Bravo à Etienne Richard qui remporte la mention spréciale du jury pour la nouvelle la plus originale/ absurde. Merci à lui de nous avoir bien fait rire !
L'histoire presque sans fin (parce qu'en fait, y'en a une, en vrai...)
Lever l'ancre. Partir loin. Aller de l'avant. Ne pas regarder en arrière. Quoi de mieux qu'un voyage initiatique pour mieux apprécier les subtilités de la vie, la fragilité de notre condition, les limites de notre corps, et l'infinie puissance de notre volonté. Les rencontres forgent la personnalité, et comme m'a un jour dit un proche ami : « L'Homme répugne à s'inscrire dans les limites d'une essence, au point de vouer l'humanité à l'universalité abstraite du Dieu ».
Ce n'est pas l'histoire d'un homme que j'ai voulu vous conter, mais celle d'une créature qui, derrière une apparence souvent rejetée, cache un diamant d'innocence. Notre ami est un rat gondin, avec toute l'humilité que cette condition revêt.
Sans plus attendre, plongeons dans l'incroyable aventure d'un p'tit bonhomme, dont la morne vie va être bouleversée...
Il était une fois un rat gondin qui rêvait d'être moine chevalier à la célèbre abbaye de Tionlaine, près de Poitiers. Mais malheureusement, Lejible - c'était son nom - n'avait pas assez d'argent pour payer les frais de scolarité s'élevant à dix mille euros, quand même. Mais bon, ca les valait. Lejible habitait près de Beauvais, et rien que le péage pour y aller, ca faisait neuf euros. Lejible vivait avec sa copine, Sekre, qui lui cuisinait son plat préféré, la gougère au saumon norvégien agrémenté d'un dodu cresson. Au grand damne des fermiers de la Beauce, la récolte de cresson fut mauvaise cette année là, en raison d'un défaut d'embrayage sur les moissonneuses Caterpilaire, numéro un sur le marché, sans pour autant que leur couleur ne soit d'appréciation commune. Bref, tout allait mal dans la vie de Lejible. Mais il voulait vraiment vraiment être moine. Il fallait donc qu'il le gagne son argent et commença à s'imaginer avec tonsure et robe de bure. Il alla voir son ami Fraklon du Borothon pour lui demander conseil, notamment sur les astuces pour gagner de l'argent sur lephecoen.com. Fraklon lui révéla alors qu'il faisait partie d'une lignée supérieure de rats gondins, et qu'il était l'élu de tout un peuple de rongeurs. Lejible fut flatté, mais ca ne lui faisait pas gagner d'argent, cette histoire... Il remercia donc poliment Fraklon et partit.
Sur le chemin du retour, il s'acheta des bretelles en solde, rouges et vertes, afin d'étoffer sa collection déjà bien classe. C'est alors qu'il eu une idée de génie : il serait VRP en bretelles pour le célèbre designer d'accessoires déglingue, Broteudo. En plus, ce dernier donnait à ses employés vingt sous de ristourne sur les nœuds papillon et deux hot-dogs gratuits par jour. Sympa les merlus ! Mais un peu trop merlus... Sans plus attendre, il rentra chez lui pour regarder le prime de Rat Académie, où Bertron avait annoncé qu'il allait danser la tecktonik. Mais il l'a pas fait, c'était trop la honte. Bon, c'était pas le tout mais il devait se bouger. Il convint d'un rendez-vous confcall avec Broteudo. Ce dernier venait d'équiper ses fenêtres de volets roulants Saumfee, il était donc de très bonne humeur, et avec un soupçon d'insouciance propre aux rats gondins. Après avoir discuté sur les dernières évolutions cybernétiques de l'ee-phaune, Lejible en vint à son idée sur les bretelles. Broteudo fut convaincu, vraiment, et l'invita à faire une partie de Cluaidau pour en parler plus sérieusement, mais pas autour d'une choucroute, parce que c'est pas bien bon.
Le temps a passé. Lejible était enfin prêt à jeter l'ancre pour son long voyage de vente de bretelles à domicile. Il enfila son sweat à capuche préféré et partit, après avoir savouré une dernière fois de la délicieuse gougère de Sekre, ce qui lui laissa un désagréable poids sur l'estomac, jusqu'à ce que l'effet du Stecma soit dissipé et que, plus tard, il soit allé à la selle dans un fourré. Il vérifia s'il avait bien tout. Clés, ouais. Portable, ok. Papiers, c'est bon... Bon ben il avait tout, et il partit.
