En cherchant le trésor, Jack tombe nez à nez avec de vieilles connaissances qu'il aurait bien aimé éviter...
« Je vais crever dans ce trou à rats ! » se disait Jack en glissant dans le gouffre dissimulé sous la terre meuble. « Tu parles d'un trésor ! je me demaaaaaaaaaaaaaaande... » laissa-t-il s'échapper au moment même où il atterri, tel un pantin désarticulé, sur un sol bien trop dur pour son postérieur. Il commença à passer un à un en revue ses membres endoloris avant de se risquer à un quelconque mouvement trop brusque. Julie, déjà, accourrait à son secours, trébuchant sur les pierres et précipitant du même coup quelques petits cailloux que Jack se reçu en plein sur la tête.
- Hey ! C'est pas la peine de provoquer un éboulement quand même. Vous ne pouvez pas aller me chercher une corde et une torche plutôt ?
- Oups, pardon. Je... je vais te trouver ça bégaya Julie avant de disparaître en direction de la ferme, Balthazar sur ses talons.
Pendant ce temps-là, Jack entreprit de frotter une allumette contre sa botte pour prendre meilleure connaissance de sa geôle. Il se releva doucement et se mit à inspecter les murs de pierre qui l'entouraient, à la lumière blafarde de ses allumettes qui, décidemment, ne lui laissaient que peu le temps de comprendre où il avait atterri. Il lui sembla bientôt entendre le bruit étouffé d'une respiration toute proche. Jack se raidit, en même temps que sa dernière allumette vint à mourir sous ses doigts. Soudain, un formidable coup de poing l'atteignit en pleine joue et le fit rebondir sur le mur, hagard et incapable de repérer son agresseur qui devait se déplacer avec une agilité surprenante pour l'avoir ainsi surpris. Un deuxième coup dans le ventre ne lui laissa plus de doute sur les intentions de son adversaire. Jack reteint son souffle et banda les muscles, bien décidé à faire mordre la poussière à celui qui l'avait si bassement attaqué. Il accueillit le troisième assaut en faisant basculer l'homme par une prise en traître, vieux réflexe de piraterie. S'en suivit alors une lutte acharnée, bientôt mêlée de jurons de non pas un mais trois à cinq agresseurs au moins !
Heureusement pour Jack, Julie, déjà de retour avec le matériel, précipita l'issue du combat grâce à une tonitruant « Qu'est-ce qui se passe là-dedans ? » accompagné d'un mouvement circulaire de la torche qui révéla aux yeux de Jack toute l'absurdité de la scène. Julie n'en croyait pas ses yeux :
- Victor ! Jack ! Mais qu'est-ce qui vous prend ?
Jack agrippé au poignet de son ancien camarade, lui maintenait la tête basse en tirant sur ses cheveux pendant que le pauvre Victor s'évertuait à cribler de coups de poing le ventre du pirate. Autour d'eux, quatre hommes encapuchonnés de noir s'avançaient, menaçants, une longue dague recourbée à la main. Enfin conscients du danger qui les entourait, Jack et Victor se relevèrent mutuellement et, dos à dos, firent face à leurs adversaire. Balthazar, soudain ragaillardi, sauta sur le plus isolé d'entre eux, sonnant le début d'une belle mêlée. Julie lança quelques pierres avec adresse qui laissèrent l'un des hommes assommé sur le sol. Balthazar avait un style très personnel : il mordait tout ce qui passait à portée en poussant des hurlements de dément qui couvraient même les cris de ses victimes. Victor avait malheureusement hérité du plus rapide des encapuchonnés et comptait déjà de nombreuses plaies. Mais l'acharnement qu'il mettait à couvrir son ennemi d'estafilades était tel que l'autre reculait bientôt, déjà moins certain de sa victoire. Quant à Jack, Julie ne se lassait pas d'admirer les prouesses guerrières de son bel amant. En une très belle passe, il tourna le dos à son adversaire qui se précipita sur sa gorge, le souleva littéralement de terre et l'envoya valser sur le mur de l'autre côté de la pièce. Puis il vint en aide à Victor, alors que Balthazar achevait de fouiller les poches de son adversaire, salement amoché. Julie les rappela à la réalité en leur envoyant la corde qu'elle avait pris soin d'arrimer solidement. Quelques instants plus tard, les trois jeunes gens dévisageaient Victor, avec dans les yeux mille et une questions à poser.
Mais ce dernier avait un autre ordre de priorité :
« Boucher ! Le trou !! » articula-t-il entre deux inspirations et trois brassées de terre jetées dans l'orifice d'où provenaient les ahanements des agresseurs essayant de s'extirper du piège. Médusés, les 3 autres le regardèrent s'escrimer comme un forcené.
