CONNEXION horloge Bonjour, invité mail
 

Home > Quand Lira-t-on ? > Feuilletons > Mlle Boulette au Japon > Vendredi 14 juillet : Départ pour Tokyo

Mlle Boulette au Japon

Vendredi 14 juillet : Départ pour Tokyo

Vendredi 14 juillet : Départ pour Tokyo

Les vacances sont finies, Mlle Boulette quitte Hirakata pour Tokyo, où elle va être en stage pendant deux mois...


07h00. Réveil. Ça y est, les vacances sont finies, je quitte Hirakata ce matin pour Tokyo, où je vais devoir travailler pendant deux mois, et vivre avec une famille inconnue (les Takeuchi), notamment avec une gentille mamie de 60 ans m'a-t-on dit. Sur le coup je n'en ai vraiment pas envie. J'étais bien ici. Déjà hier soir, j'avais le cafard à la soirée d'adieu.

 

08h00. Nous finissons de manger notre petit déjeuner, plutôt tristes. Puis nous prenons les dernières photos devant la maison tous ensemble. Les enfants partent à pied à l'école, tout chagrin, ce qui me remplit de joie (ils m'aiment bien alors). En voiture, on passe devant eux et Keita se met à pleurer. Akihiko a pris sa matinée pour m'accompagner avec Yoko à la station du bus pour l'aéroport. Je n'ai, heureusement, que deux petits sacs, c'est-à-dire mes bagages à main du voyage aller en avion. J'ai envoyé le reste par la poste hier matin, et ce soir ils seront à Tokyo sans que je me les sois trimballé toute la journée. Bien entendu j'ai aussi envoyé les papiers qui devaient m'aider à aller chez ma okaasan. Heureusement nous avions vu cela ensemble avec Yoko et Akihiko, et ils avaient fait une copie de l'adresse de Tokyo (intuition japonaise ?).

Sur le trajet, on écoute des chansons d'amour et Yoko ne peut s'empêcher de pleurer, ce qui me rend encore plus triste. Je la supplie d'arrêter, car sinon je vais m'y mettre aussi (les larmes c'est comme les éternuements, si quelqu'un s'y met, mon corps estime qu'il doit faire de même et je ne contrôle plus rien)

 

08h45. Le bus est dans 15 minutes et nous arrivons tout juste à l'arrêt. Je leur dis qu'il faut absolument que j'aille aux toilettes, car si dans le bus il n'y en a pas, ce qui est le cas, je ne pourrais pas attendre une heure et quelques. Yoko m'amène en courant au convenience store (conveni en japonais, magasin ouvert 24/24) du coin qui a des toilettes et surtout que les clients-et les non clients-peuvent utiliser. Mission rapide pour pouvoir ensuite acheter le billet de bus, qu'Akihiko m'offre avec gentillesse et compréhension (je n'ai plus que 1000 yens, soit 7 euros au maximum). Pendant que je fais mon petit pipi, Yoko a la douceur de m'acheter du chocolat au lait. Elle sait pourtant que je préfère le noir, mais aujourd'hui je vais beaucoup pleurer et le lait me sera d'un grand réconfort.

 

09h00. Je monte dans le bus avec les autres étudiants de mon école, une petite dizaine. Je suis une des seules à pleurer parmi les Français, seule Sarah a le courage ou le cœur de me suivre. Yoko verse des larmes, et Akihiko se retient très mal, je sais qu'il a envie de pleurer, ses yeux brillent, ce qui m'étonne et me ravit à la fois. Il garde assez d'humour pour me prendre en photo le nez collé contre la vitre du bus et pleurant. Nous partons.

Dans le bus je suis fatiguée, et je pleurniche. On s'échange des photos sur nos ordinateurs et on parle de Tokyo. L'ambiance est un peu morose, mais au moins c'est reposant.

 

10h10. Nous arrivons à l'aéroport. Nous devons chercher où se fait l'embarquement, ce qui prend une bonne demi heure, puis nous nous enregistrons, poirotons, le train-train aérien habituel.