La nature toute entière s'offrait à lui, dans un élan de bonté infinie, d'un univers envers un être si petit... Ca lui donnait envie de chialer. Sa première étape fut à la fabrique de bretelles. Le gérant n'était pas très aimable, et Lejible n'obtenu qu'une ristourne de 2,5% calculé sur le taux d'intérêt r de Celetem pendant les périodes de fêtes. Il fallait jouer serré : pas assez de bretelles signifieraient la fin prématurée de son fond de commerce, trop, un gâchis d'argent et une frustration immense. Lejible gribouilla de rapides calculs sur un paust-eet et finit par acheter quatre demi-douzaines de bretelles « High quality, made in Philippines ».
La terre du milieu (de la France) était une vaste région, et il ne suffisait pas d'une vie pour la parcourir en entier. Il fallait donc cibler les lieux à fort potentiel. Lejible se souvint alors de la leçon de tatie Monique sur l'accomplissement du potentiel. Il rit. Tatie Monique était vraiment moche... Il fallait commencer par Gycer, il en était persuadé. Un seul problème lui faisait face, un problème de taille : le seul chemin pour rallier Gycer était maudit, hanté par les esprits les plus sanguinaires. La légende raconte qu'il y a bien longtemps, un homme difforme le chemina, à la recherche d'une source qui donnerait santé et longue vie à quiconque la boirait, é qué s'apelorio Quézoc. C'est homme, Kokos, n'était jamais revenu, au grand damne de son frère, à qui il devait un coup à boire. La peur sillonna l'échine de Lejible, courbée par le poids du sac de bretelles. Il n'avait pas le choix, il devait s'engager sur le sentier maudit !
Au fur et à mesure de son cheminement, la nature se vida, la faune, puis la flore furent de plus en plus parsemés, jusqu'à laisser place à un décor minéral, fait de pierres tranchantes et de poussière volatile.
« Bonjour ! » Hein, que se passe-t-il ?!! Lejible regarda autour de lui... Rien, ce n'était pourtant pas un rêve, quelqu'un avait parlé.
« - Bonjour.
- Mais où êtes-vous, saperlipopette ! Montrez-vous !
- Je suis dans ton cœur, je suis ton guide...
- Ouais ouais ouais... Fous-toi de ma tronche...
- Bon ok... Chui là ! »
Un coq majestueux, au plumage flamboyant et à la crête brossée sortit d'une aspérité de la paroi rocheuse du chemin. Il impressionnait, tant par sa force de conviction que par la grandeur de sa patte gauche. Sans nul doute, il était le phœnix des hôtes de ces lieux.
« - Quel est ton nom ? » demanda-t-il, timidement. Lejible retint un « et ta mère » tentant, mais pas du meilleur aloi lors d'un premier contact.
« -Lejible, mon bon monsieur. Et vous, comment tu t'appelles ?
- Non...je... je peux pas trop te le dire, tu me croirais même pas !
- Eeeeehh, même que si, je te croirai !
-Bon... Je suis Kokos. »
Le sang ne fit qu'un tour dans la tête de Lejible. Pendant une seconde, il chancela, perdit tout repère spatio-temporel, fut projeté dans une éternité subconsciente. Il s'était rappelé de son histoire. Il pensait que ce n'était qu'un mythe, que Kokos n'était que le symbole de la Fédération des Violoncellistes de Plus de Deux Mètres (FVPDM).
« - Mais, mais... que t'est-t-il arrivé ?
