7h30. Il est tôt. Quand pourrais-je me lever à 10 heures ?
8h43. J'ai dix minutes d'avance sur le bus à la gare de Nagao. Avec Yoko, nous allons m'acheter une carte de téléphone internationale juste à côté. On ne comprend rien, et la caissière n'a pas l'air super au courant.
8h53. Yoko dit que le bus est là, on se dépêche, elle garde ma carte pas encore prête, et je cours vers le bus. Même scénario que mercredi, il ferme ses portes, me nargue deux secondes et s'enfuit. Yoko est morte de rire et me propose pour s'excuser de m'emmener au centre ville elle-même.
9h00. Nous voyons le bus devant nous, deux voitures seulement nous séparant. Yoko me demande si cela ne me dérange pas de le prendre, car elle doit préparer ses cours de la matinée. Pas de problème, sauf que le bus n'est pas d'accord.
9h02. Je loupe l'arrêt, pas assez rapide. Retour dans la voiture, après mon second échec, qui fait bien rire Yoko, même si elle fait mine de s'excuser. Heureusement que j'ai beaucoup d'humour.
9h10. Je réussis à rentrer dans le bus. Il a fallu le suivre jusqu'à un arrêt bondé pour être sûre de l'avoir. Mais bien entendu, une fois dedans, pas de place pour s'asseoir, et se reposer de cette nouvelle aventure, et de l'envie de faire pipi. Enfin, la routine quoi. Comme je deviens prévisible.
10h00. Calligraphie japonaise. Durant deux heures nous allons écrire de deux manières différentes “pousse de bambou“ pour faire plaisir à une vieille dame maître en calligraphie (désolée, j'écris forcément a posteriori et donc il vous est possible ici de savoir que ça va vite me saouler). J'ai fait beaucoup de dessin et de peinture (et aime à penser que je suis plutôt douée, voire talentueuse) ; je ne suis pas la moins débrouillarde de mes mains, et je me dis qu'après le bowling, le karaoké et tout le reste où manifestement j'étais nulle ou moyenne, là on remarquera mon génie (oui, je suis loin d'être modeste et réaliste au niveau de mes aptitudes). Effectivement je ne suis pas mauvaise en calligraphie, les gens de l'association me complimentent mais la sensei (professeur) passe deux minuscules secondes à entrevoir ma pousse de bambou, détourne les yeux, bafouille trois mots dont je ne saisis pas vraiment le sens, mais que je prends pour un « bien », et décide de ne plus revenir du tout. Elle fait trente fois le tour des tables, donne des spirales oranges (leur Bien ou Très Bien, quel archaïsme ces Japonais) à tout va, entre 2 et 6 en moyenne, et même à des personnes chez qui l'acuité visuelle et la faculté de reproduction (artistique s'entend) sont inexistantes. Moi, rien, rien du tout. Je pique ma crise, de ces crises de gamine effroyable et gâtée, abominable de fierté et de jalousie. Je suis dans une colère…
11h30. La sensei refait la pousse de bambou devant tout le monde ébahi. Trois exemplaires, pour nous montrer à quel point c'est facile et que nous sommes ridicules face à elle, et de trois manières différentes : de l'écriture normale détachée à la cursive (sans lever le pinceau). C'est d'ailleurs de plus en plus moche, mais pour les japonais de plus en plus beau et impressionnant. Trois élèves gagnent ces trophées merveilleux, et je ne peux même pas en profiter pour le vendre et me faire des sous sur le dos de la vieille. Je suis enragée.
12h00. Nous allons avec Yumi, Michael et Julien voir l'endroit où nous regarderons le match de foot dimanche soir, la finale de la coupe du monde (j'arrive toujours pas à m'y faire) : le Ring. Salle manga, dizaines de petites salles karaoké, deux billards, deux tables de ping-pong, des fauteuils massant, un coin repos et même une douche, avec les boissons à volonté, durant 6 heures, il sera presque entièrement à nous pour 10 euros chacun.
12h30. J'ai une faim de loup. On prend un minibus (c'est le cas de le dire, je ne sais pas comment nous sommes tous rentrés dedans) avec des petites vieilles dames fort sympathiques (pas comme l'autre).
13h00. Arrivée au Feast, un grand restaurant (par sa superficie). Commence alors une grande série de présentations et de traductions longues et inutiles. En gros, les Soroptimistes, car c'est avec eux que nous déjeunons et allons passer l'après midi, sont des femmes qui s'ennuient fermes chez elles et décident de se réunir pour la paix, la fraternité et autre connerie. Paraît qu'il y en a partout, même en France.
13h30. On mange enfin, mais il faut faire la queue au buffet. Je prends de tout, même des sushi, que j'ai en horreur, mais c'est pour savoir si c'est seulement dégoûtant en France (c'est bien immangeable, à la limite celui à la crevette passe pas trop mal).
