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L'assommoir d'Emile ZOLA

L'assommoir d'Emile ZOLA

Emile Zola, auteur mythique, doit bien sûr apparaître dans notre rubrique des classiques. Parce qu’il est un des grands auteurs marqués par le mouvement naturaliste de la seconde moitié du XIXè siècle, l’œuvre que j’aimerais vous inciter à lire est L’assommoir. L’œuvre nous inscrit dans le milieu social ouvrier du XIXè siècle ; la vie de Gervaise Macquart devient le paradigme des grands fléaux de l’époque et même si cette vie n’est pas excitante, le lecteur ressort de sa lecture riche de connaissances sur la condition ouvrière sous le Second Empire !




Petit rappel sur les principes du naturalisme : s'appuyant sur les découvertes de la science, les écrivains naturalistes transposent dans le roman les lois de l'hérédité et du milieu sur les individus. Ils s'inscrivent dans la continuation du courant naturaliste pour représenter la société de leur temps.

Leur objectif est de montrer la transmission héréditaire d'une fatalité biologique, de mettre en évidence l'influence du contexte familial et de décrire les fléaux sociaux.

L'étude de l'incipit de L'assommoir s'avère être une excellente approche d'une œuvre naturaliste ; les grandes idées du mouvement y sont tracées implicitement.

" Gervaise avait attendu Lantier jusqu'à deux heures du matin. Puis toute frissonnante d'être restée en camisole à l'air vif de la fenêtre, elle s'était assoupie, jetée en travers du lit, fiévreuse, les joues trempées de larmes. Depuis huit jours, au sortir du Veau à Deux têtes, où ils mangeaient, il l'envoyait se coucher avec les enfants et ne reparaissait que tard dans la nuit, en racontant qu'il cherchait du travail. Ce soir-là, pendant qu'elle guettait son retour, elle croyait l'avoir vu rentrer au bal du Grand Balcon, dont les dix fenêtres flambantes éclairaient d'une nappe d'incendie la coulée noire des boulevards extérieurs ; et derrière lui elle avait aperçu la petite Adèle, une brunisseuse qui dînait à leur restaurant, marchant à cinq ou six pas, les mains ballantes, comme si elle venait de lui quitter le bras pour ne pas passer ensemble sous la clarté crue des globes de la porte.

Quand Gervaise s'éveilla, vers cinq heures, raidie, les reins brisés, elle éclata en sanglots. Lantier n'était pas rentré. Pour la première fois il découchait. Elle resta assise au bord du lit, sous le lambeau de perse déteinte qui tombait de la flèche arrachée au plafond par une ficelle. Et lentement de ses yeux voilés de larmes, elle faisait le tour de la misérable chambre garnie, meublée d'une commode de noyer dont un tiroir manquait, de trois chaises de paille et d'une petite table graisseuse, sur laquelle traînait un pot à eau ébréché. On avait ajouté, pour les enfants, un lit de fer qui barrait la commode et emplissait les deus tiers de la pièce. La malle de Gervaise et de Lantier, grande ouverte dans un coin, montrait ses flancs vides, un vieux chapeau d'homme tout au fond, enfoui sous des chemises et des chaussettes sales ; tandis que, le long des murs, sur le dossier des meubles, pendaient un châle troué, un pantalon mangé par la boue, les dernières nippes dont les marchands d'habits ne voulaient pas. Au milieu de la cheminée, entre deux flambeaux de zinc dépareillés, il y avait un paquet de reconnaissances du mont-de-piété, d'un rose tendre. C'était la belle chambre de l'hôtel, la chambre du premier qui donnait sur le boulevard."

Ce passage constitue l'incipit du roman et bien évidemment comme tout incipit romanesque, il fournit certains repères nécessaires au lecteur. Mais ce n'est pas un incipit ordinaire puisqu'il s'agit de l'ouverture d'un roman naturaliste. Cette ouverture a une portée symbolique qui nous permet de comprendre la situation de Gervaise et de nous projeter dans l'avenir.



Pourquoi une narration naturaliste ?

- Un narrateur neutre qui reste anonyme et discret. Selon Emile Zola, le narrateur « est un greffier ». Les personnages sont présentés comme si on les connaissait déjà. La présentation est sobre ; les prénoms sont donnés avec une certaine familiarité comme si les personnages appartenaient à notre univers réel.

- L'entrée en matière est « in medias res »(au milieu des choses).

- L'intrigue est réaliste et sordide : au XIXè la situation de Gervaise est jugée comme immorale.

- C'est un roman sur le peuple comme l'annonce Emile Zola dans sa préface : « C'est le premier roman sur le peuple qui ne mente pas et qui ait l'odeur du peuple ». De nombreuses références aux métiers de l'époque nous inscrivent dans l'histoire : « brunisseuse ».

En quoi est-ce une description naturaliste ?

- Le narrateur choisit de montrer les lieux à partir du point de vue interne de Gervaise, ce qui permet d'en conclure qu'elle a conscience de sa situation.

- Le cadre misérable et le laisser-aller de la chambre laisse deviner une identification entre le cadre et l'héroïne, une espèce d' « avant-goût » de Gervaise.

- On notera bien sûr l'ironie de « c'était la belle chambre de l'Hôtel »… Rien de mieux pour souligner à quel point les personnages s'enfoncent.


Une portée symbolique ?

- Des couleurs inquiétantes

- Le thème de l'enfermement

- Le caractère menaçant des choses avec une confusion entre l'inanimé et l'animé (cf personnification de la malle)

Conclusion : un incipit qui ne promet rien d'autre qu'un destin misérable et la mort... Dès les premières lignes, Zola illustre bien un des grands principes du naturalisme ; la question de la fatalité et de l'influence du milieu.


19/05/2006


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Commentaires

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ce extrait que je viens de lire est très intéressant

18/08/2007 12:00:00 - mapata djong olivier

vos information m'ont bocoup permit de mieux comprendre l'interet de l'incipit et je vs en remercit

20/04/2008 13:23:00 - chamsia

Et bien comment ne pourrait ton pas apprécier ce roman, ? Tous simplement en ne lisant pas, car en effet, en le lisant, je me suis rendu compte que ce livre à une particularité à endormir le lecteur (je l'ai comparé à des boites de somnifères, c'est vous dire !). Donc voilà c'était simplement pour essayer d'inciter certains professeurs à ne plus nous faire lire des ouvrages possédant un certain degré de répulsion. Ils pourraient nous faire lire des livres d'Alastair Reynolds et ainsi abréger avec le registre classique de la littérature classique ! C'était le petit coup de ras le bol de la matinée, merci quand même pour la structure de ce site !

27/04/2008 12:10:00 - Mattmandriva

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