Mlle Boulette au Japon, épisode 7. Mlle Boulette va au bowling, loupe le bus et offense un train entier de japonais... Mais comment fait-elle ?
Lire l'épisode 6 7h00 (environ) : la première nuit formidable au Japon. Ecroulée comme une masse après un minuscule mais intéressant chapitre de mon roman japonais médiéval, je m'étais endormie vers 11h00 pour me réveiller aux alentours de 7, bien reposée.
8h00 : après un peu de repos et de détente sous ma couette à la bonne température (ça encore ça n'était pas arrivé), je me lève.
8h53. Je loupe le bus. Nous parlions avec Yoko, et du coup nous n'avons pas fait attention que le bus était déjà arrivé, avait attendu quelques minutes (très courtes) et avait filé. Yoko s'excuse, à grands renforts de « Sumimasen », mais sourit. J'ai une grosse heure d'avance, cela ne fait rien.
10h00. Bonne nouvelle, le cours de japonais de ce matin sera légèrement interrompu par le visionnage d'une vidéo en anglais sur les Japonais en société et dans l'entreprise. Nous n'apprenons pas grand-chose, à part que les Japonais disent oui à tout va, même quand ils ne comprennent pas, et que les quiproquos peuvent prendre des proportions gigantesques. Je suis très heureuse de l'apprendre, moi qui persiste et signe mes bêtises, même orales tant qu'une âme charitable de m'arrête pas.
10h30. Cours face à face. Peu intéressant, pas vraiment chiant, car je révise les formules de politesse et en profite pour demander du vocabulaire (oui, que je n'apprendrai pas, mais il n'est pas interdit de faire semblant, ou d'avoir une volonté très frivole).
12h00. Recherche d'un restaurant, nous avons le temps. Nous choisissons le curry, que je goûte pour la première fois. Epicé, moi qui aime le fade ! Un moment sympa ensemble, entre Charlotte qui a pris un menu enfant (si je mangeais autant qu'elle, peut-être aussi aurais-je sa taille de guêpe), Nam Phuong, Christophe (qui partage mon désarroi d'avoir perdu temporairement sa moitié), Rémi (qui est moitié/moitié, français et japonais) et Jean-Baptiste.
14h00. Train pour Makino. Plein de jeunes chelous et de filles hystériques. Je veux dormir, mais il s'avère que Makino est un quartier d'Hirakata, nous y sommes en trois stations. Et les Japonais bizarres ne sont autres que les étudiants avec lesquels nous allons jouer au bowling.
14h30. Les organisateurs nous trimballent depuis un bon quart d'heure autour d'un bâtiment qui semble être le bowling. Peut-être ne connaissent-ils pas la formule magique pour entrer.
15h00. Chaussons les chaussures, mettons du temps à trouver une boule format boulette (mes bras sont ridiculement petits et non musclés, j'en ai honte, mais bon, un sourire marche toujours pour qu'un garçon vous porte vos grosses valises) et attendons que tout le monde soit prêt. Un peu quand même.
En groupe de 4 sur chaque piste, avec une japonaise extravertie (voire excitée) et une coréenne dans une robe de grand-mère et ressemblant à une grand-mère (nous mettons 15 minutes avec Sarah pour comprendre que c'est une étudiante en échange et non une véritable adulte de 30 piges). Bien entendu je commence par une rigole (je ne me permettrais surtout pas de faire le jeu de mot idiot de dire que c'est parce que je suis rigolote !), mais je continue plutôt pas mal. Pour des critères japonais je joue bien, dans ma famille, en France, je suis bonne dernière, donc toute nulle. Je termine première, Sarah deuxième, Mikayo (enfin un prénom simple à retenir, je pense au mikado et transforme la dernière consonne) troisième et la coréenne, une véritable nullité et pro des gouttières, quatrième.
Seconde partie, je fais cinq points de plus (90 au lieu de 85), mais ça ne suffit pas. La coréenne nous passe toutes devant et termine avec des strikes et des spares à la pelle. On est vénère avec Sarah, mais la bonne humeur de Mikayo, chauffeuse de salle professionnelle (elle met trop l'ambiance et fait rire tout le monde) m'empêche de trop m'en vouloir et de surtout en vouloir à la coréenne.
16h30. Je gagne avec mon score total (pas non plus de quoi être fière) un petit livre qui pèse son poids sur la prononciation des kanji (les idéogrammes japonais) et donc qui ne m'est d'aucune utilité. Encore une bricole inutile à mettre dans ma valise.
16h45. Nous passons vingt minutes à nous faire tirer le portrait par des photomatons extraordinaires, peu chers et très fun. Nous sommes 8 dans l'immense cabine et on se marre bien. Les photos sont ensuite customisées à coup de fluos et d'images rigolotes. Ca donne trop bien.
17h15. Peu de places dans le métro, j'essaie de décider les japonais à coté de moi à se pousser pour qu'Anne-Astrid puisse s'asseoir aussi. Les Sumimasen n'y font rien, la vieille à ma gauche ne bronche pas et commence à s'offusquer lorsque je la colle un peu. Je continue à me décaler vers elle, Anne-Astrid est limite sur mes genoux, et la vieille pique une colère. Elle se lève en trombe, se dirige vers la sortie, complètement paniquée qu'une gaijin ait osé la toucher. Et tous les autres japonais du train sont pales et choqués à leur tour. Boulette.
17h25. Je rejoins Yoko et Keita deux stations plus loin, quelques courses (une pastèque appétissante et des pains « français » dans une boulangerie allemande, bizarre). Puis nous allons chercher Sakurako à son école d'anglais (elle fait de l'anglais, du piano, du soutien en japonais et en mathématiques, et n'a que trois malheureuses vacances scolaires dans l'année, mon dieu quelle horreur). Je parle avec les profs de Sakurako, et passe pour une fille bien car une française qui sait et veut bien parler anglais, apparemment ça en court pas les rues. J'aime bien l'anglais, au contraire, et je ne sais pourquoi, cette langue me donne l'air intelligent, ou au minimum moins stupide que ma langue maternelle qui traduit immédiatement mes faiblesses.
18h30. Je vois la meilleure émission de télé jamais diffusée (je sais de quoi je parle je la regarde tout le temps) : la Bataille des 100 yens. 4 mecs complètement barrés déguisés en ménagères japonaises doivent acheter des articles dans une boutique où tout est à 100 yens. Tout ? Non, quelques articles résistent, et valent une fortune, donc c'est à celui qui ne tombera pas dessus. Pendant la pause, ils diffusent un concours ridicule mais tordant. La télé japonaise est mieux que la française, sauf qu'il n'y a jamais de films le soir.
Fin de soirée tranquille. Pas une vague (ou un tsunami).
Grosse boulette : 1, mais heureusement pas en présence de nos chaperons habituels.
Petite boulette : je ne sais plus, peut-être…
Incident diplomatique : on s'en rapproche.
Image des Français : au plus mal
Japonais offusqués : tout un train, bravo boulette, un record en une minute !
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