Une fois échappés de la maison close, notre groupe de voleurs de trésor s'enfuit dans la forêt, bien décidé à semer les pirates à leurs trousses...
Compte tenu de l'heure avancée de la nuit, la fête dans la maison close battait son plein. Caché sous l'escalier du rez de chaussée, Jack vit passer devant lui une ronde fesse blanche qu'il aurait volontiers attrapé et croqué, mais il ne souhaitait pas attiré sur lui l'attention de toute la maisonnée.
Il observa les filles en tenue légère qui sautillaient vers le premier en poussant de petits rires aigus, poursuivies par de vieux satyres un peu ivres, ou par de jeunes hommes pré-pubères venus se déniaiser en compagnie de leurs aînés. Quand la farandole fut passée, il se glissa de nouveau vers la porte de la cave, et alla informer ses amis.
- Diantre ! s'exclama Balthazar. De l'alcool et des femmes ! Voilà l'occasion de passer une belle nuit. Qui plus est, nous avons de quoi nous le payer !
- Pas question de dépenser une seule pièce du trésor dans ces chairs avariées ! gronda Jack. J'en connais de plus douces, et je vous y conduirai, si vous m'aidez à sortir tous nos sacs de là.
Il commençait à entrevoir le pire : chacun désirant suivre son chemin en emportant un sac de pièces d'or avec lui, alors il cherchait le moyen de les garder tous groupés pour s'approprier l'intégralité du trésor à un moment de moindre vigilance...
- Allez, en avant moussaillons ! reprit-il, sans leur laisser le temps de réfléchir. Sortons d'ici, prenons une cariole et filons.
Les quatre compères se ruèrent dans un grand fracas vers la porte d'entrée de la maison, sacs d'or sur le dos, Julie devant, Balthazar à la traîne.
Leurs yeux brillèrent à la vue de la file une de chariots garés dans la rue boueuse où se trouvait le bordel. Instinctivement, Jack se jeta dans le premier, le plus grand avec les deux plus beaux chevaux, pour ce qu'il pouvait en distinguer dans la faible lueur des lampes jaunes, mais Victor l'arrêta, ne reconnaissant que trop bien le véhicule familier.
- Malheur, notre père est là ! S'il nous voit en possession de son pécule durement accumulé...
- Je n'ose même pas imaginer comment il est entré en possession de tout cet or, souffla Julie.
- N'oublie pas qu'il est venu t'espionner la nuit dans ta chambre par le fond de ton armoire... ricana Jack, taquin.
Immédiatement, elle changea d'avis.
- Bon, d'accord, alors quitte à lui voler son or, prenons aussi sa charrette pour le transporter.
Ils chargèrent les sacs et s'installèrent, Julie et Balthazar sous la bâche blanche à l'arrière, Jack et Victor à l'avant, près à fouetter les chevaux endormis.
Ils n'avaient pas roulé depuis dix minutes, à vive allure pourtant et sans vraiment savoir où ils allaient dans cette nuit noire, avançant au gré de l'humeur des chevaux et des coups de rennes de Victor, qu'ils entendirent des coups de sabots qui martelaient le sol du chemin derrière eux. Quatre ou six chevaux lancés au galop hénissaient dans l'obscurité, et Julie se mit à paniquer :
- Les pirates ! Ils nous poursuivent !
- Je crois que plutôt que c'est Jullian qui nous en veut pour l'emprunt du chariot...
- Je ne veux pas le savoir ! s'agaça Jack, face à toutes ses jérémiades. Balthazar, descend, va leur faire un tour de passe passe pour les retenir, pendant que nous allons nous cacher dans ces fourrés. Nous reviendrons te chercher quand ils seront partis.
D'un bond, Jack sauta à l'arrière de la cariole et attrapa Balthazar par le col de ses haillons, et le jeta sur le sol terreux.
- Allez, on compte sur toi !
Ni une, ni deux, Balthazar, trop content de pouvoir faire une démonstration magistrale de ses dons et de sa science occulte, leva le menton avec fierté et entreprit d'attendre les poursuivants pendant que Victor menait précautionneusement le chariot dans le petit bois avoisinant avec les chevaux au pas.
- Qu'est-ce que tu fais, bougre d'imbécile, murmura Jack avec une voix non moins furieuse. Reste sur la route principale et fouette les chevaux !
- Mais... Balthazar ... ?
- Allons, nous n'avons que faire de ce mage embarrassant et gringalet, il ne nous est d'aucune utilité. Fuyons tant que nous en avons l'occasion !
Docile, Victor remit les chevaux au galot et récupéra la route. Et un de moins pour vouloir se partager l'or ! songea Jack, avec un sourire de satisfaction devant tant d'intelligence malicieuse de sa part. Mais Victor commençait à se méfier, craignant que le beau pirate que sa sœur regardait avec des yeux de merlan frit, ne les abandonne à leur tour quand leur compagnie deviendrait superflue...
23/11/2008
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