CONNEXION horloge Bonjour, invité mail
 

Home > Quand Lira-t-on ? > Feuilletons > On Acheve Bien Les Flamands Roses > Episode 7

On Acheve Bien Les Flamands Roses

Episode 7

On Achève Bien Les Flamands Roses 7


Lire l'épisode 6

Le processus se déroula en tout point comme la première fois où Lyze était entrée au Cochon Sanglant, à cette exception près que quand ils arrivèrent tout deux devant Elina, celle-ci n'était plus à moitié dissimulée derrière le large bureau, mais debout au centre de la pièce, les sourcils froncés de concentration pendant qu'un jeune garçon filiforme lui faisait son rapport.

Grégoire ne put retenir un hoquet de surprise, qui lui attira un regard si effrayant qu'il passa en une seconde du rouge pivoine au blanc crayeux. Lyze, craignant qu'il ne leur attire des ennuis, régla la chose en quelques mots.

Elle saisit le dossier que lui tendait Elina, et feuilleta rapidement les quelques pages en mémorisant les infos. Règle numéro 1, ne jamais garder aucune trace.

Une fois que sa mémoire surentraînée - parfois plus utile dans cette branche d'activité que l'astuce - eut enregistré tout ce qu'il y avait à savoir, elle balança nonchalamment le dossier dans le poêle qui se trouvait dans un coin de la pièce. Grégoire parut sur le point de protester, mais Lyze lui fit les gros yeux et il comprit immédiatement qu'il serait plus sage de ne pas intervenir.

- Merci, Elina, dit Lyze d'une voix assez neutre.

- De rien (Elina congédia le garçon d'un geste et il s'éclipsa prestement). Mais la prochaine fois, il te faudra payer les faveurs.

- Je sais. Tu viens, Grégoire?

Et le chevalier la suivit tandis qu'ils sortaient de la taverne dans la nuit noire.

- Alors, alors, alors?! demanda Grégoire quand ils arrivèrent à leur auberge.

Lyze était impressionnée par la discrétion dont il avait fait preuve tout au long du chemin, ne lui demandant rien avant qu'ils n'aient refermé la porte de sa chambre.

- J'ai les noms, dit Lyze. On a de la chance. Il y en a un qui habite Kuh-Ruh. Un certain Ponge.

- Ben, alors, on y va!!! Allleeeez!!!

Lyze soupira et s'affala sur le lit.

- A cette heure-ci, les honnêtes citoyens dorment. Et si celui-ci n'est peut-être pas si honnête, il est en tout cas richissime. Nous ne pouvons pas nous ramener comme ça et demander à le voir à une heure pareille.

- Allez...

- ... Grégoire, ces yeux de cocker ne marcheront pas avec moi, je te préviens!

- Steupl'...

La vache, quel boulet!, pensa Lyze en levant les yeux au ciel. Si jamais on n'y va pas maintenant, même pas en rêve il me laisse dormir!. Elle baissa les yeux en soupirant.

- Ok, c'est bon, on va juste jeter un petit coup d'oeil, rien de plus, c'est bien compris? Et je veux pas t'entendre dire un mot!

Et suivie par son cocker, elle quitta la chambre et l'auberge, pour se retrouver un petit quart d'heure plus tard devant la demeure du sieur Sauviette E. Ponge.

La Villa (avec un grand V pour ceux qui n'auraient pas bien vu) était majestueuse. Un peu comme un opossum de 4 tonnes, mais majestueuse quand même.

Avant qu'elle ait pu dire quoi que ce soit, Grégoire tira la sonnette, mais toujours sans prononcer un mot (pas fou!). Et, s'il lui fallait encore une preuve que notre chevalier devait avoir 5 anges gardiens pour s'occuper de son cas, la porte s'ouvrit avant qu'elle ait pu esquisser un geste pour l'étriper.

Apparut un homme qui devait probablement être un majordome ou un intendant, impeccablement vêtu d'un costume trois pièces avec queue de pie et gants blancs. Après les avoir toisé de haut en bas et de bas en haut - Lyze et sa tunique informe et trop large, et Grégoire qui n'avait pas quitté son déguisement passe-partout - il arbora un air hautain et dégoûté. A moins qu'il ne s'agisse de son expression naturelle.

- Que puis-je faîîîre pour vous? demanda-t-il d'un ton qui signifiait clairement qu'à part leur fermer la porte au nez, il n'avait pas l'intention de faire quoi que ce soit pour eux.

- Nous aimerions voir monsieur Ponge, s'il est disponible. C'est une affaire de la plus haute importance, qui concerne monsieur Emile.

Le nom ne devait pas être inconnu du majordome car il changea d'expression.

Mais pas de ton.

- Je regrette prôôôfondément, mais môôôssieur n'est pâs dispônible à cette heure, madââme. Il est sôrti, vous comprenez.

- Nous pourrions attendre son retour, puisqu'il n'est pas encore couché!, interrompit Grégoire avec son éternel sourire ravageur.

