

Comment es-tu arrivé à la Direction du Développement Durable de la CDC ?

Lors de mon cursus, Tristan Lecomte[1] intervenait dans le cadre d'un cours électif. Il faisait venir des personnes qui étaient engagées dans ce domaine (communication pour les ONG, Président du CCFD). L'une d'entre elles était Elisabeth Laville qui a fondé Utopies[2]. J'ai tout de suite été intéressé par son intervention, et ma motivation m'a permis de faire un stage au sein d'Utopies.

Ensuite, j'ai fait un stage dans le contrôle de gestion, car il est important d'avoir une compétence. J'ai terminé mon cursus par une majeure économie, au cours de laquelle est intervenu quelqu'un de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) parlant de ces enjeux. Ceci m'a donc conduit en stage de fin d'études à la CDC pour travailler sur l'ISR[3].

J'y ai rencontré le président de Novethic, qui m'a embauché à la fin de mon stage.

 

Quel travail fais-tu et que préfères-tu ?

Le but est d'essayer d'intégrer le DD dans les métiers de la CDC, et plus spécifiquement dans les métiers de l'immobilier dans lesquels l'enjeu de la consommation énergétique est important. L'autre partie est rattachée à la mission climat, qui s'occupe de coordonner les actions de la CDC sur la lutte contre le changement climatique. Ce que je préfère, c'est d'abord d'avoir la chance de travailler à la CDC qui est un Etablissement Public, et donc par nature plus proche de l'intérêt général que ne peuvent l'être les entreprises. D'ailleurs, selon moi, le DD est une conception moderne de l'intérêt général. De plus, la CDC est une institution relativement puissante, y compris dans le champs du DD, puisqu'elle a fondé Vigeo[4], est le 1er supporteur du micro-crédit en France, est le 1er actionnaire du CAC40, le premier capital-investisseur en France, etc.

Du coup, je travaille dans un champ des possibles très large, de part l'importance que représente la CDC, et son rôle d'acteur devant prendre en compte des critères sociaux, environnementaux et économiques.

 

Ton cursus en école de commerce a-t-il contribué à ta prise de conscience des enjeux liés au DD ?

Oui, grâce aux personnes rencontrées, comme Tristan Lecomte ou Elisabeth Laville. Mais j'étais déjà sensibilisé à ces enjeux, et j'ai fait une école de commerce pour m'engager sur la thématique du développement. En réalité, ce qui m'a le plus interpellé dans mon cursus est plutôt l'absence de ces enjeux dans les cours : en finance, en marketing ou en RH on ne fait que nous donner des outils, sans jamais nous inciter à réfléchir aux finalités : les conséquences de la spéculation sur les monnaies, les limites de la publicité, les droits de l'Homme au travail, etc.

 

As-tu eu des difficultés à trouver un travail dans de domaine ?

J'ai fais mes stages et j'ai été embauché juste avant que l'on communique massivement sur le DD, et que de nombreuses personnes y prêtent attention. C'est peut-être une des raisons pour lesquelles je n'ai pas eu de grande difficulté à trouver ce travail. Mais la situation aujourd'hui est différente.

 

De plus en plus d'étudiants s'intéressent au DD, et certains souhaiteraient travailler dans ce domaine. Qu'en penses-tu ?

Il faut qu'ils aient fait au moins 1 stage et un mémoire dans ce domaine. Sinon, c'est difficile. Il est nécessaire d'avoir une expérience préalable à l'embauche, et surtout une bonne connaissance de ces enjeux (les 3 piliers, l'ISR…).

 

Maintenant que tu travailles dans le DD, quel regard portes-tu sur le cursus des ESC concernant ces enjeux ?

Je trouve ça un peu navrant. Les ESC ne vivent pas comme des institutions ayant une mission. Elles jouent mal leur carte car elles ne créent pas de lien émotionnel avec leurs élèves. Le seul discours qui perdure est celui de la carrière, comment faire gagner plus d'argent à l'entreprise, mais absolument pas sur les enjeux auxquels l'entreprise va faire face. Il n'y a quasiment pas de projection dans l'avenir. C'est une des raisons pour laquelle l'image des commerciaux est si mauvaise, alors qu'il serait si facile et si nécessaire d'avoir un discours motivant sur l'entrepreneur et ses responsabilités : ce qu'il apporte à la société.

Il n'y a pas cet état d'esprit de vouloir changer le monde par ce qu'on produit, de qu'on vend, dans une autre logique de gagner seulement de l'argent.

Mais ceci pose surtout la question de la crédibilité des ESC françaises par rapport aux autres. Lorsqu'on voit les universités américaines (Harvard, Standford…), on remarque qu'elles en parlent. Elles ont l'objectif de prendre les meilleurs, et de les former par les meilleurs, pour en faire des decision makers et qu'ils aient une vision d'avenir.

Les ESC françaises manquent d'ambition.

 

Tu as lancé le dîner "Jeun's du DD" rassemblant les jeunes professionnels travaillant dans ce domaine. Quel est le but recherché ?

Travailler dans ce domaine est une satisfaction pour beaucoup de jeunes professionnels. Il faut dire que nous sommes aujourd'hui assez minoritaires. Et nous nous sommes dit avec 2 amis que ce serait agréable de se réunir de manière informelle pour voir que d'autres que nous croient en ces valeurs, et qu'ils travaillent pour le même but dans d'autres entreprises, bref, se sentir moins seuls !

 

Comment sensibiliser les étudiants des ESC à ces enjeux de manière à ce qu'ils en prennent compte dans leur futur travail ?

Premièrement, ces thèmes devraient être abordés de manière transversale dans les cours. Ensuite, les conférences sur le sujet constituent souvent un bon moyen d'alerter les étudiants.

Il y a quelque chose à faire du côté des campagnes BDE. Par exemple verser un pourcentage de la campagne à une ONG. Une autre idée peut être de contraindre chaque liste BDE à réaliser quelque chose qui reste dans l'école, par exemple introduire du café Max Havelaar dans les distributeurs, mettre en place un système de tri, acheter une œuvre d'art…. Bref, réaliser quelque chose de… durable.

 

Propos recueillis par Jérôme Lhôte


 

[1] Fondateur d'AlterEco : www.altereco.com

[2] Cabinet de conseil dans le développement durable : www.utopies.com

[3] Investissement Socialement Responsable

[4] Agence de notation extra financière : www.vigeo.fr


02/02/2006


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Commentaires

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bonjour, il y a quelques scorries et fautes de frappe ou d'orthographe...c'est un peu dommage! sinon, c'est très bien

04/10/2006 16:22:00 - laure

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