Ils se reprirent rapidement : toutes leurs questions, un instant oubliées, fusèrent en même temps. Dans cette bouillie sonore, seuls quelques « Victor ! ... là ? Qui ... Sauvages !... Pourquoi ? .... Comment !?» restèrent compréhensibles et un « On mange quand ? » de Balthazar qui visiblement revenait à cette question essentielle dès que la situation le dépassait.
Mais comme il apparu bientôt que rien n'atteindrait Victor tant qu'il n'aurait pas terrassé ses ennemis, ils se mirent tous à l'ouvrage, jetant tout ce qui leur passait sous la main : cailloux, torches, chaînes et œufs pourris... Puis, à cours de munitions, il fallut inventer un stratagème pour détourner Victor de son projet d'enfouissement : « Ça suffit comme cela ! lança Julie. Plaçons plutôt la table de torture sur ce trou et filons ! »
« Oui mais avec le trésor ! » renchérit Jack qui lui aussi poursuivait son idée fixe.
Dès qu'ils se furent exécutés, Julie attrapa Victor et Jack les sacs, non sans s'en empiler quelques-uns sur les bras de Balthazar et ils se dirigèrent tant bien que mal vers l'hypothétique sortie. Ce nouveau tunnel, bien plus long que le premier, montait faiblement mais régulièrement, signe plutôt positif pour nos compagnons. Leurs espoirs se matérialisèrent finalement sous la forme d'une échelle. Découverte plutôt rude pour Jack qui menait la marche et qui la percuta de plein fouet.
« Une sortie ! Enfin ! » souffla Julie dans un soupir de soulagement. Elle se mit aussitôt à la gravir, prenant appui sur les sacs qui étaient tombés avec Jack. Elle tenait toujours fermement Victor qui fut contraint de la suivre, mais le sac sur lequel il marcha s'avéra le dos de Jack, qui rugit de douleur tout en continuant à rassembler son ancien chargement.
En haut de l'échelle, Julie souleva une trappe et atterrit... dans une salle sombre et humide qui, de toute apparence, devait être une cave. La seule différence notable avec un cachot était la présence de tonneaux et d'étagères, les barreaux aux fenêtres faisant, eux, partie du décor. Après s'être assurés que personne ne viendrait les déranger (en roulant un tonneau sur la trappe et un autre devant la porte, bien que le danger semblât minime de ce côté au vue de l'uniforme couche de poussière qui recouvrait le sol et les objets), ils purent enfin reporter leur attention sur Victor. Ce dernier semblait reprendre ses esprits, à savoir qu'il avait cessé de lancer des coups de poing et des imprécations sur d'invisibles poursuivants. Quand le flot de questions fut un peu tari, il leur résuma brièvement ses aventures : comment il avait trouvé le bateau et proposé l'échange au capitaine, capitaine qui ne goûta pas vraiment la plaisanterie et qui menaça de le pendre par les pieds s'il ne ramenait pas la preuve qu'il était un vrai pirate, preuve en espèce sonnante et trébuchante de préférence... Après un moment de désespoir et de regret pour la bouse de vache, Victor se souvint alors du trésor et des souterrains. Il les avait découverts un jour par hasard et il lui arrivait de les utiliser depuis, mais pas pour espionner la chambre de Julie, jura-t-il sous le regard incendiaire et une grêle de coups de la jeune fille. Pour échapper à une mort particulièrement douloureuse, il avait donc promis de conduire les pirates au trésor... Avec la ferme intention de les perdre dans les galeries et de partir bien loin et bien seul avec les sacs d'or ! Et c'est là que Jack leur était tombé dessus.... Ce dernier avait d'ailleurs un peu perdu de son entrain et de son assurance en apprenant la proximité des pirates, mais il se détendit après que Victor lui eût assuré par trois fois que le capitaine ne faisait pas parti de l'expédition.
Balthazar, peu concerné par toutes ces explications, entreprit d'explorer les étagères avoisinantes et revient bientôt avec un bocal de cornichons qu'il dégusta pendant que Jack et Julie racontaient à leur tour leurs péripéties.
Une fois les retrouvailles terminées, notre petite bande poussa plus loin ses investigations. Savoir qu'on était dans une cave, c'est bien, mais savoir quelle cave de quelle ville, village, hameau, c'est mieux. Jack fut envoyé en éclaireur et alors qu'il s'approchait du rez-de-chaussée, une musique et une odeur familière vinrent frapper son ouïe et son odorat. Avant même d'entendre la grosse voix de Mme 50%, il comprit qu'ils avaient tout bonnement atterri dans la cave du bordel - et maintenant il avait sa petite idée sur le but des promenades souterraines de Victor... Mais comment allaient-t-ils sortir discrètement de là ?
18/11/2008
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