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On Acheve Bien Les Flamands Roses

Episode 1

Episode 1

On Achève Bien Les Flamands Roses 1


C'était une journée comme une autre dans le mystérieux royaume de Doshani. Le soleil brillait, les oiseaux chantaient, les diligences de la SRTET (Société Royale des Transports Equestrement Tractés) étaient en grève, et les gobelins manifestaient pour une raison qu'ils étaient seuls à comprendre: en bref, rien que de très normal.

A quelques lieues à peine de la capitale, on rencontrait des champs, et des bois, et aussi des champs, et même des bois. La monotonie du paysage n'était rompue que par les rares hameaux disséminés ça et là, plus ou moins importants - mais plutôt moins que plus. L'un d'entre eux, toutefois, s'enorgueillissait d'une auberge en plus de la taverne traditionnellement coupe-gorge: il s'agissait du village de Gyrec, vers lequel deux voyageurs se hâtaient sans se douter de ce qui les y attendait. L'eussent-ils su que l'un d'entre eux au moins aurait rebroussé chemin sans un regard en arrière.

Le premier, monté sur un fringuant destrier, ses cheveux blonds au vent, brillait de mille feux dans une armure étincelante qui mettait en valeur sa musculature. Impossible de deviner la couleur de ses yeux, dissimulés derrière des lunettes de soleil noires (ben oui, l'armure ça brille vachement, ya moyen de se bousiller la rétine quand même, faut faire gaffe!) qui lui donnaient un peu l'air d'une grosse mouche. Un peu seulement. A l'arrière de sa selle était suspendu un bouclier dont les armoiries... eh bien... originales, oui, c'est cela, originales, n'étaient pas sans rappeler le premier dessin qu'un enfant peu doué viendrait d'offrir ravi à sa mère. Ce détail ne semblait cependant pas préoccuper notre chevalier flamboyant : l'humeur en fête, il chantait à pleins poumons une chanson paillarde qui, il faut bien le reconnaître, jurait quelque peu avec son allure autrement distinguée. Un coin de la couverture de selle laissait apercevoir le bout d'une étiquette avec un prénom (dans les auberges on peut perdre beaucoup de choses...): Orlando Archibald. Celui de la fière monture assurément. A moins que... nous verrons bien après tout!

Le second était une femme, même si ce n'était guère évident au premier abord. Mince au point d'en être maigre, elle dissimulait ses angles et probablement pas mal d'autres choses sous une tunique et un pantalon marron informes. Sous une masse de cheveux bruns et courts qui rebiquaient dans tous les sens, son petit visage pointu respirait l'intelligence. Elle montait un cheval aussi brun et banal qu'elle, si ce n'est que l'animal avait quelque chose de malicieux. Lyze de son prénom, elle avait exercé de nombreuses professions au cours d'une vie aventureuse, dont peu étaient recommandables. Elle s'était d'ailleurs spécialisée dans le départ discret et précipité. Actuellement à la recherche d'un employeur, elle évitait toutefois soigneusement la capitale où, suite à un malheureux concours de circonstances, elle n'était plus guère en odeur de sainteté.

C'est elle qui arriva d'abord à Gyrec, et qui reçut la première le choc de ce trou perdu. Elle carra les épaules et s'apprêta à affronter la faune probablement désespérante qui parvenait à survivre dans un endroit pareil. Elle eut préféré passer son chemin, mais son estomac se rappelait à son bon souvenir avec insistance, et son départ un rien précipité ne lui avait pas laissé le temps de réunir des provisions. S'attendant à devoir aller frapper à la porte d'un fermier pour lui acheter un peu de nourriture, elle fut plutôt surprise de tomber sur une auberge. Peut-être, se dit-elle, ne suis-je pas si mal tombée que cela - ce en quoi elle se trompait.

Après avoir laissé son cheval aux soins d'un palefrenier à l'haleine abominable, elle poussa la porte du petit établissement. Il régnait au fond de la pièce une demie pénombre, mais la partie près des fenêtres était brillamment éclairée. Pas folle, elle choisit une des tables les plus proches du fond, s'assit dos au mur et observa les autres occupants de la petite salle. Ce n'était pas aussi terrible que ce qu'elle avait craint. Non, c'était probablement pire.

Quelques vieux paysans étaient assis à une des tables, buvant du gros rouge certainement infect en jouant aux cartes. Ils lui sourirent de toutes leurs dents cariées quand elle entra, et la suivirent du regard jusqu'à ce que l'un d'entre eux jette une de ses cartes et s'écrie d'une voix excitée quoique chevrotante "Vingt Dioux, l'père, v'là ty pas qu'jé un br'lan". Oh, misère, pensa Lyze.

À une autre table, l'air aussi écoeurés qu'elle-même, cinq hommes étaient installés dans des postures rigides qui hurlaient leur bourgeois à vingt lieues. Richement vêtus quoique sans aucun goût, ils écoutaient d'une oreille distraite les arpèges légèrement dissonants qu'égrenait sur une harpe fatiguée un ménestrel assis sur un tabouret près d'une fenêtre. Celui-ci, vêtu du froc élimé propre à tous ceux de sa profession - ils devaient croire que cela faisait poète maudit - lui dédia un sourire éclatant de niaiserie, et commença à chantonner assez faux une ode à une quelconque belle dame entr'aperçue au coin d'une forêt. Elle faillit lui rire au nez.

