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La véritable histoire de Jack Sparrow

La véritable histoire de Jack Sparrow - épisode8

La véritable histoire de Jack Sparrow - épisode8

Jack est de retour de vacances et découvre un télékinésiste bien particulier dans le souterrain...


 

Jack tendit la main vers le corps torturé en se faisant vaguement la réflexion qu'il régnait une odeur d'œuf pourri dans le cachot. Quand soudain s'éleva une voix d'outre-tombe :

- Pousse-toi gamin! Tu interromps une expérience sans précédent!

Jack fit dignement un bond de dix pieds de haut, les cheveux hérissés comme un chat qu'on vient de menacer de le baigner, peigner et mettre un nœud entre les deux oreilles avant de devoir affronter tous les démons canins de l'enfer. Julie fut la première à réagir. Elle écarta Jack du passage sans ménagement et se précipita au pied du cadavre vindicatif. Son âme d'infirmière se signalait dans son cœur à coups de butoir.

- Oh mon dieu! Vous êtes vivant! Comment peut-on vous délivrer?

- Il n'en est certes pas question M'am, répondit l'homme squelettique en louchant avec admiration vers les atouts juliens. Je suis en train de bouleverser toutes les idées préconçues de ce siècle arriéré. Voilà bien trois semaines que je suis enfermé ici. Ou bien ça pourrait être trois mois en ce qui me concerne. On a tendance à perdre la notion du temps dans ces cellules.

- Pas seulement la notion du temps, se dit Jack en contemplant les yeux fous de l'homme qui roulaient dans ses orbites.

- Voilà donc trois semaines, disais-je, que je repousse les frontières du possible et de l'imaginable un peu plus chaque jour.

Jack et Julie échangèrent un regard mêlé d'horreur et de pitié. L'homme continuait à parler d'une voix gutturale qui s'enflammait progressivement :

- Vous voyez ces œufs devant le mur? Et bien je suis en train de les cuisiner par télékinésie. D'abord je les ai pochés à point. Ca m'a pris deux bonnes semaines: la télékinésie est une science qui demande du temps, de la patience et du savoir-faire. Et à présent, je les emmène doucement mais sûrement vers l'endroit où je suis enchaîné. Les malandrins qui m'ont enfermé ici comptaient me laisser mourir de faim à petit feu mais c'était sans compter sur le pouvoir infini de l'esprit! Ha!

Julie se tapota la tempe avec un doigt à l'intention de Jack, geste qui se transforma en un tapotement sur ses cheveux pour se recoiffer lorsqu'elle s'aperçut que l'homme la dévisageait, soupçonneux. Jack, quant à lui, était perdu dans la contemplation des œufs qui indubitablement pourrissaient au fond du cachot. La solitude, la faim, la soif et le désespoir pouvaient avoir des effets encore plus ravageurs que l'eau de mer sur l'équilibre mental des individus. D'un coup sec et violent de son poignard, Jack rompit le cours de ses rêveries ainsi que les charnières qui retenaient les lourdes chaînes au mur. Pour libérer les poignets du prisonnier de leurs entraves, il faudrait attendre de trouver un forgeron conciliant ou  attaché à la vie. Les deux jeunes gens entrainèrent le prisonnier à leur suite. L'homme offrit d'abord une faible résistance qui consistait à leur donner des coups aussi légers qu'une plume. Julie avait le sentiment que c'était un fantôme qui les empoignait pour tenter de se raccrocher à leurs vies respectives. Puis l'homme les suivit en grommelant contre tous les néophytes qui, à l'air libre comme dans les cachots sous-terrains, bâillonnaient la science.

Ils repassèrent tous les trois par le trou au fond de l'armoire et se retrouvèrent dans la chambre de Julie. Le cadavre vivant avait, au passage, subtilisé un soutien gorge qu'il avait appliqué sur ses yeux depuis trop longtemps habitués à l'obscurité du cachot sous-terrain pour supporter la lumière de la bougie qui terminait sa vie sur la lourde commode en bois en face d'eux. Jack songea que leur nouvel ami n'avait pas perdu tout sens des réalités de la vie quand il le vit inspirer profondément la lingerie avec un sourire béat d'extase. Outrée, Julie voulut lui arracher des mains ses effets personnels malmenés et souillés, mais le malheureux à cause de sa faiblesse vint avec le tissu et tomba directement le nez dans son corsage, ce qui la fit hurler d'indignation.

- Tais-toi, femelle ! souffla Jack en la bâillonnant de sa main vigoureuse. Tu vas réveiller la grosse Gertrudis !

- Ca ne risque pas, grommela-t-elle en retrouvant son calme, alors que l'ancien prisonnier s'était reculé, apeuré devant cette hystérie soudaine.

Elle les regarda tour à tour, l'un, et puis l'autre, et puis elle tonna d'une voix sans appel :

- Bon, entre Jack qui pue l'animal et toi, toi, ... comment t'appelles-tu déjà ?

