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Mlle Boulette au Japon

Dimanche 9 et Lundi 10 juillet : deux jours et une nuit bleu/blanche/rouge

Dimanche 9 et Lundi 10 juillet : deux jours et une nuit bleu/blanche/rouge

Un double épisode qui rassasiera les plus grandes soifs des aventures de notre japonaise d'adoption !


Matinée bien tranquille, des toasts délicieux au petit déjeuner, puis je fais découvrir à ma famille le meilleur manga du moment, Naruto (un peu un comble, vu que c'est japonais) et dors aussi en fin de matinée, histoire de prendre de l'avance sur ce soir, où je ne vais pas dormir.


13h00. Keita commence à bouder bien fort et à faire une crise. Je me doutais que pour ce gamin de 8 ans, rester une semaine sans broncher c'était trop demander. Vu sa tête de dictateur irascible et colérique, je le croyais tout à fait capable de faire un énorme caprice. Pas loupé. J'ai beaucoup d'intuition pour ces choses. Par contre, les chiffres du loto, je cherche toujours.


13h30. Akihiko essaie de le calmer à la japonaise: doucement au départ, puis lorsque le gamin commence à taper son père, avec une bonne fessée qui met fin à toute discussion mais ouvre les portes d'un concert de larmes interminable. Nous montons dans la voiture pour aller je ne sais où. Keita boude et pleurniche, c'est le cas de le dire, aujourd'hui il a décidé d'être casse-couilles.


14h30. Nous sortons de la voiture, et attendons un instant pour traverser la voie ferrée, le temps que le train passe. Une fois la barrière relevée, nous nous engageons, mais seulement deux secondes plus tard, le signal d'un train se fait à nouveau entendre. Il suffit de nous dépêcher, sauf que le voiture en face de nous, qui prend toute la place et n'est même pas encore sur la voie, a décidé de traverser et de nous laisser mourir ici, écrasés, dans un coin pommé. Nous faisons le forcing, courrons. J'ai peur, car déjà que je n'ai pas confiance dans le système ferroviaire français qui pourtant a l'air pas trop mal, celui du Japon parait largement rudimentaire, si ce n'est rustique, voire antique. Cet épisode a de quoi accélérer les battements de mon petit coeur trouillard. Evidemment nous survécûmes à cette épreuve divine, sinon qui vous raconterait tout çà?


14h45. Nous grimpons depuis un quart d'heure une petite montagne, sur un chemin certes goudronné mais terriblement pentu. Je suis en nage, essoufflée, lessivée, vu que mes grosses et feignantes de fesses ont refusé catégoriquement cette année de pratiquer un peu de sport (cela fait donc trois ans que je n'en fais pas et me la coule douce).


15h00. Nous arrivons à un joli bâtiment, mais pas assez joli, me dis-je, pour mériter une telle ascension. L'ancienne distillerie Asahi (n° 1 de la bière au Japon et dans le coeur de Akihiko, qui ne vit une journée dans la jungle d'Hirakata sans en boire au minimum une par jour) abrite désormais un musée des arts de la table. Au sous-sol, 5 toiles de Monet, inédites en France, et pour les contempler je dois me défaire de mon chewing-gum, alors que les gamins se baladent avec leurs chapeaux (ils sont fous ces Japonais!). J'en profite pour montrer avec charme et professionnalisme mes talents d'hôtesse d'accueil de galerie d'art (oui j'ai fait beaucoup de choses dans ma vie) en leur donnant deux ou trois infos sur Monet, les impressionnistes, la peinture française; bref je me la pète grave (alors qu'il n'y a pas non plus de quoi fouetter un chat). Ça les impressionne beaucoup.

Le reste du musée ne contient que des assiettes et des bols en verre. La vaisselle est somptueuse, mais bon, au bout de 10 minutes, ça donne vraiment faim.


16h00. Après la petite symphonie jouée par un polygraphe allemand (curieux), nous nous installons à la terrasse. J'engloutis le verre d'eau fraîche en une gorgée, et veut commander un petit gâteau. Bien entendu, comme je n'ai pas la poisse, il ne reste plus que celui au vin (qui doit être très mauvais); et je fais une fois de plus une croix sur le gâteau au chocolat, dépitée.