Après s'être confortablement installée, elle passa commande à l'aubergiste, espérant qu'ils mettaient des couvercles aux tonneaux de bière dans ce trou. Elle n'avait aucune envie de boire de la bière aromatisée au rat crevé.

Un bruit soudain lui fit tendre l'oreille: on eut dit toute une batterie de cuisine qui se serait déplacée toute seule. La porte s'ouvrit brusquement, en un geste large et magistral, et la batterie de cuisine… non, pardon, le chevalier, fit son entrée. Grand et blond, il ôta d'un geste mûrement travaillé la surprenante paire de lunettes qui lui couvrait les yeux, et rejeta ses longues boucles en arrière d'un mouvement tout aussi étudié. Enfin, il pénétra à l'intérieur de l'auberge dans un bruit de tonnerre, chacun de ses pas faisant clinguer et clanguer son armure étincelante.

Plutôt beau garçon, songea Lyze. Dans le genre bellâtre, amenda-t-elle aussitôt. Pas son genre, quoi. Mais pas mal. Elle le regarda prendre place à une table, assez étonnée qu'il parvienne à se plier en deux malgré tout le métal qui le recouvrait...

Toujours chantonnant au rythme des gargouillis désormais de plus en plus bruyants de son estomac, notre chevalier parvint en effet au village de Gyrec, et marqua l'arrêt devant ce qu'il savait être l'unique auberge du village (et oui, certains savent préparer leur voyage, eux...). Dans le froissement soyeux de la tôle, il démonta, et avec un sourire ravageur aux lèvres alla pousser d'une bourrade virile la porte de l'auberge. Dans le silence soudain, où seuls retentissaient les majestueux accords d'une harpe, il ôta d'un geste souple ses lunettes de soleil, rejetant ses cheveux en arrière comme lui avait montré le coiffeur (toujours très efficace avec les femmes lui avait assuré celui-ci). Un petit groupe de gentils vieillards jouaient aux cartes dans un coin, leurs dents manquantes n'entachant en rien leur lumineux sourire. Avec un soupir de bonheur, notre blondin se dirigea vers une table près d'une fenêtre, par laquelle pointaient quelques rayons de soleil propres à mettre en valeur son armure.

D'un large mouvement de la main, il héla l'aubergiste, un brave homme ventripotent, et faisant sonner sa bourse il commanda un déjeuner frugal (règle numéro un, une armure n'est pas en stretch, donc attention à sa ligne).

Il entamait à peine son deuxième grain de raisin, et Lyze sa seconde bière, qu'un cri poignant d'horreur et de désespoir se fit entendre. Notre preux chevalier pâlit soudain et en avala son raisin tout rond. Quelques instants plus tard, la porte de l'auberge alla voler contre le mur, projetée par une force surhumaine. Un petit bout de fermier rondouillard, pourvu de lunettes de chouettes, essoufflé, se présenta sur le seuil, et ne reprit son souffle que pour hurler "Au meurtre!!!" d'une voix qui parut au chevalier toute aussi surhumaine que la force qui avait fait voler la porte. Une fois passée l'admiration devant cette prouesse vocale, il réalisa que personne n'avait bougé dans la salle. C'était là une occasion magnifique, et son sang ne fit qu'un tour.

"Ne craignez rien, braves gens, heureusement pour vous je suis là, moi, Grégoire, le pourfendeur du mal, le bras armé du bien et de la justice! Je m'occupe de tout!". Et sans plus réfléchir, ce qui était finalement son plus gros défaut, il fonça vers la porte d'une foulée athlétique. Il lui sembla que le mal avait des alliés dans la pièce, chargés de le ralentir. Il poussa un léger grognement quand le coin d'une table vint s'enfoncer vicieusement dans sa cuisse, le faisant boitiller, et crut sa dernière heure arrivée quand un tabouret se mit en travers de son chemin, ou plutôt de ses pieds. Perdant l'équilibre, il sortit par la porte la tête la première, beaucoup plus vite que prévu, se rattrapant de justesse devant les yeux de cette taupe de fermier.

Rajustant son armure, il se redressa de toute sa taille et de sa voix la plus majestueuse, lui ordonna de le guider sur les lieux du crime...

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29/07/2006


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Commentaires

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mouais est-ce que l'Impert pourrait reprendre le feuilleton de l'ete, un truc du style comme l'an dernier, c'etait vraiment bien.. parce que la, les animaux j'ai rien contre mais faut plutot envoye le texte a "un jour, un livre" de france 3...

04/07/2006 11:46:00 - pfff

Ce n'est pas parce que nous faisons un feuilleton que les Impert ne peuvent pas en faire un aussi. Ainsi que tu l'as apparemment remarqué, nous ne sommes pas sur le même créneau et ne visons pas le même public. Peut-être devrais-tu voir cela avec eux... J'avoue que ce serait même avec un certain plaisir que je relirai quelque chose comme Stage Wars, qui a bercé ma période intermédiaire.

05/07/2006 11:52:00 - Shani

Je pense que "milles feux" s'écrit en fait "mille feux" et que "Et oui" s'écrit en fait "Eh oui". Je sais, je suis chiant. Je crois aussi que je peux dire laquelle de vous deux a écrit chaque ligne. Pardon, je pense pouvoir repérer sans faillir les lignes écrites à coup sûr par la plus alcoolique de vous deux. Je m'en vais lire la suite...

24/07/2006 17:03:00 - Skaven

C'est corrigé! Merci Skaven.

25/07/2006 17:26:00 - Emilie

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