- Balthazar...

- Balthazar, toi qui pues l'œuf pourri... Quelle infamie, je vais mourir d'asphyxie !

Ni une, ni deux, elle les poussa en toute discrétion dans les couloirs de la bâtisse en direction d'une salle au milieu de laquelle trônait un baquet ovale. Et en cinq minutes, elle y avait versé un fond d'eau - froide bien-sûr, les avait poussé cul par-dessus tête et, pour les forcer à prendre un bain, leur avait jeté un bloc de savon que Jack attrapa au vol.

- Bon, et à présent récurez-vous ! Dieu seul sait quand nous nous baignerons la prochaine fois. Quand vous serez décrottés, nous partirons.

 

Quand Julie eut quitté la pièce, Balthazar se retourna vers Jack, ahuri :

- Partir ? Mais partir où ?

- A l'aventure pardi ! s'exclama Jack, qui entreprit de laver le dos de son compagnon de baignade. C'est vrai que tu sens l'œuf pourri... Moi c'est Jack, pirate terre et mer pour vous servir. Et la furie qui vient de disparaître, c'est Julie, la jolie fille du fermier Jullian.

- Ah Jullian, ce gueux ! Ce maniaque ! Ce pervers ! C'est lui qui m'a fait enfermer là-dessous. J'ai eu le malheur d'entrer dans la ferme pour lui proposer mes services de voyance et horoscope en échange d'un peu de lait frais. Mais quand j'ai eu le malheur de lui annoncer que dans les trois mois à venir son grand benêt de Victor aurait fugué et que sa ferme aurait été pillée, il m'a fait enchaîner au fond de ces catacombes puantes en compagnie des cadavres de la famille enterrés là-dessous depuis des générations ! Et non content de me laisser croupir là avec pour seule distraction ces œufs qui auraient dû me faire subir un supplice de Tantale, il venait régulièrement me torturer avec ses fers et ses fouets !

En guise de preuve, Balthazar exhiba des marques sur ses fesses rachitiques. Jullian l'avait marqué comme il marquait son bétail, comme un vulgaire esclave, d'un signe cabalistique qui devait symboliser une certaine société secrète à laquelle Jullian devait vouer un culte.

- Il venait seul ? interrogea Jack, qui avait entrepris de se laver convenablement, sous les aisselles et entre les cuisses, pour plaire à sa douce.

- Non, il descendait avec des initiés, et ils dansaient tous autour du grand four, en chantant des signes incompréhensibles. Ils amenaient de lourds sacs avec eux jusqu'au fond de la grotte, et ils les cachaient dans la paroi rocheuse.

 

Illuminé, Jack bondit hors du bain comme un diable sort de sa boîte, et tira Balthazar par le bras.

- Il faut qu'on y retourne !

- Ah non, toi peut-être, mais moi sûrement pas !

- Si si, il y a un trésor caché là-dessous, j'en suis sûr ! Et tu vas voir que ta prédiction va se réaliser. Voici mon plan : d'ici le lever du soleil, nous pillons son cachot, ainsi que le reste de la ferme s'il y a quelque chose d'autre à embarquer, puis nous prenons nos jambes à notre coup. Et tu viens avec nous. Un prophète bonimenteur spécialiste ès télékinésie et astrologie ne peut que nous être utile dans notre aventure.

Jack se voyait déjà, conduisant fièrement une roulotte, avec une inscription en lettres majuscules sur la toile : « Avec Balthazar, suivez votre bonne étoile. » Et lui qui tonitruerait : « Venez consulter Balthazar et ses augures, prédictions astrales pas chères, art divinatoire et présages en tout genre ! »

Les paysans paieraient pour savoir quand leur vache accoucherait ou si la prochaine récolte serait bonne. Et dans les villes, ce serait bombance ! Les bourgeois se presseraient aux portes de sa roulotte pour se faire tirer les cartes et lire l'avenir dans les cœurs de poulets. Ils achèteraient cher leurs grigris, pattes de lapins à suspendre dans leur calèche, ou plumes attrape-rêves pour le dessus de leur lit. La belle Julie les appâterait avec ses atouts féminins, légèrement vêtue d'une toge bleue transparente, quitte à réaliser même quelque danse exotique et sensuelle pour les hébéter, et lui les détrousserait sans aucune violence, puisqu'ils seraient consentants pour verser leurs économies dans leur caisse de diseurs de bonne aventure. Et si le succès était au rendez-vous, ils pourraient même se diversifier dans les activités de shampoing miracle pour les chauves désespérés, ou les breuvages infâmes mais si efficaces pour soigner le rhume et la syphilis d'un seul coup !

 

Oh oui, l'avenir de la petite bande de bandits vagabonds s'annonçait radieux !

 


01/11/2008


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