16h30. Chez les parents de Yoko. Pour rentrer je suis la seule à devoir mettre des chaussons; mes pieds ne sont peut-être pas assez purs pour toucher le sol des grands parents (le concept de kitch pour les maisons de vieux est bien universel, j'ai l'impression d'être chez ma mamie). Je regarde les photos du père, qui est allée en France il y a vingt ans. Puis avec Aki, Sakurako et son grand père nous allons au temple tout proche. Nous emportons du pain de mie, pourquoi, je me le demande, mais nous oublions les appareils photos. Le temple est entouré d'un minuscule cours d'eau, où des brochets énormes désirent manger, d'où le pain. Il y en a un plus malin que les autres, qui a trouvé la technique au poil: il ouvre la bouche en grand et attend qu'on lui donne la béquée. Les petites tortues galères pour chopper des morceaux, mais elles sont lentes aussi ces nulles. J'essaie quand même de leur donner du pain, les appelle “kame, kame” (vous vous demandez pourquoi la technique de Tortue Géniale dans Dragon Ball c'est le Kamehameha? Bien tortue c'est kame en japonais, par contre ne m'en demandez pas trop, le hameha, aucune idée). Le temple est peu intéressant car il a été transformé en musée municipal, et je ne comprends toujours pas un mot de ce qui est écrit en kanji.


17h30. On mange. Il est tôt, mais vu que je n'ai pas eu de gâteau au chocolat, je veux m'empiffrer, et ça, je le fais très bien. Il y a plein de bonnes choses à manger sur la pierrade, viande, légumes et autres, et on finit avec des fruits devant la télé qui nous montre des sumos bien gras. La culpabilité de ce bon repas est immédiate, je me suis gavée comme une oie, et me sens donc très mal à la vue de ces corps monstrueux de graisse. Je demande à Sakurako si elle aime les sumos, dieu merci non, ça l'écoeure plutôt. Une japonaise au moins qui n'en est pas dingue.


18h15. On rentre. Je vais me coucher quelques heures, pour avoir un peu de sommeil dans les pattes. Tu parles! Je ne dors pas, me retourne sans cesse et me lèves même une heure avant en croyant que je dois y aller. Navrant.


22h50. Akihiko m'amène à la gare de Nagao, pour que je prenne le bus. Il a un peu peur, pas que je fasse une nuit blanche, car ma famille est fun contrairement aux autres qui croient que le malheur s'abattra sur nous si nous ne dormons pas, mais de me laisser seule dans le centre ville à minuit. Mais bon, tout ira bien, le Ring est à 100 mètres à peine de l'arrêt de bus.


23h25. J'ai 35 minutes d'avance. J'arrive au Ring, pas un Essec. J'essaie de déglutir quelques mots de japonais à la grosse employée de l'accueil qui ne parle du tout anglais. Elle me fait comprendre que je dois poser mes fesses en face, dans l'entrée et ne pas en bouger avant l'heure, en attendant les autres. Bref je vais me faire chier pendant une demi heure.


23h40. Sarah arrive et me sauve. On se fait le drapeau bleu/blanc/rose sur les joues (je n'avais pas de rouge). Top classe.


00h00. Tout le monde est là, 18 étudiants sur les 22. Pas mal. Remplissage de fiches, puis ruade sur les fauteuils massant, le karaoké et Internet. Je pars à la recherche de Dragon Ball (vu que je connais par coeur, autant apprendre du vocabulaire et s'amuser). J'embête Yumi, puis le type sympa de la fondation pendant dix bonnes minutes: ces crétins du Ring n'ont pas DB, le meilleur manga jamais dessiné, le best seller. Je vais sur le fauteuil massant pour faire passer ma frustration et mon début de colère. J'appuie sur tous les boutons, dont celui qui fait n'importe quoi avec mon cou et mon dos. Je sors vite de ce siège de torture. Bon, ça commence vraiment bien.

Billard, ça faisait longtemps, puis ping-pong, même combat. Deux minutes dans la salle de karaoké où il ne règne pas la joyeuse ambiance de la dernière fois. Ben c'est l'heure, moi qui pensais que ce serait long.


