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La véritable histoire de Jack Sparrow

La véritable histoire de Jack Sparrow - épisode7

La véritable histoire de Jack Sparrow - épisode7

Dans la suite de notre feuilleton du T1, Jack et Julie découvrent un passage secret dans la ferme de Jullian qui les conduit dans un obscur souterrain...


La journée touchait à sa fin et Jack arpentait les larges carreaux de grès de la chambre de Julie, en proie à un agacement sans borne. Du plus lointain de ses souvenirs, jamais il n’avait connu pareille sensation d’enfermement et d’impuissance.
Après avoir passé une petite heure à fouiller les effets de la jeune fille, il avait patienté le reste de sa journée en guettant aux fenêtres telle une donzelle à marier. Et ça, plus que toute autre image, donnait le haut-le-cœur au mâle qu’il était. De grandes enjambées en petits pas calqués sur les lignes du carrelage, Jack avait tout essayé : compter les filles de joie à la place des moutons, prendre mille poses guerrières devant le miroir poli de la jeune fille, se curer les ongles, cracher le plus loin possible par la fenêtre sans être vu de la grosse Gertrudis…
C’est au cours de cette fouille indélicate que son destin avait basculé en même temps que le double-fond de l’armoire de Julie. Il avait tant malmené le panneau de bois en s’efforçant de se ménager une cachette, au cas où ses anciens camarades se montreraient un peu moins stupides qu’à l’accoutumée, que celui-ci avait brutalement coulissé, révélant un trou béant dans la cloison. Jack avait alors inspecté ce qui se révélait être une sorte d’escalier s’enfonçant toujours plus profond dans la maison. En quelques prudentes enjambées, il avait vérifié la solidité des marches et tâté les mûrs pour s’assurer de progresser sans danger. Dès lors, sa décision était prise. Il n’avait que trop traîné à la ferme, il voulait voler de ses propres ailes, dusse-t-il patienter jusqu’à la nuit pour réunir vivres, chandelles et promesses de plaisirs. Mais Dieux, que l’attente était longue !
Les derniers rayons du soleil mourant sur l’horizon lui apportèrent un semblant de réconfort, moins cela dit que le doux bruit du froissement de jupons qui s'amplifiait derrière la cloison. Julie, enfin. Prudent, il attendit tapis dans l’encadrement des rideaux que son hôte ait bien refermé la porte pour l’attirer contre lui en une étreinte des plus charnelles. Il avait la ferme intention de la remercier en lui accordant mille et uns plaisirs pour seul témoignage de sa reconnaissance, mais aussi de sa richesse. Aussi mit-il un point d’honneur à ôter avec une lenteur difficilement maîtrisée chacune des agrafes retenant son corsage, libérant ainsi les frissons qui agitaient toujours plus la peau si douce de sa maîtresse à mesure que ses mains se perdaient dans ses atours. Au loin, un loup hurla dans la pleine lune, étouffant le cri que Julie n’avait pu retenir.
Bientôt cependant, les intonations chargées d’effroi et de reproches de Julie n’avaient plus rien à voir avec les délicieux soupirs d’extase qui l’avait agitée si peu de temps auparavant. Il eut toutes les peines du monde à contenir l’angoisse de la jeune fille, et bien plus encore ses propres ardeurs devant les pommettes si joliment rougies et les sursauts de colère qui faisaient tressaillir ses seins.
Partir était une chose, piller la ferme pour s’enfoncer dans un trou à rats géant en était une autre ! Si pour ce pirate à l’air enjôleur la différence était encore floue, Julie sentait son monde fait de purin et de certitudes basculer tout à coup dans la plus sombre des folies. Et c’est ainsi que, toute à ses réflexions, la jeune fille se voyait empiler miches de pain et saucissons dans une grande besace empruntée pour l’occasion au vieux Jullian. Pourquoi rester, après tout, si c'était pour patauger dans la fange jour après jour sans espoir d’un lendemain un tant soit peu différent?
Elle fit donc mentalement ses adieux à la maisonnée qui l’avait vue naître, s’efforçant d’embrasser chaque détail de sa chambre dans les rayons de l’aube naissante. Jack alluma l’une des chandelles apportées par la jeune fille et se chargea de son énorme balluche. Puis, en prenant bien soin de ne pas aller trop vite pour elle, il s’engouffra dans l’escalier, priant pour qu’elle ne hurle pas à la moindre araignée ou au moindre rat qui ne manquerait pas de venir se frotter contre ses mollets. Mais c’était mal connaître la fermière qui suivait sans broncher la descente dans le souterrain poisseux, avec pour seule lumière celle de Jack, puisqu’ils avaient décidé de refermer l’entrée du passage pour dissimuler leurs traces.
Après une progression qui semblait avoir duré des heures à Julie, Jack souffla brusquement sa bougie et plaqua une paume sur sa bouche, lui intimant l’ordre de rester silencieuse. Au loin, une maigre lueur vacillait dans la noirceur du conduit. D’un geste qui se voulait rassurant, il fit comprendre à son amante qu’il partait en éclaireur. Il se remit en marche, seul, guidé par la lumière blafarde qu’il ne pouvait identifier. Les marches laissèrent place à un sol plat grossièrement taillé dans la roche, alors qu’il se coulait plus tendu que jamais, chaque muscle à l’affût du moindre danger. La lumière grossit enfin jusqu’à révéler l’entrée d’une pièce ronde au centre de laquelle brûlait un grand four qui donna des sueurs froides à Jack. Il laissa ses yeux s’habituer à la lueur malsaine qui émanait de l’âtre avant d’inspecter la pièce. Tout autour de lui semblait voué à un seul but : la torture. Et un corps amaigri retenu aux murs par de lourdes chaînes, la tête tombant sur la poitrine en une immonde parodie de martyr ajoutait au tableau une touche lugubre dont Jack se serait bien passé.


20/10/2008


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