Qui laissa le majordome complètement froid. Celui-ci prit un air horrifié devant l'outrecuidance de ces provinciaux qui osaient espérer une entrevue avec un homme respectable à cette heure de la nuit.

- Rien ââââ faire. Revenez demain. Ou plutôôôt, âllez directement au hâmmâm, il y sera certaîîînement, il devait revoiââr les livres de comptes. Il vous dirâââ lui-mêême qu'il n'a pâs de temps â consââââcrer â des... Bonne nuit.

Et il leur claqua la porte au nez.

La fureur de Lyze devant le mépris évident du majordome ne tint pas longtemps lorsqu'elle se retrouva face à un Grégoire en pleine My Raleur Attitude. Tout le long du trajet, il grogna et marmonna, à tel point que Lyze en eut vite ras la marmite.

- Grégoire?

Grogne-marmonne-râle-boude.

- Grégoire!

Grogne-marmonne-râle-boude-râle-...

- Bon sang, Grégoire, tu pourrais pas la fermer un peu!

Il ne se tut pas mais réduisit ses grognements à un quasi-murmure. En arrivant à l'auberge, il suivit Lyze dans sa chambre.

- Non mais tu te rends compte, râla-t-il de plus belle, ça va pas du tout, il faut qu'on le voie, et puis le monsieur il était pas gentil, en plus il t'a manqué de respect, tu es quand même une damoiselle, enfin tu vois ce que je veux dire, et puis...

- Grégoire.

- Quoiaaaaaaaa?

- Fais pas chier et va te coucher.

Le lendemain matin, 6h. Le doux bruit d'un poing masculin se fait entendre à la porte de Lyze. Suivi immédiatement par une voix surexcitée.

- Lyze, debout, allez!!! Allez, vas-y, c'est important quoi! Debout!!

Une paupière. L'autre paupière. Dans un effort surhumain, Lyze a désormais les yeux ouverts. Il lui en faut un deuxième, d'effort, pour sortir tant bien que mal du lit, se diriger vers la porte et l'ouvrir. Devant elle, un chevalier à nouveau en armure, trépignant sur place:

- Alors on y va?! Y fait jour! Allez, au taquet!!

Accrochée à la porte pour ne pas s'écrouler, Lyze entend d'une oreille gauche encore endormie un retentissant Cocorico. Et referme les yeux.

- Grégoire... Il fait A PEINE jour, et tu oses venir me réveiller?...Tu serais pas suicidaire des fois? Ou alors t'es pas fini. C'est ça, y' doit te manquer un truc. Genre un cerveau par exemple. Ou même, sans demander un cerveau entier, si tu pouvais avoir juste un neurone en état de marche...

Mais Grégoire l'écoute à peine. Comme tout bon chevalier, il est levé aux aurores, et frais comme un gardon dès qu'il ouvre un oeil.

- Allez, c'est méga important!! Et s'il se rendort avant qu'on arrive, hein?!

- Grégoire.

- Quoi?!

- Ta gueule.

Et bam de la porte.

Dépité, Grégoire redescendit à la salle commune; lui était levé depuis 4h du matin, le temps d'enfiler son armure, et il ne voyait pas pourquoi Lyze faisait toutes ces histoires. Bon, et bien, comme il ne connaissait pas l'adresse du hammam puisque Lyze avait brûlé le dossier, il ne lui restait plus qu'à prendre son petit déjeuner.

Il s'approcha donc de la cuisinière, épouse du propriétaire de l'auberge et fort peu aimable en temps normal, et lui dédia son plus beau sourire, assorti de ses yeux de cocker auxquels seule Lyze résistait - et encore.

- Dites, madame...? Demanda-t-il d'une toute petite voix de petit garçon, un peu gêné de s'adresser ainsi à un membre du beau sexe et bien décidé à y mettre tout le respect possible.

- Oui?

- Euh, madame, j'ai faim et euh...

En fin de compte, quand Lyze finit par descendre, de fort méchante humeur, le chevalier était attablé devant un petit déjeuner gargantuesque et trempait d'énormes tartines de pain beurré dans son chocolat chaud. Par rancunier pour deux sous, il invita même la petite voleuse à partager les monceaux de nourriture que la cuisinière, émue par sa politesse et son sourire, avait accumulés devant lui.

Direction le hammam, où Lyze allait bientôt découvrir un des éléments de la LEM (Loi de l'Emmerdement Maximum): "si tu crois être déjà au fond du trou, t'inquiètes pas, on se chargera de t'enfoncer encore plus profond", ou quelque chose comme ça. Le huitième de neurone du videur de l'entrée était définitivement monotâche. Après le fameux "T'as des baskets? Tu rentres pas!", nos deux apprentis héros eurent droit au magnifique mais peu répandu "T'es civil? Tu rentres pas!", lié à l'explication détaillée "ya eu un mort".