 

11h30. Dans l'avion vide. J'ai à peine le temps de recopier trois mots de vocabulaire, de parler un peu avec Charlotte, de fermer les yeux vingt minutes et nous atterrissons. Ça change des 11h30 d'avion de l'aller.

 

11h40. A l'aéroport de Tokyo Haneda. Junko n'est pas là pour nous attendre, elle ne viendra que pour le deuxième vol que prendrons plus d'étudiants, dans deux heures. Je n'ai rendez-vous qu'à 16h00 à la gare de Ushigome-Yanagicho, donc je peux attendre et manger à l'aéroport. Les amis partent tous, à l'exception de Christophe, qui a un bus très tard. Nous mangeons ensemble des sandwich puis un pain bizarre au melon, qui est plutôt bon, et qui nous avait paru parfait pour une expérience culinaire d'aéroport. Discussion, glandouille. Je décide finalement de le quitter et de prendre beaucoup d'avance au cas où, vu que je ne connais pas le trajet et que tous les Japonais parlent du métro tokyoïte comme d'un démon qui mangerait les touristes et les têtes en l'air à l'aide de couloirs obscurs, de milliers de sorties et de tarifs/lignes multiples et différents. Bref un serial killer de Mlles Boulettes.

 

14h00. Je me réserve donc 2 heures pour faire le trajet. Je ne me trompe pas de train, seulement je panique au bout d'une demi-heure en voyant que nous ne nous arrêtons qu'à une gare sur 4 et qu'aucune n'est sur ma carte. Inquiète, je descends du train, et demande mon chemin à un couple sympa qui est encore plus pommé que moi. Mais eux lisent les kanji, et me disent après maintes minutes de réflexion et de lecture de panneaux ferroviaires que c'est le bon train, pas de souci, et que la prochaine station est en fait la première qui apparaît sur mon plan, sur lequel je n'avais pas vu les pointillés entre l'aéroport et Tokyo. Ok, j'ai ainsi loupé 3 trains d'affilée et perdu 15 minutes.

 

14h45. Gare de Hamamatsucho, pour mon changement de ligne. J'ai envie d'aller aux toilettes et pense que c'est un plan galère. Pas du tout. Ici des toilettes sont propres, gratuites et dans toutes les gares, même les plus petites sans correspondance. Le paradis pour une pisseuse comme moi, au sens premier du terme. Je prends la Oedo Line, où il n'y a jamais personne. Je dois faire cette ligne pratiquement dans son entier et ensuite prendre une bifurcation pour ma station finale. J'espère que je n'attendrai pas beaucoup là-bas, j'ai sommeil et suis épuisée physiquement.

 

15h50. Ushigome-yanagicho. Je prends la première sortie devant moi et me retrouve dans une rue minuscule. J'attends deux minutes, et me dis que ce n'est pas une bonne idée, car je suis à la sortie 3, peut-être m'attend-on à la 1, vu que je n'ai eu aucune précision à ce sujet. Je redescends dans la station, et prends la sortie une. Le sac de mon ordinateur commence à me peser.

 

16h00. Commence alors une longue agonie pour moi : il fait chaud, mon badge avec mon nom en français et en japonais est ridicule, une tonne d'étudiants passe toutes les dix minutes pour se moquer, et personne ne vient me chercher. J'attends, et je déteste ça.

 

16h30. Toujours personne. J'essaie de déchiffrer le japonais du plan du quartier que j'ai sous les yeux, sans succès. Je n'y comprends rien. Je regarde toutes les petites vieilles qui passent dans l'espoir qu'une m'est destinée. Parfois je le reconnais, vu la tête de certaines, je suis soulagée.

 

17h00. Que fout-elle, cette okaasan qui a 1 heure de retard et que je déteste déjà ?

 

17h30. Je traverse la rue pour aller l'appeler. J'utilise la dernière pièce de 10 yens pour téléphoner. Je mets deux minutes à comprendre le japonais que j'entends : mauvais numéro. Ha la barbe. Le dernier chiffre n'est pas un 0 mais un 6. Elle est en retard et en plus elle écrit mal. Je met une pièce de 100 yens, dont la monnaie ne me sera pas rendue (c'est comme ça ici les cabines téléphoniques, elles vous rendent la ferraille dont vous ne voulez pas, mais votre jolie pièce de 100 yens n'y comptez surtout pas). Répondeur, bien entendu. J'ai vraiment la poisse. Pour me calmer, j'achète au distributeur d'à coté un chocolat au lait frais, la première fois que j'en vois un. A part le café, le thé et l'eau, et du coca de temps en temps, les distributeurs ici ne sont jamais bien fournis.