14h15. On a mangé comme des porcs : vite, beaucoup, et même des glaces au dessert, une bonne grosse pêche melba avec tout ce que j'ai pu trouver. Comme les repas de famille qui durent cinq heures (de toute façon on est avec des vieux, adorables, mais vieux. Ma mère dit toujours, « les vieux, faudrait les tuer à la naissance »). J'ai le ventre gonflé comme une femme enceinte de six mois, mais tout va bien. J'ai grossi à vu d'œil, moi qui voulais perdre du poids ici Je me suis à peu près remise de mon caprice de tout à l'heure..
14h30. Nous allons préparer les bambous pour le festival Tanabata (festival des étoiles, que j'ai fêté hier déjà et vais recommencer ensuite ce soir). Vœux, dessins, découpages. J'ai de nouveau 5 ans et fait des activités manuelles avec Mamie. Je n'ai pas l'étoile rouge qui fait gagner un horrible petit drapeau des Soroptimistes, mais je suis une des heureuses gagnantes de pierre/papier/ciseaux. Je choisis le cadeau qui semble le mieux, bref je le choisis aussi bien que Sophie choisit les ânes (les Malheurs de Sophie, quand même !) et reçois donc un parapluie ! Chouette. Je rate le drapeau super mignon qui m'aurait évité un cadeau à acheter. Boulette et Guigne.
16h00. On va dans une espèce de temple, un endroit (sacré ?) où trônent des centaines de bambous déjà, et auxquels nous ajoutons les nôtres. Les petits marchands de l'allée font des œufs en forme de cœur, et d'autres tendresses irrésistibles. J'achète des mini-gaufres en forme de Pikkachu et Doraemon (connu au Japon) pour les enfants de ma famille, en espérant leur faire décrocher un mot à mon égard, vu qu'ils ne savent toujours pas ou n'ont pas compris que leurs parents accueillent depuis une semaine déjà une étudiante française chez eux. J'en mange quand même deux avant de rentrer : intuition féminine ?
17h30. Yoko vient me chercher, et elle trouve que c'est une merveilleuse idée, elle est très contente.
17h45. A la maison, Sakurako mange trois gaufres, Yoko et moi une chacune. J'ai faim (oui c'est de la gourmandise) et elles sont vraiment extras. Petite moue ressemblant à un sourire de la part de Sakurako. Elle dit quand même merci, après que sa mère lui a signifié qu'elle était impolie.
18h00. Nous allons chercher Keita à son école. Il a eu un examen de sport, alors je lui lance un parfait « dou deshitaka », « comment c'était ? » mais il ne répond pas. Les gamins de son école sont estomaqués, vraiment, de voir une créature telle que moi à côté de leur copain. Une fille aux yeux non bridés, ou lala, quelle histoire. Un môme manque même de s'étouffer ; ses parents à l'évidence ne lui ont pas appris les bonnes manières (quoi que je ne devrais pas donner de leçon là-dessus, vu les humiliations subies par mes parents à cause de mon comportement infernal, c'est leur mot, lorsque j'étais enfant). Pendant ce temps, Yoko pousse Keita à me répondre et à me remercier pour les gaufres. Sales gosses. J'aurais dû les manger seule, dans mon coin, pendant qu'elle étaient chaudes et fondantes. Ils ont mis deux gauffres chacun à s'apercevoir de leur forme, malgré les indications de leur mère. J'ai peur parfois que ce ne soit de la bêtise infantile.
19h00. Nous laissons la voiture dans un parking pour rejoindre Akihiko en train et aller fêter Tanabata dans un coin reculé où des centaines des bambous ont été découpés, des bougies déposées à l'intérieur, illuminant ainsi la petite colline autour de laquelle une foule s'est rassemblée. Je refuse des nouilles car mon ventre garde encore les stigmates de ce midi, orgie qui me dégoûte encore.
21h00. Nous rentrons, mais en passant auparavant dans un family restaurant. Je prends une petite soupe avec riz et légumes. Je n'ai pas très faim, pour une fois.
23h00. Dodo. Demain, lever à 8 heures, trop bien pour un week-end.
Grosse bourde : 0
Petite boulette : 1 (je déteste faire de telles erreurs de jugement)
Caprice : un énooorrmme, ça faisait longtemps, mais je m'estimais et continue de la faire, être dans mon droit (Yoko aussi a dit que c'était beau, mais a rigolé quand je lui ai dit ma colère)
Bus manqué : 1, mais deux fois, ce qui a donné lieu à…
Course poursuite : 1, c'était pas Speed, et c'était pour avoir le bus, mais c'était fun quand même, et un poil humiliant aussi, quand j'y repense.
Tentative pour amadouer les enfants : nulle, je suis pas douée, dire que j'ai été animatrice, j'ai honte…
14/08/2006
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