Il est 13h13. Je n'ai donc plus qu'une demi-journée à occuper.
J'ouvre les yeux, j'ai froid. Je me demande d'abord où est ce que je suis, puis je reconnais le lieu. Cette tapisserie bleu sombre délavé, désolé, bleu des mers du sud chez IKEA, ne peut signifier qu'une chose : je suis dans ma chambre.
Si l'on y réfléchit , il peut paraître logique de se réveiller dans sa chambre, mais curieusement, la, non. J'ai du boire hier soir...
Alors je réfléchis, sans arrêter de fixer le plafond de mes yeux grand ouvert. J'essaye de penser à la soirée d'hier mais je penses déjà à elle. Pourtant c'était sympa hier soir. Je l'ai ai tous revu. Je les adorais au lycée, d'ailleurs je crois que je les adore encore, c'est bizarre !!
C'est comme si tu traînes dans le pays imaginaire sans ressentir aucun enthousiasme. Tu ne sais pas pourquoi mais tout ça te paraît secondaire.
Je réalise très vite que ces pensées font sans doute de moi un névrosé aux yeux de la société.
Je réalise aussi que je m'en fous un peu.
J'essaye une nouvelle fois de faire le bilan. Je suis rentré avec Mathieu, il m'a raccompagné en voiture, on a bien tripé sur l'état lamentable de Thomas, le déchet qui somnolait à l'arrière de la caisse. Il arrivait presque à communiquer, mais pas tout à fait. En fait il parlait un peu avec les yeux, comme un gamin. On pouvait y voir des tas de choses. Des regrets, de la culpabilité, de la fatigue et pas mal d'ébriété... C'est fou quand on y pense, à quel point les yeux sont expressifs. C'est vrai, on peut se perdre des heures durant dans des yeux ! Intrigué par la beauté des yeux clairs, obsédé par le secret des yeux foncés.
Bref, toujours est-il que Mat me dépose chez moi vers 3h, je suis saoul certes, mais pas malade.
Je suis donc monté dans ma chambre, non sans avoir auparavant pris de quoi me faire la traditionnelle sustentation post-nocturne. J'ai mis mes écouteurs, j'ai lancé le « Magic four », à savoir Letters to God, S'en aller, I will follow you into the dark puis Transatlanticism, avant de me perdre dans les limbes de mon lecteur mp3, et accessoirement de celles de mon sommeil. Je ne me demande pas à quoi j'ai pensé, je vois vraiment pas pourquoi ça serait différent des autres jours...
Mon plafond est sale, je me lève.
Quand on regarde des films sur l'american way of life, tous les matins ont l'air identiques pour les cadres moyens. La vie ne serait qu'un éternel recommencement ?? Alors je sais pas si je suis un cadre moyen mais je sais que je mange pas la même chose tous les matins, que parfois j'y crois et parfois non, parfois je suis en retard, parfois juste à l'heure, parfois je suis seul et parfois... Ca doit être différent aux Etats-Unis. J'ai pourtant adoré ce film avec les roses et qui finit mal.
Ce n'est qu'une fois devant mon verre de nectar aux douze vitamines frais que je réalise que je n'ai pas la moindre idée de ce que je vais faire aujourd'hui. Il y a pourtant plein de choses que je veux faire, mais la vie serait trop simple s'il suffisait de choisir. C'est vrai, quelque part ce qui rend la vie intéressante c'est de ne pas avoir tout ce qu'on veut. D'une part, parce qu'être déçu, ça prouve qu'on s'est attaché à quelque chose ce qui est la seule chose valable de la vie et ça permet de relativiser nos satisfactions. D'autre part, si l'on a déjà tout ce que l'on veut, l'espoir n'a plus raison d'être et c'est l'espoir qui fait vivre. Souvent, le matin, quand je bois mon nectar aux douze vitamines frais, je réfléchis à des problématiques philosophiques et sociales et je tentes de dégager de ma réflexion des théories incontestables. C'est très souvent un échec mais parfois, je suis quand même satisfait.
En attendant, je sais toujours pas ce que je vais faire. Perdu dans les pensées brumeuses de lendemain de soirée avec la légère touche philosophique sus-nommée, mon regard atterrit sur la pendule verte néo-portugaise qui orne le mur de ma cuisine.
Il est 13h13. Je n'ai donc plus qu'une demi-journée à occuper.
Je sais pas trop si mes compagnons de la veille sont déjà opérationnels, je décide donc de ne pas essayer tout de suite de communiquer avec eux. De même, je n'ose pas l'appeler, je suis déjà assez lourd comme ça et en plus , elle est peut être avec lui. Je déteste ça mais je me résous, comme environ toutes les 10 minutes depuis 2 mois, a ne pas entreprendre de communication avec elle. Finalement, il est 13h17 et je décide de rentrer en communication avec ma télé.