03h00. Le match. On se refait toutes le drapeau tricolore. Je jure comme une charretière et retrouve en un rien de temps mon vocacle de paysanne. Je ressemble très vite à un gros alcolo et traite de “grosse merde” (mon tic de langage du moment, j'adore le dire, bine que cela soit loin d'être distingué pour une fille) tous les joueurs de l'équipe de France, Zidane en particulier, qui aurait du emmener son déambulateur histoire d'aller encore moins vite sur le terrain. J'aime bien ce match, long, animé, coup de tête de Zizou (?), prolongations, penalty, on perd (évidemment?). Un vrai match quoi. Je regrette par contre d'avoir voulu que Trézéguet, que j'adore, rentre sur le terrain. Ce crétin pas fini loupe son penalty, quand moi j'en rentrerai trois. (Oui, bon). Enfin, une nuit bien tourmentée, mais on s'est tellement bien amusé.


06h00. Démotivés, fatigués, penauds, la … entre les jambes pour les garçons, nous ne savons quoi faire. J'aurai bien pris une douche, mais le Ring ferme. On cherche un café ouvert. Y'a que le MC Do, qui ne fait pas trop couleur locale (quoi que le nom est écrit en japonais), mais qui propose une terrasse au frais et des boissons chaudes.


07h00. On parle de cul, de tout et de rien. Je ne ressens pas trop la fatigue pour l'instant, c'est bizarre.


08h00. Je profite des toilettes pour me laver les cheveux dans le minuscule lavabo, la grosse mission galère. Mais sans cela, ils seraient sûrement tombés dans la journée. Je hais cette humidité qui fait regresser mes cheveux trop vite. Maintenant je comprends Kate Moss dans la pub L'Oréal.


08h45. On part pour la gare, la journée commence vraiment, et va être longue, mais heureusement plus qu'intéressante: initiation à la culture japonaise en kimono toute la journée.


09h00. On enchaîne direct. Pas de repos pour les guerriers, on se rend dans un petit temple/salle municipale (je sais pas trop) tout près mais la côte pour y accéder me rappelle des souvenirs bien trop frais, et il fait déjà 30°, plus l'infernale humidité. Je suis en nage en arrivant.


09h15. Je me trompe de salle, et vais à l'étage, m'assoies autour de bonnes femmes ahuries, finis par me demander ce que je fiche ici, et demande si c'est bien là que je dois me trouver en ce moment. Non, donc je redescends, rejoins les autres et m'assoies cette fois ci avec eux, discrète. Bien sur je fais partie du groupe B, celui qui ne mettra les kimonos qu'après l'activité du matin. Donc là c'est Ikebana (art de la composition florale) puis origami (pliage des papiers). Je me débrouille bien dans les deux activités, mais renverse l'eau des fleurs sur la table, ce qui fait rire certains de mes copains, mais pas trop les dames avec nous.


10h30. On met enfin le kimono (yukata en fait, kimono léger d'été). Une dame jolie et sévère s'occupe de moi et m'enfile mon kimono avec précision et fermeté. Ça met une bonne demi heure. J'ai donc le plus beau yukata, noir avec des fleurs rose de sakura (cerisier, l'arbre du Japon), mais plus épais et donc plus chaud que les autres. Mon obi (ceinture) est rose pale, magnifiquement noué, malgré les nombreux “muzukashii desune” (c'est difficile à mettre) de ma ‘costumière', et j'ai même le petit sac assorti, et les chaussures japonaises qui ne font pas mal, mais qui sont presque impossibles à enfiler tant elles sont serrées. Vraiment, j'ai trop de chance, d'autant que ma famille m'a tout offert (en plus le kimono coûte les yeux de la tête), alors que la plupart de filles devront rendre le leur à la fin de la journée.


11h00. Photo, nous jouons aux geishas et aux riches japonais qui se les offrent. Puis cérémonie du thé. C'est très long de regarder tout ça, puis sympa mais un peu barbant de le refaire nous même après, deux fois (il faut jouer d'abord le rôle de l'invité, ensuite celui du maître du thé). Par contre, les friandises sucrées sont extra cette fois (j'avais peur de renouveler l'horreur de dimanche dernier à Uji). Rester assise à la japonaise fait très mal, je ne me tiens pas correctement à cause de l'envie d'aller aux toilettes, et je commence à avoir faim.


