Les pirates se lancent à la recherche de Jack le déserteur qui continue de se cacher à la ferme, protégé par Julie...
Bien que Julie fût maintenant allongée sous ses chaudes couvertures dans la pénombre douillette de sa chambre, elle n'arrivait toujours pas à trouver le sommeil. Le projet de Jack murmuré à son oreille ne finissait plus de lui trotter dans la tête, la faisant frissonner d'excitation et de peur. Pourquoi se le cacher ? Elle avait toujours rêvé d'une vie loin de cette ferme et de sa morne monotonie… Mais de là à choisir une vie de bandits des grands chemins ! ... Bien sûr, Jack l'attirait avec ses airs de mauvais garçon, mais pouvait-on faire confiance à un pirate ? Ne risquait-il pas de l'abandonner au détour d'un chemin ou dans la première ville venue comme on jetterait un vieux panier inutile et usé? Elle pourrait toujours prétendre qu'il l'avait enlevée, mais elle n'était pas bien sûre que cela lui soit d'un grand secours... Finalement, elle sombra dans un sommeil agité et le chant du coq la trouva aussi indécise que la veille.
Pendant ce temps, Jack s'étirait paresseusement sur sa paillasse, encore fourbu de sa journée de travail et de ses ébats nocturnes. La journée promettait d'être longue et il se préparait mentalement à expédier au plus vite les tâches de la matinée pour pouvoir se ménager une petite sieste dans le foin et, si possible avec Julie, dont la peau sucrée lui manquait déjà.
Ses douces rêveries furent brutalement interrompues par le son d'une cavalcade et Jack qui reconnut les soldats à leur uniforme alla se terrer prudemment dans l'étable. Il croisa Julie en chemin, alertée par le bruit, et il lui fit signe de l'oublier pour quelque temps.
La grosse Gertrudis se rua hors de la cuisine pour accueillir les cavaliers en vociférant, une cuillère de bois à la main.
« Non mais qui vous permet d'entrer ainsi chez les gens ??? C'est une propriété privée ici ! Allez-vous-en ou je lâche les chiens ! »
Ils reculèrent légèrement surpris par ce chaleureux accueil, puis se reprirent rapidement : « Silence, mégère ! Nous voulons parler au propriétaire de cette ferme, qu'il se montre ! »
« Mon père est absent, il travaille aux champs pour la journée, dit Julie en s'avançant. Dites nous ce que vous amène ou passez votre chemin. »
L'aplomb de la jeune fille arracha un sifflet d'admiration, muet bien entendu, à Jack qui avait profité de la sortie de Gertrudis pour se glisser dans la cuisine par la porte de derrière et, de là atteindre l'étage. Il avait trouvé un bon poste d'observation, caché derrière les rideaux brodés de la chambre de Julie. Peu de risque qu'on vienne me chercher ici, se disait-il, et dans le pire des cas, il pouvait toujours se cacher dans l'énorme armoire qui occupait un pan entier du mur. Julie y rangeait certainement tous ses habits et une petite plongée dans ses robes et sa lingerie le tentait bien… Mais, dans la cour, celui qui semblait commander les soldats, un grand type barbu à l'air suffisant et dédaigneux que Jack haïssait déjà cordialement, reprit la parole :
« Une bonne correction t'apprendrait la politesse, petite insolente ! dit-il en s'avançant vers Julie l'air menaçant. Remercie le ciel car nous avons mieux à faire en ce moment. Nous chassons du pirate aujourd'hui et il paraîtrait qu'un de ces gibiers de potence se cache par ici ! Un garçon brun avec un médaillon d'argent autour du cou. Il pourrait bien vous égorger dans votre sommeil ! »
Le cœur de Jack se mit à palpiter dans sa poitrine. On l'avait dénoncé ! Mais qui ? Et Julie ? Allait-elle le trahir à son tour ?
« Un pirate ! » répondit-elle d'une voie tremblante, plus effrayée que surprise, mais cela pouvait aisément donner le change aux soldats. Puis elle poursuivit, hésitante : « Un garçon de ferme est arrivé… il y a 2 jours, pour remplacer l'ancien… »
Garçon dont le cœur acquit instantanément les qualités de la pierre et s'enfonçant dans son estomac.
« … mais il est reparti, ce matin. Il a pris la grande route vers le sud… je crois. » finit-elle précipitamment en évitant soigneusement le regard de Gertrudis. Le capitaine ne quittait pas la jeune fille des yeux.
« Tu es sûre ? gronda-t-il. Tu as intérêt à ne pas nous faire perdre notre temps ! »
Il scruta son visage encore un moment, qui parut une éternité à Jack, puis fit faire demi-tour à son cheval et ordonna à ses hommes de suivre la grande route.
Maintenant que le soulagement lui permettait à nouveau de respirer - et de penser, Jack se promit de faire payer sa grossièreté à ce rustre, si d'aventure il le trouvait sur son chemin. « Et ça se permet de donner des leçons de politesse ! » grommela-t-il entre ses dents. Il ne pouvait, pour l'instant, exprimer autrement la gratitude qu'il éprouvait pour Julie. En effet, il comptait bien rester caché le plus longtemps possible afin de rendre la fable de cette dernière plausible. Après tout, la perspective d'attendre ici jusqu'au soir que Julie remontât dans sa chambre et qu'il pût enfin la remercier à sa manière, n'était pas pour lui déplaire... s'il ne mourrait pas de faim d'ici-là.
16/10/2008
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