La télé, c'est finalement un peu comme être amoureux d'une fille « au mœurs peu recommandables ». Avant de la voir, on sait qu'on ne devrait pas, après, on sait qu'on n'aurait pas dû mais pendant, c'est trop bon pour y renoncer. C'est un peu fataliste mais pas entièrement faux. Je regarde un documentaire sur la guerre au Liban. Les gens en parlent beaucoup ces temps-ci. C'est normal parce qu'elle se déroule en ce moment. En fait, d'après mes cours, ça fait 40 ans qu'il dure ce conflit et qu'il n'a jamais été réglé. Ces phénomènes sont bizarres : si rien n'a été réglé, c'est plutôt prévisible ce qu'il se passe quelque chose et si rien n'est réglé prochainement, c'est plutôt prévisible ce qu'il va se repasser quelque chose. Je crois que le problème c'est qu'on n'arrive pas à régler la situation une fois pour toute. D'ailleurs moi je n'ai pas de solution, mais je me dis que des spécialistes qui sont payés pour pourraient peut être la trouver. Je ne sais pas trop. Je zappe, j'ai mal à la tête. Tiens, des ingénieurs ! En voilà des spécialistes ! C'est un documentaire sur l ‘enrichissement de l'uranium. Le monde est bizarre.
Je zappe. Un documentaire sur des lions en Afrique. C'est vrai qu'ils sont beaux. C'est marrant, c'est comme la plus part des humains, il y a un couple et des enfants. Et puis plusieurs lionceaux jouent ensemble. Mais il n'y en aucun qui essaient d'enrichir de l'uranium. Finalement ce n'est pas vraiment comme les humains. Ca y est je mélange tout.
Il est 15h07, j'éteins la télé, j'ai un peu mal au crane et j'ai toujours envie de l'appeler.
J'appelle donc thomas, c'est parfait : je peux prendre des nouvelles de sa fin de soirée, me moquer allègrement de lui, et lui demander ses plan pour la journée. Il ne répond pas. Visiblement, sa fin de soirée n'a pas été brillante. J'appelle donc Michael, alias Mick, et m'empresse de lui demander ses plans pour la journée. Eurêka ! (oui , j'emploie encore cette expression, je ne vois d'ailleurs vraiment pas pourquoi, le dernier qui l'a utilisé, ça devait être Prométhée...) , il n'a rien prévu. On décide donc de se retrouver dans le centre, au barde la vieille idylle. C'est marrant comme nom, le bar de la vieille idylle. C'est un peu triste aussi parce que cela ne nous concerne plus vraiment. Ca serait le bar de l'idylle récente ou mieux encore, le bar de l'idylle de demain, et bien cela serait plus positif. Il ne faudra pas que j'oublie de faire part de mon idée au gérant.
Ce qu'il y a de bien avec ce bar. C'est qu'on y trouve beaucoup plus d'ivrognes célibataires de 40 balais et des brouettes que de nos congénères post-dépression des années 70. On s'y sent un peu moins exposé vu que clairement, cette pale imitation de cabernet sauvignon compte beaucoup plus que nous aux yeux des clients.
16h00. Michael est en retard. Je m'installe donc seul à un table sur la terrasse commande une pinte et observe la rue, les passants, ce monde qui nous entoure et qui recèle d'anecdotes apparemment anodines, à juste titres d'ailleurs, mais qui ne sont qu'un ensemble de détails avec pour seule cohésion et logique celles que notre imaginaire accepte de leur conférer.
Une dame âgée et celles que je considère sans nul doute comme sa fille et sa petite fille passent devant moi. Elles ne se ressemblent pas vraiment, surtout la gamine et la mère. Ca n'a pas vraiment d'importance mais je suis sûr que la grand-mère le remarque et se pose des questions. Son gendre aurait très bien pu tromper sa fille, après tout. Ca y est, la fillette tombe. La mère n'y prête guère attention et la grand-mère l'aide à se relever, plus avec les yeux qu'avec les bras. C'est un peu comme la vie, les personnes âgées sont fatiguées et les adultes sont occupés...
Il se met à pleuvoir, la mère tenait visiblement à son brushing, elle se met à courir en criant et se réfugie dans un magasin. C'est bien fait ! Je déteste les adultes pour qui les enfants ne sont pas le centre du monde. C'est vrai, moi même j'étais un enfant il n'y a pas si longtemps, et j'ai toujours été égocentrique.
Je rentre à l'intérieur de la vieille idylle et me dit que j'ai peut être été un peu dure avec elle, la mère. Je regrette. Ca, c'est la cohésion de mon imaginaire.
Je recommande.