 

18h00. On m'a décidément oubliée. Je ne supporte déjà pas d'attendre d'ordinaire, lorsque je suis toujours en avance ou à l'heure et que mes amis n'ont pas la même notion de la ponctualité que moi, mais alors là après deux heures durant lesquelles je me suis fait chier comme jamais (et j'ai dit des milliers de grossièretés) je sens que je vais la tuer dès qu'elle arrivera, cette vieille peau. Même ma vraie mère n'a jamais osé me faire attendre autant, et pourtant j'ai la mère la plus indigne qui soit.

 

18h05. Je redescends dans la gare, au cas où quelqu'un, ‘même un chat qui parle', serait éventuellement à ma recherche. Non, j'ai beau arborer mon nom sur ma grosse poitrine, que tous les Japonais ont reluquée très très discrètement dans le métro cet après midi (les Japonaises sont plates et donc dès qu'ils voient une étrangère ils matent comme des porcs), personne ne m'attend. Je téléphone de nouveau à Takeuchi san. Je tombe sur elle, et ne comprends rien à ce qu'elle dit. Elle vient me chercher, veut raccrocher, mais je lui dis ‘non cocotte, tu viens, mais à la sortie 1 alors', pas au Pays Imaginaire où elle a dit m'avoir attendue.

 

18h15. Elle est là, ose me demander ‘Sandrine san ?' (enfin ‘Sandorinu san ?'). Oui c'est moi, qui veut-elle que ce soit, n'ai-je pas encore l'air assez fatigué, désespéré, suicidaire ? Nous rentrons chez elle en marchant. Elle dit habiter tout près. Bizarrement je ne la crois pas. Elle m'a attendu de 15h45 à 17h35 à la sortie 2, parce que c'est la seule sortie qu'elle prend, vu qu'il y a un ascenseur. Mais quelle feignasse. Que moi je n'ai pas bougé de ma place, normal avec mes bagages et ma non-connaissance du terrain, mais elle bon dieu ? Je sens qu'elle n'est pas fut fut. Ça démarre vraiment sur les chapeaux de roue. Je me voyais déjà faire le trottoir pour gagner de quoi loger dans un hôtel pour la nuit. Effectivement ce n'est pas loin, ce qui ne me calme qu'à moitié. Avec un plan du quartier et un tracé au crayon, je m'en serai très bien tiré. Elle me montre le rez-de-chaussée, ma chambre qui est sur une aile séparée, et par laquelle je peux et dois accéder directement de l'extérieur. Bref j'ai mon indépendance totale, même mes toilettes. Mes valises sont là, elle me donne un peu de temps pour les défaire, et ranger tout ça dans ce qui sera ma chambre pendant deux mois. Elle est spacieuse, pas très jolie mais ça va. Par contre un mur entier en papier, ce qui est sympa mais pour dormir, vu qu'il fait jour dès 4 heures du matin et donc que la chambre est illuminée tout de suite, je serai obligée de me la jouer star en dormant avec un bandeau sur les yeux. Les matins où je l'oublierai, j'aurai mal au crâne toute la matinée. Les nuits où je le mettrai, j'aurai une marque bien empreinte que ma toilette matinale aura du mal à effacer.

 

19h00. L'heure du repas. Plein de petits plats, la plupart bouillis. Je goûte de tout, c'est un petit test pour voir ce que j'aime ou non. Les trucs tradi bof, mais j'engloutis avidement la viande de bœuf (ici elle est si délicieuse) et les pommes de terre, j'avais faim.