- Viens t'assoir ici, tout près de moi... Làààààà ! Je vais te raconter mon incroyable histoire. Comme tu le sais, j'étais un homme lourdement lesté d'une infirmité due à l'alcoolisme de ma pauvre mère. Un soir, je sirotais une menthe à l'eau, accoudé au jukebox, dans un bar appelé « La Menhle ». Un sinistre inconnu vint me voir et évoqua la source miraculeuse de Quézoc. Ni une ni mille, je décida donc de m'y rendre. Je chemina ce même sentier jusqu'à ce que j'ai tombé sur la sorcière Plenssin. Au début, elle était gentille et tout, elle m'a donné un chewing-gum Erewèvze. Mais bien vite j'ai lu la jalousie dans ses yeux : ce n'était qu'une femme, et pas bien belle avec ca... Tu sais Lejible, l'aigreur est le sentiment le plus insupportable. Elle te ronge de l'intérieur, et aucune solution n'est possible. Comme dirait Søren Kierkegaard : « Un nietch von waterbrau, volk wagen bi dich », enfin, je crois... La sorcière prit alors la décision osée, mais potentiellement bougrement jouissive, de transformer le héros que j'étais en coq. Métamorphose kokocicide, pensait-elle, mais je subsiste. Et qu'elle se tienne à carreaux, la revanche d'un coq ne se mange même pas tellement elle est gelée !
- Ouah, tu dois être bien énervé ! Mais j'y songe, tu peux peut-être m'aider. Je souhaite aller à Gycer le plus rapidement possible.
- Je peux t'aider : je connais un raccourci. Mais il est très dangereux. Tu as une lampe de poche ? Oui ? Alors suis-moi... »
Tous deux s'engouffrèrent dans une brèche que le temps avait façonnée dans la montagne. La fatigue et la faim accablaient Lejible. Mais pour lui, cette épreuve était un entrainement, un moyen de se rassurer sur ses aptitudes à être un moine chevalier d'exception. Il fut galvanisé à cette pensée. C'est alors qu'une grande femme apparut dans un éclair de feu. Le tonnerre fit trembler la montagne. Un bloc de pierre se détacha de la voute et vint frapper Kokos de plein fouet, qui s'effondra lourdement au sol.
« Fuis, pauvre fou ! C'est elle... »
Lejible n'avait pas le temps de pleurer son ami mort. En effet, la sorcière lui faisait face, son regard menaçant. Pourquoi Kokos l'avait mené ici. Le savait-il seulement ?
« De quel droit te permets-tu de venir me troubler en ma demeure ? Ton heure a sonné ! Ah ah ah ah ahhhh... »
En effet, Lejible se rendit compte qu'il se tenait au milieu d'une grande ouverture dans le roc. Autour de lui gisait un trésor de pièces d'or, de pierres précieuses et de carte Pekomon rares qui cotaient surement très haut à l'argus des jeux de rôle...
D'un coup de baguette magique, elle fit apparaître une créature démoniaque. Elle avait une tête de minotaure sur un corps de dinosaure : c'était un minosaure !
Rassemblant tout son courage, Lejible invoqua les esprits des anciens. Il était vraiment l'élu, il le savait maintenant. Fraklon ne lui avait pas menti. Il sentit la force monter en lui, inonder son corps d'une puissance inouïe. D'un coup, sur sa simple volonté, il déploya un flux d'énergie plasmique incroyable qui illumina la grotte d'un flash éclatant de blancheur. Quelques instants plus tard, il rouvrit les yeux, et s'aperçut qu'il était seul. Tout ce trésor, pour lui... Il n'avait plus besoin de vendre ses bretelles. Il pouvait les garder pour sa collection. C'est Sekre qui allait être contente : toutes ces cartes Pekomon, elle qui appréciait tant ce jeu...
Trois jours s'étaient écoulés. Lejible arriva chez lui, où il fut accueilli en héros. Il léga la moitié de sa fortune au frère de Kokos, qui pouvait ainsi aller boire tranquillement à « La Menhle ». Bientôt, il annonça sa séparation à Sekre ? Elle était bouleversée, mais pas trop. Ca va... Sans plus attendre, il monta dans sa belle auto neuve et fonça dans le Sud, direction Poitiers, puis Tionlaine. Il arriva devant les portes de l'abbaye. Enfin ! Après tant d'années passées à rêver, pleurer dans son lit, se désespérer d'y arriver un jour. Il était là, face à son désir le plus grand, devant son bonheur le plus complet.
Il sonna, une fois, deux fois. Puis il s'aperçut de la présence d'un écriteau sur le portail : « Bonjour. Nous vous informons que l'abbaye des moines chevaliers a du fermer définitivement pour cause de manque de candidats, les frais de scolarité étant trop élevés. Veuillez nous excuser de la gêne occasionnée. »
Avril 2008
17/04/2008
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eeeeeh bé etienne...
19/04/2008 21:14:00 - olivia