16h15 : Michael appelle pour m'annoncer que son bus n'est pas passé, qu'il ne pourra donc pas venir avant 1h et qu'il est désolé. Je lui dis que ce n'est pas grave, mais qu'il est quand même un connard. Je suis sur qu'il est allé la voir. En même temps j'aurais fait pareil si jamais...
C'est définitivement un connard.
Le pire dans tout ça, c'est que je commence à me sentir éméché. C'est décidé, je prends une dernière pinte et je vais au cinéma. Il y a un film avec Johnny Depp. J'aime bien Johnny Depp. Il joue souvent des rôles de personnages marrants légèrement déséquilibrés. Le plus marrant, c'est de se dire qu'il n'est peut être pas déséquilibré, ou mieux, qu'il l'est vraiment. Le déséquilibre peut mener à de grande chose finalement. Einstein, quand il tire la langue, il a plus l'air d'un dangereux psychotique qu'un physicien de génie. Mais je pense que sa femme ne devait pas être très jolie, alors que Vanessa Paradis a tout de même un certain charme.
Alors que j'entame ma quatrième pinte, je m'aperçois que la table d ‘à coté est occupée non pas par une, mais par deux filles relativement mignonnes, et encore, relativement seulement pour faire un hommage à Albert (Einstein pour les inculte). Je dois vraiment beaucoup aimer Johnny Depp pour ne pas les avoir vu s'installer. Le comble étant que je crois bien que l'une d'elle me sourie. C'est tout moi ça, elle m'aurait dévisagé, je l'aurai imaginé trop sur d'elle et me serais désintéressé, mais non. Je suis obligé de me rendre compte que même si elle me plaît, même si visiblement je lui plais, je ne leur demanderais pas si je peux me joindre à elles. Je crois bien que je cours après autre chose. Ma connerie, peut être. Toujours est-il que j'aime bien courir.
Je lui rends tout de même son sourire, finit ma pinte, la regarde pour lui montrer que je ne suis pas indifférent, et me lève pour quitter le bar. En sortant, je me dis 2 choses : je suis sûr que quand Clint sort d'un saloon, il ne doit pas avoir plus de classe que moi en ce moment même, d'autant plus que je prend sur moi pour ne pas tituber, et, la deuxième chose, j'aimerais tellement qu'elle sorte, m'aborde directement et me lance une phrase spontanée et naïve puis qu'on vive une histoire d'amour ultime à la s'en aller de ce bon vieux Damien.
Une fois dans la rue, je réalise que mon cas est définitivement incurable et que mon comportement est, au mieux, aussi intelligent que Paris Hilton.
Je me dirige donc vers le cinéma. Il ne pleut plus beaucoup mais je suis en chemise alors j'accélère. Je sens même mes cheveux se plaquer sur mon front et je commence à chantonner, va savoir pourquoi, I like birds.
Le cinéma est vraiment une invention formidable. Je me demande si les frères Lumière avaient déposé un brevet pour leur invention, à qui ils l'ont revendu etc.... Je ne comprends pas très bien comment fonctionnent les brevets. Aujourd'hui, de nombreux brevets sont déposés sur des techniques de cryogénisation de pointe (Je regarde Capital en plus des documentaires animaliers), et on ne peut pas l'utiliser sans payer de royalties. Pourtant, la plus part des inventions antérieures aux années 80 sont « en libre accès ».
Toujours est-il que le cinéma est une invention formidable, mais dangereuse. C'est vrai, en fait le cinéma, c'est un formidable moyen de fuir la réalité. A mon avis, pour peu que tu manque un tout petit peu de volonté, tu peux t'investir (émotionnellement voire physiquement pour les cas les plus graves) à un tel point dans les fictions que tu peux en oublier de t'investir dans la réalité ou même refuser de t'investir dans la réalité en prétextant une perpétuelle déception. Par exemple, on peut refuser de débuter une histoire avec quelqu'un parce que l'on ne croit pas qu'elle soit assez belle (l'histoire, pas la fille ), dans la mesure ou notre référentiel n'est plus la réalité mais un monde de rêve. Oui, le cinéma, c'est très dangereux.
Je ne titube presque plus et j'arrive au ciné.
L'entrée est déserte. On ne voit décidément des gens camper devant l'entrée en attendant la première d'un film qu'à la télé ou en Norvège. En même temps les affiches ne sont pas si formidables, mais quand même, Johnny Depp. Alors que je tends mon argent à la caissière, je réfléchis à tous ce que je pourrais faire avec cette même somme. C'est la qu'on voit qu'il y a 2 philosophie de vie. Lorsque l'on procède à une telle énumération, certain pensent à la quasi-infinité de choses qu'ils ne font pas, d'autres pensent à la quasi-infinité de choses qu'ils pourraient faire. Ca revient souvent à ça ; le positivisme et le négativisme, le ying et le yang, le pot de confiture aux trois quarts rempli ou celui dans lequel sont coincées des abeilles qui font du miel ou un truc dans le genre...
