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La véritable histoire de Jack Sparrow

La véritable histoire de Jack Sparrow - épisode2

La véritable histoire de Jack Sparrow - épisode2

Jack se décide à quitter son bateau et part à l'aventure sur la terre ferme !


 

            Au matin, cette pensée de liberté, affutée à force de la tourner et retourner dans son esprit, l'armait contre cette dure journée qui commençait, semblables aux précédentes...

Et pourtant, tout paraissait posséder un éclat différent, une acuité nouvelle, contenue dans des détails que l'habitude lui avait fait oublier et que la brusque conscience de son départ imminent rendait étrangement présents, presque vivants comme des êtres familiers et abhorrés qui furent ses compagnons au long de ses dernières années : le bruit des vagues se brisant sur la coque, le claquement du vent dans les voiles, le contact rugueux du bois sous les pieds nus, la brûlure des cordages sur ses paumes calleuses, les embruns qui venaient à tour de rôle caresser ou fouetter son visage...

 

Ainsi durant ses heures de besogne quotidienne, il fit son adieu silencieux au bateau, ce vieux trois mâts grinçant et gémissant dont Jack avait fini par connaître tous les recoins. Au fil de ses rencontres avec les éléments qui modelaient sa vie jusqu'à présent, il sentit soudain que ce départ ne serait pas si facile... Il se surprit même à considérer avec affection le dessin du gréement découpant sa silhouette élancée sur l'azur du zénith. Que connaissait-il d'autre que cette vie âpre faite de manœuvres, de combats et de pillages ? Et que savait-il de ces terres qu'ils apercevaient, frôlaient et abordaient par moment ? Pourrait-il y découvrir autre chose ? Y vivre... En était-il seulement capable ? A quoi lui serviraient ses mains, travaillées au rangement et déroulement des cordages, au maniement des lames et au poids des pistolets ? Et ses yeux, habitués à découvrir au loin les pavillons des navires et à lire leur route dans les étoiles ? Sa bouche, n'ayant appris qu'à cracher des jurons et à brailler des chansons paillardes quand les lampées de mauvais rhum lui brûlaient le gosier ?

 

Non, cela ne serait pas. Jack le jurait : cette vie au goût salé, cette vie de  loup des mers ne serait plus la sienne, n'était pas la sienne. Il n'y avait personne, rien, pas d'attaches ou de souvenirs dignes de ce nom. Juste une certitude : il était libre. Demain, il n'aurait pas besoin de s'enivrer d'alcool et du parfum des femmes pour reprendre courage et réendosser son costume de pirate... Il le déposerait une bonne fois pour toutes, cet habit détesté. Il tournerait le dos à son ancien univers flottant et partirait à l'aventure, la vraie, sur un bon plancher à vaches qui, au moins, ne se dérobait jamais sous ses pas...


* * *


 

Pour la première fois depuis bien longtemps, c'est heureux que Jack s'avança vers la taverne, voyant en cette nuit de débauche comme un ultime adieu à la piraterie et à ses compagnons de galère. Lorsqu‘il y entra, la première chose qu'il enregistra était l'odeur de sueur. La deuxième chose qui le frappa de plein fouet était les parfums lourds et capiteux. La troisième qui s'imposa à lui était le besoin de boire n'importe quel liquide et tout de suite pour tenter de chasser ces odeurs et le mal de crâne qui allait avec. C'est ainsi que le bordel de Mater Maria faisait de l'argent : les nombreux alcools vendus par la gérante remboursaient les parfums auxquels l'odeur de transpiration ajoutait une note personnelle. La marge se faisait sur ce que gagnaient les filles (Mater Maria se faisait appeler Madame 50 %, de la part qu'elle s'octroyait sur ce que lâchaient les clients libidineux auprès des donzelles, charges patronales et salariales non comprises). Le bonus de fin d'année était constitué de ce qu'on ramassait sur les clients qui étaient trop soûls, trop inconscients, trop faibles ou trop morts pour empêcher qu'on ne les détrousse.

 

Jack en était encore à l'étape de l'ingurgitation nécessaire pour chasser l'envie de prendre ses jambes à son cou que ressent tout être normalement constitué lorsque son droit fondamental à respirer est violé. Il lança un regard de biais à sa voisine qui crut y lire une invitation et lui brandit sa poitrine sous le nez comme un étendard.

- Tâte un peu la marchandise, jeunot, c'est que du bon et du frais !

Elle avait touché la corde sensible. Privé de sa mère dès son plus jeune âge, Jack nourrissait une adoration sans borne à tout ce qui était tétons, mamelles et poitrines. Il se laissa vite entraîner par la « dame » dans un endroit plus intime. Il se laissa emporter par le flot et découvrit les rivages de la jeune fille. En temps normal, il serait ensuite revenu sur le trois mats et aurait essuyé les allusions grivoises des autres pirates le reste de la journée. Il en sera autrement aujourd'hui, se dit-il en mâchouillant pensivement sa pipe auprès de la jeune fille qui somnolait à ses côtés. Lorsqu'il se leva souplement de la vielle paillasse, elle lui attrapa la main.

- Pas si vite mon mignon, n'oublie pas de payer !

- Ne te fais pas de souci. Par contre j'aurai une dernière chose à te demander.

La prostituée fronça les sourcils. Le ton poli du pirate et son regard déterminé lui donnèrent le frisson. Quand ces gens-là commencent à mettre les formes, ce qui suit va être explosif.

- Je te préviens, je ne fais pas dans l'originalité pendant le service.

- C'est un choix que je respecte. Je voudrais savoir quel est le moyen le plus rapide de quitter la ville.

La fille regarda avec attention Jack alors qu'il sortait du bordel. Elle grava ses traits dans sa mémoire afin de bien se souvenir du jeune homme qu'elle devait absolument ne pas avoir rencontré si jamais des pirates venaient aux informations.


02/10/2008


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