Le Fantôme
le 29/05/2007 - par Shanilara Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !Le Fantôme... Décliné à l'infini aussi bien dans la littérature qu'au cinéma, l'image du revenant reste LE symbole de la terreur.
Qui n'a pas jamais, adolescent ou même plus tard, rigolé nerveusement en tentant avec des amis une petite séance de spiritisme ? Qui n'a jamais été certain d'avoir entendu un bruit à l'étage dans une vielle maison familiale ? Les écrivains du XX° ont réutilisé sans scrupules ces bruits dans le grenier pour nous offrir quelques romans bien flippants que l'on ne lit pas sans se demander pourquoi ce craquement dans la pièce d'à côté...
Nous commencerons par le roman de Shirley Jackson, Maison hantée (The Hauting of Hill House, 1959), où quatre personnages se retrouvent enfermés dans Hill House, Eleanor, Theo et Luke, réunis ici par le docteur Montague, un anthropologue intéressé par les phénomènes psychiques. Il s'avère qu'Eleanor est un médium, et que quelque chose dans la maison est très intéressé par la jeune femme. Theo elle aussi semble posséder quelques pouvoirs psychiques, mais elle n'a pas comme Eleanor été éduquée de telle sorte que toute velléité d'indépendance lui a été ôtée. Petit à petit, des manifestations étranges se produisent dans Hill House... mais on peut se demander si la maison en est bien responsable ou si c'est Eleanor qui, inconsciemment, utilise ses propres talents, poussée par le quelque chose qui hante les murs. Jamais nous ne verrons un fantôme dans ces pages ; mais la maison elle-même est la source du mal. Le « Lieu Maléfique », en tant que tel, ne nécessite pas forcément de manifestations physiques...
Certains Lieux Maléfiques, pourtant, en utilisent. C'est le cas de l'hôtel où se déroule Shining (The Shining, 1977), de Stephen King. Un petit garçon et ses parents coincés là pendant toute la saison morte pour entretenir cet hôtel perdu dans les montagnes ; rien de bien effrayant de prime abord. Sauf que le petit garçon, Danny, voit des choses depuis aussi longtemps qu'il se souvienne, et que dans cet hôtel isolé par la neige, il y a beaucoup de choses à voir. Et tandis que le lecteur suit avec une horreur grandissante les visions de l'enfant, son père est petit à petit corrompu par ce qui hante les lieux, finissant par tenter de tuer sa femme et son fils. Pour ceux qui ont vu le film de Stanley Kubrick, remarquablement bien adapté et bénéficiant de l'incroyable interprétation de Jack Nicholson, je peux vous donner un point de repère en vous disant que le livre est à peu près dix fois plus terrifiant. Ici, non seulement le Lieu Maléfique l'est bien comme il faut, mais à la différence d'une maison où le nombre de pièces est finalement limité, ainsi que celui des évènements horribles ayant pu s'y produire au cours du passé, il s'agit d'un hôtel. Stephen King est connu pour aller dans la démesure... et autant vous dire qu'il y va à fond sur celui-là.
Enfin, pour boucler cette partie et mettre un point final à cet article déjà bien trop long, abordons un instant l'un des meilleurs romans de fantômes, le fameux Ghost Story (1979) de Peter Straub. Il nous y raconte les soirées de la Chowder Society, un groupe de vieillards qui se retrouvent pour se raconter des histoires de fantômes. Les quatre vieux messieurs convoquent Don Wanderley, le neveu d'un de leurs amis morts récemment, et écrivain d'horreur. Ils se retrouvent confrontés à un fantôme aux multiples facettes qui, peu à peu, prend possession de la ville de Millburn. Au final, c'est rien moins que la survie de la ville qui est en jeu. Si le roman de Peter Straub est une telle réussite, c'est parce qu'il parvient, par un jeu de miroirs et de flashbacks, à créer une atmosphère oppressante où l'on ne sait plus d'où vient le mal : est-il extérieur, liée à cette mystérieuse Alma/Ann-Veronica/Angie ? Vient-il de l'intérieur ? Quel rapport existe-t-il entre ces différentes manifestations physiques ? Au final,
c'est rien moins que la survie de la ville qui est en jeu. Si le roman de Peter Straub est une telle réussite, c'est parce qu'il parvient, par un jeu de miroirs et de flashbacks, à créer une atmosphère oppressante où l'on ne sait plus d'où vient le mal : est-il extérieur, liée à cette mystérieuse Alma/Ann-Veronica/Angie ? Vient-il de l'intérieur ? Quel rapport existe-t-il entre ces différentes manifestations physiques ? Au final, un très beau roman, digne héritier des romans gothiques tels que le Moine ou même Frankenstein, qui profite de la plume élégante et équilibrée de Straub.
Si vous aimez les fantômes, n'hésitez pas à lire aussi deux romans de James Herbert qui, s'ils sont loin d'avoir la finesse d'un Shirley Jackson (on a déjà parlé de cet auteur plus haut à ce sujet), n'en sont pas moins assez fascinants : Dis-moi qui tu hantes (Haunted, 1988) et Le Survivant (The Survivor, 1976).
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