En fait, pour les naïfs et flemmards, il y a une troisième philosophie secrète : c'est lorsqu'on se dit qu'énumérer une quasi-infinité de choses, ça ne sert finalement pas à grand chose à part perdre le temps qu'il nous faudrait pour les faire.
Alors que je m'apprête à développer cette troisième philosophie, je reprends mes esprits et me rend compte que la caissière me tend mon billets depuis sûrement deux bonnes minutes et s'impatiente en criant. Je pense qu'elle doit avoir pour philosophie de se faire chier dans son boulot. Je me décide donc à prendre la place et m'aventure dans la salle numéro 2, celle de mon film. La salle n'est ni grande ni petite, ni vide ni remplie. C'est un peu une salle lambda. Je m'installe donc tout au fond et commence à scruter les autres cinéphiles.
Tiens, il y a un couple de vieux ! Finalement, c'est pas vraiment étonnant qu'ils soient la. C'est vrai, parce qu'à part Jacky, le vieil auvergnat de M6 qui est passionné de chute libre et de water-polo, la plus parts des vieux n'ont pas vraiment une vie palpitante. C'est un peu exagéré, peut être que c'est juste qu'ils rationalisent et qu'ils n'ont plus besoin de faire des choses extravagantes pour prendre du plaisir à vivre. Voir sa famille, ses amis, cuisiner et s'occuper du jardin, des jeux de cartes pour les plus foufous et surtout, la vie à deux. Finalement, je les envie presque. Je pense qu'ils ne perdent plus leur temps avec des rêves , ils vivent leur vie et sourient ! Je crois bien que j'ai un petit coté de vieux. Non pas que je sois très tradi mais bon, voyons les choses en face : j'aime bien les soupes et la tisane, les jeux de cartes, voir mes amis et ma famille et les samedi soir avec film. J'ai une part de vieux dangereusement développé. Mais bon, ça se travaille à force d'immaturité, d'alcool et de blagues lourdes.
Toujours est-il que ces vieux qui rigolent bien calés dans leur fauteuil devant l'écran me font sourire. J'espère finir comme eux, en moins moche. Encore ces réflexions bizarres... Heureusement, Johnny Depp est encore plus déséquilibré que moi dans ce film. Je me sens mieux et je ne pense presque plus à elle.
Si le film est bon, le temps passe très vite au cinéma.
Quand j'étais petit (car j'ai désormais un bagage d'expériences suffisant pour gagner mes galons d'adulte, en fait pas du tout mais je crois que c'est hormonal), j'ai vraiment adoré Retour vers le futur. C'est vrai, le scénario est vraiment pas mal, il y a Michael J Fox et surtout, les personnages de Biff et Doc Emmett Brown. Toujours est il que la théorie sur le continuum espace temps m'a toujours interpelé.
En gros, j'y comprends rien. Mais je me dis que ça peut peut-être expliquer les phénomènes bizarres dus au temps. Je m'explique : lorsque l'on s'ennuie, le temps passe toujours très lentement, alors que ce même laps de temps peu s'écouler bien plus rapidement lorsqu'on est occupé. Et bien moi, je pense que le continuum espace temps peut expliquer tout ça. Ca m'évite de trop me pencher sur la question.
En fait, le cinéma, c'est comme je jus de fruit aux 12 vitamines, ça me fait beaucoup réfléchir. Le film est terminé.
En sortant, il devait être approximativement 19h, je m'aperçois qu'il pleut toujours et qu'en plus, il fait nuit ! Je n'ai rien contre l'hiver, rien pour d'ailleurs, mais le fait qu'il fasse nuit plus tôt est parfois vraiment énervant. Sans blague ! Le dimanche soir, je suis déjà souvent énervé parce que je me dis que je n'ai rien fait de constructif ou pire, je n'ai rien fait dont je pourrai me souvenir dans quelques années. Quelque part, les choses qui valent la peine d'être vécu sont celles dont on se souvient.
Je recommence. Encore ces théories pseudo-philosophiques pas vraiment utiles....
Finalement réfléchir, c'est un peu devenir fou ! C'est focaliser son attention sur un phénomène, se divertir avec ce dernier en oubliant tout le reste, en fuyant la réalité.
Je vais très loin la...Ca doit vouloir dire que je suis très fou...
Il pleut de plus en plus fort, mais il fait chaud. Il y a beaucoup d'étoiles, ce n'est pas désagréable. Si je me concentrait sur les étoiles, je suis sur que je pourrais distinguer des formes comme un ours polaire, un cœur ou un visage... En rentrant, je me demande à quoi je vais penser demain.
06/06/2007
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