12h00. Libération. Pipi et sandwich. Après le repas peu frugal, j'aide Charlotte à faire le forcing auprès de sa mère d'accueil pour qu'elle garde le kimono, sans succès.


13h00. Musique japonaise. C'est tellement beau que je m'assoupis doucement. Mais chanter la Marseillaise avec ces espèces de guitares traditionnelles posées au sol est très surréaliste. On ne rattrape pas le fiasco du match qui est toujours en travers de notre gorge, mais on moins on la chante tous, pas comme ces gros nuls qui sont tout sauf fiers de leur hymne national (violent et sanglant, j'adore). Les filles jouent ensuite de cette guitare (kato) qui est bien plus simple que l'européenne, et les garçons s'époumonent dans une flûte qui ne veut lâcher aucun son.


14h30. Nous montons rejoindre les garçons pour la danse traditionnelle qui ressemble à une macarena tronquée pour des enfants sous doués. On rigole bien.


15h00. Tout le monde enlève son kimono, mais moi j'ai envie de le garder pour le montrer à ma famille (oui aussi pour faire ma crâneuse comme on dirait au CP). Je demande de l'aide pour le resserrer, mais la dame ne comprends pas et commence à me le défaire, alors que je suis dans la salle où se changent les garçons (je n'y étais entrée que pour prendre mes sacs), qui se mettent à hurler Striptease et à chanter des chanson paillardes qui feraient rougir voire choqueraient les Japonaises. Je m'excuse vite auprès de la dame, ne veut pas l'enlever, mais bien le remettre.


15h15. Je sors de la salle municipale, après avoir expliqué 1000 fois à toutes les femmes de l'association qui m'avait tripotée toute la journée pour resserrer mon kimono à coup de “kirei” (il est beau) et de “kawai” (elle est jolie) pourquoi je veux le garder, ce kimono dans lequel j'étouffe misérablement. Nous allons donc chez Charlotte, chequons nos mails (moi toujours rien, à croire que les mails n'arrivent pas jusqu'au Japon par je ne sais quel miracle) et envoyons les photos du jour à nos chéris respectifs. Charlotte va faire des courses et me laisse une petite heure dormir sur son lit immense et moelleux.


16h45. Je vais à la gare, et en chemin les Japonais me regardent très étonnés: je suis une curieuse attraction, peut-être même choquante. Une européenne dans un kimono, non mais c'est d'un ridicule (surtout avec un sac à dos, quoique je le porte à la main). Je prends vite le bus et me repose à l'intérieur.


17h30. Yoko est là dès que je descends du bus, dieu merci. Elle se jette sur moi, prends mes sacs et me donne du kirei, sugoi (c'est super). Je lui raconte toute fière ma journée. Elle est ravie, tout comme je l'espérais. Qu'elle est adorable.


17h45. Je refais l'ikebana chez Yoko et explique sa signification (les amants, la voie lactée, les beaux nuages…) Keita rentre peu après de l'école et découvre la Japonaise qui se cache en moi, et rougit, très impressionné. Sakurako arrive un peu plus tard, même réaction. Nous prenons des photos, je quitte le kimono pour le jeans après une douche extraordinairement apaisante et bienvenue.


19h30. Dîner. Je voulais manger peu, et pour la première fois ce n'est pas très bon: riz sucré, poisson bizarre. Tant mieux. J'avale la soupe miso, et vais me coucher.


21h00. Mes paupières de petite joueuse sont closes, et je ne compte pas les rouvrir avant demain 8h00. Effet immédiat de la nuit blanche, je dors comme un bébé.


Grosse bourde: 0, reine de la journée. (Enfin on peut rêver)

Petite boulette: 1, mais l'eau cause bien peu de dégâts, mais avec la fatigue, je me demande comment j'ai réussi à en faire si peu.

Heures de sommeil: 2/3 mais pas très reposantes.

Gros mots: mon dieu, des tonnes et des tonnes, j'en reviens pas à quel point je suis vulgaire (déjà qu'à la normale je n'ai pas l'air d'une princesse)

Image auprès des enfants: Enfin une réaction positive. Si j'avais su qu'il fallait que je me déguise pour qu'ils m'aiment bien!


30/08/2006


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