 

19h45. Nous retournons à la gare. J'ai oublié tous les papiers importants sur le téléphone lorsque je l'ai utilisé cet après midi. Heureusement pour ça le Japon est un pays formidable. On peut perdre une liasse de billet, elle restera au même endroit jusqu'au retour de son propriétaire, ou d'un gaijin (étranger). Donc la compagnie de métro avait téléphoné à ma okaasan pour que l'on vienne chercher mes affaires. On en profite pour me prendre des guides gratuits de Tokyo, qui offrent même des réductions pour les musées, parcs et autres.

 

20h00. Je retourne dans ma chambre. Je m'enfonce dans mon lit confortable, et regarde des Naruto à la pelle. Je m'endors ensuite peu paisiblement, tourmentée par la fatigue, la colère et le cafard.

 

Grosse bourde : l'oubli de papiers aurait vraiment pu être problématique pour aller au boulot, téléphoner aux personnes importantes, le stage...

Petite boulette : envoyer chez ma okaasan les infos dont j'avais besoin pour y aller, grandiose idée comme toujours, mais rien d'extraordinaire qui étoffe ma réputation.

Attente : mon Dieu, deux heures, c'était horrible ; debout, dans la chaleur, sans banc ni bouquin, à ruminer ma colère.

Vision de ma okaasan : je me fous de la première impression que je lui ai faite, mais elle, elle part avec un sérieux handicap.

Une journée vraiment affreuse, alors que les Français profitent de la fête nationale.


27/09/2006


Les personnes qui ont lu cet article ont aussi lu :

puce Introduction
puce Jeudi 6 juillet 2006 : Japonais et karaoké
puce Oedipe Roi de SOPHOCLE
puce Antonio MACHADO
puce Vendredi 7 juillet 2006 : Calligraphie et Soroptimistes

Poster un commentaire


En bref

Nos événements : dictée, concours,...
La bibliothèque : catalogue, horaires...
Le Bateau-Livre : le journal de QLTO
Vos créations
Les critiques de livres
Les critiques de BD et de mangas
Poésie : notre sélection
Théâtre : notre sélection
Classiques : notre sélection d'extraits
Fantastique : notre sélection

Notre association

Quand Lira-t-On est une association culturelle et créative qui souhaite promouvoir la littérature à l'ESSEC en donnant à tous la possibilité de découvrir et de partager des livres, d'écrire et d'être lu ou de rencontrer des écrivains. Parce que "tant qu'on est vivant, tout est prétexte à littérature." (Ionesco)

Le Bateau-Livre

quand-lira-t-on/qlto-logo-petit.jpgLe Bateau-Livre, le journal de l'association, est le réceptacle de toutes nos créations, des critiques sur des ouvrages, l'actualité du monde des livres, ainsi que des entretiens avec auteurs. Lire les BL

Le Pôle Littérature

quand-lira-t-on/desroches.jpgLe pôle littérature est tout ce dont un ESSEC a besoin pour se purifier après une bonne grosse soirée, ou un stage de 6 mois en audit. Des romans, des auteurs à rencontrer, des ateliers d'écriture et des séances de lectures, mais aussi la fameuse journée du livre, sans oublier les critiques faites maison.

Le Pôle BD/Manga

quand-lira-t-on/affiche_film.jpgLe pôle BD/ Manga a été crée pour tous les fans de Tintin, Lanfeust, Dragon Ball et Naruto. Vous y découvrirez en détail le catalogue de la bibliothèque, les rencontres avec les auteurs, les cours de bande dessinée, les planches et dessins des ESSEC et nos critiques BD et mangas.l

Le monde de l'édition

quand-lira-t-on/braderie-livres.jpgParce que tous les ESSECs ne se destinent pas forcément au contrôle de gestion ou au marketing chez l'Oréal, nous voulons dissiper le brouillard épais qui flotte sur le monde de l'édition.

Feuilletons

quand-lira-t-on/flamand-rose.jpg

En juin 2006, QLTO crée une nouvelle rubrique créative : les feuilletons. Parce qu'il n'est pas question de laisser chômer ceux qui sont en stage, on leur donne des devoirs.

A eux de divertir les ESSEC avec leurs folles aventures, concoctées durant leurs heures de boulot. Mission pas impossible, mais ardue, s'il l'acceptent.

Partenaires

société générale