A la fin de sa première journée de labeur à la ferme, Jack ne pense plus qu'à une seule chose : repartir à l'aventure avec la belle et farouche Julie !
A la fin de la journée, Jack avait nettoyé l'intérieur de la porcherie jusqu'au dessous des pattes des cochons, et même l'écurie reluisait de propreté. La ferme n'avait jamais paru aussi brillante. Satisfait, Jullian inspectait le travail du jeune Jack qui, fourbu, se reposait assis sur un botte de foin.
- Je dois avouer que je suis agréablement surpris, avoua Jullian. C'est bon, mon petit, je te garde.
Et il s'éloigna en se frottant les mains, heureux d'avoir troqué un nigaud fainéant contre un dadais efficace.
Après le souper, Julie rejoignit Jack qui, vautré sur sa paillasse et à moitié endormi, n'avait même pas esquissé un mouvement pour monter chercher son dîner quand la grosse Gertrudis avait sonné la cloche. Alors Julie lui avait apporté un bol de bouillie, une pomme et un verre de lait, trouvant le prétexte de bon aloi pour venir le retrouver.
- Pourquoi n'es-tu pas monté dîner ? demanda-t-elle en s'agenouillant près de lui.
- Parce que Gertrudis me terrorise, et parce que je suis harassé, souffla-t-il sans soulever une paupière. J'ai mal partout, geignit-il encore, en se soulevant sur un coude. Tu ne pourrais pas me prodiguer un petit massage de tes mains expertes ?
- Tu rêves ! s'exclama-t-elle, en le repoussant d'un bras, et il retomba mollement sur sa paillasse avec une grimace de douleur.
- Tant pis, soupira-t-il, et il entreprit de manger sa bouillie, même si elle ne lui inspirait pas les délices fermiers dont il avait parfois rêvé en mer : œufs brouillés, bacon grillé, tarte aux pommes maison et crème fouettée, il pouvait se montrer fin gastronome quand son estomac prenait le dessus.
- Alors, tes impressions sur ta première journée ? le sonda-t-elle, en essayant de ne pas trahir son anxiété de le voir s'enfuir devant la charge de travail de la ferme et la maigre compensation que Jullian offrait.
Allait-il lui avouer qu'il se lassait déjà de la routine de la terre ferme ? Allait-il lui confier qu'il avait de nouveau soif d'aventures ? Pas d'aventures maritimes, non, mais d'aventures terrestres... Il était doué pour passer le balai, puisqu'il l'avait manié pendant des jours entiers quand il était mousse, mais il était surtout doué pour se battre, et extorquer leurs richesses aux plus faibles. Et cela lui manquait déjà.
- Je suis trop fatigué, répéta-t-il en mordant à pleine dents dans sa pomme verte. Ne peut-on en parler demain ?
- Tu es vraiment trop fatigué ? s'enquit-elle, coquine, et d'un mouvement imperceptible elle dénuda son épaule droite.
- Oh, je garde toujours un peu d'énergie pour ça...
Malgré la puanteur de Jack qui avait passé la journée à patauger dans la crasse, Julie s'était laissée séduire par ce jeune homme crotteux et échevelé, qui, par son passé de pirate, avait des manières bien plus rustres que celle du tendre Victor. Or elle ne demandait qu'à être un peu malmenée, et à goûter à la domination d'un homme digne de ce nom. Suite à leurs premiers ébats, bestiaux plus que passionnés, Jack, vidé de sa substance et à présent doux comme un agneau, se laissa aller à quelques confessions sur l'oreiller de paille qu'elle lui avait confectionné.
- Dis, Julie, ça ne te plairait pas de partir à l'aventure avec moi ? Toi et moi, prenant la route, Dieu seul sait où nous irions... Tels deux brigands, nous traquerions le gibier, dormirions à la belle étoile, et détrousserions les nobles inconnus.
- Comme des bandits de grand chemin ?
- Exactement. Tu pourrais te déguiser en homme, je t'apprendrai à manier le couteau, à piéger les lapins, et à dérober dans les fermes voisines. Ou nous pourrions nous faire passer pour un couple de fermiers, en panne de charrette, et arrêter des quidams pour nous aider à réparer notre roue... avant de leur tomber dessus pour les dépouiller !
Visiblement, il était exalté par cette idée, et Julie avait le regard rêveur, mais elle ne s'enflammait pas autant que lui.
- Dis, Julie, pourquoi ne m'accompagnerais-tu pas ? Rien ne te retient ici...
- Je ne sais pas, Jack, je dois réfléchir...
Elle le quitta au milieu de la nuit, remportant son plateau avec elle et marchait sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller Jullian ni la grosse Gertrudis qui ronflait si fort qu'elle faisait trembler toute la bâtisse.
De son côté, Jack ne s'endormit pas avant que la flamme de la bougie n'ait été soufflé dans la chambre de Julie. Il se demandait s'il n'avait pas eu tort de lui révéler ses plans.
13/10/2008
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