Grégoire, pas contrariant, se le tint pour dit. Mais sa curiosité reprit le dessus; après tout, il n'était jamais rentré dans un hammam.

- Dites, monsieur (on pourra tout dire de Grégoire, mais pas qu'il est malpoli), pourquoi vous portez des chaussures bleues avec des languettes qui dépassent vers le haut?

- Ah? Euh (le gorille se gratta l'oreille un moment, l'air embêté), ben, c'est-à-dire que ce sont des tongs de hammam, et faut les monter soi-même, mais moi j'y arrive pas, alors...

Profitant de ce que mononeurone soit trop concentré par ce qu'il racontait à Grégoire pour faire attention à elle, Lyze se glissa discrètement à l'intérieur et les laissa à leur passionnante dissection des tongs bleues du hammam.

Il faisait chaud à l'intérieur, et surtout humide, et dans une espèce de brume évoluaient les silhouettes indistinctes de membres des forces de l'ordre. Lyze décida d'y aller au bluff et alpagua le premier planton à l'air vaguement officiel qu'elle put trouver.

- Que s'est-il passé ici?

- Hein, euh, mais qui êtes-vous?! L'endroit est interdit aux civils!

- Police secrète, crétin, rétorqua Lyze en baissant la voix. Surtout, fais plus de bruit, que tout le monde me remarque!

- Montrez-moi votre insigne, rétorqua l'homme un ton plus bas.

- Ne sois pas idiot, si j'en avais une et que je me fasse capturer par des criminels, ils sauraient tout de suite qui je suis. Et la police secrète ne serait plus secrète, tu me suis?

Le planton avait l'air vaguement ahuri, mais il hocha la tête, plus pour ne pas passer pour un imbécile qu'autre chose.

- Bien, maintenant, que s'est-il passé? Où est le corps?

- Par ici, vers la salle intermédiaire.

Il l'entraîna vers le fond de la pièce, où une large ouverture permettait d'accéder à un autre espace de relaxation. Entre les deux salles, le corps reposait dans un très petit bassin peu profond, un pédiluve, pour utiliser le terme technique.

- Qui est mort? demanda Lyze

- Un certain Ponge. Sauviette E. Ponge, pour être plus précis, répondit le plancton, pardon, planton d'un air indifférent.

- Et m****, dit Lyze à voix basse en se penchant vers le corps. Pas de bol, le mort, c'est celui qu'on cherche. Avec quelques bourrelets en plus, mais on reconnaît bien les yeux et le nez, entre les dits bourrelets.

- On sait comment ça s'est passé ?

- On suppose qu'il a perdu pied, un accident bête en somme, et pouf, noyé. C'est con de pas savoir nager quand on a un hammam...

- Noyé. Perdu pied. Dans un pédiluve. Tout seul. Z'avez pas comme l'impression que quelque chose cloche avec votre interprétation ?!

- Ben...

 Lire l'épisode 8


30/08/2006


Les personnes qui ont lu cet article ont aussi lu :

puce Les gagnants du concours de BD QLTO
puce La véritable histoire de Jack Sparrow - épisode10
puce Episode 5
puce Le bureau 2002-2003
puce QLTO se présente et recrute

Poster un commentaire


En bref

Nos événements : dictée, concours,...
La bibliothèque : catalogue, horaires...
Le Bateau-Livre : le journal de QLTO
Vos créations
Les critiques de livres
Les critiques de BD et de mangas
Poésie : notre sélection
Théâtre : notre sélection
Classiques : notre sélection d'extraits
Fantastique : notre sélection

Notre association

Quand Lira-t-On est une association culturelle et créative qui souhaite promouvoir la littérature à l'ESSEC en donnant à tous la possibilité de découvrir et de partager des livres, d'écrire et d'être lu ou de rencontrer des écrivains. Parce que "tant qu'on est vivant, tout est prétexte à littérature." (Ionesco)

Le Bateau-Livre

quand-lira-t-on/logo-bl-esseclive.jpgLe Bateau-Livre, le journal de l'association, est le réceptacle de toutes nos créations, des critiques sur des ouvrages, l'actualité du monde des livres, ainsi que des entretiens avec auteurs. Lire les BL

Le Pôle Littérature

quand-lira-t-on/desroches.jpgLe pôle littérature est tout ce dont un ESSEC a besoin pour se purifier après une bonne grosse soirée, ou un stage de 6 mois en audit. Des romans, des auteurs à rencontrer, des ateliers d'écriture et des séances de lectures, mais aussi la fameuse journée du livre, sans oublier les critiques faites maison.

Le Pôle BD/Manga

quand-lira-t-on/affiche_film.jpgLe pôle BD/ Manga a été crée pour tous les fans de Tintin, Lanfeust, Dragon Ball et Naruto. Vous y découvrirez en détail le catalogue de la bibliothèque, les rencontres avec les auteurs, les cours de bande dessinée, les planches et dessins des ESSEC et nos critiques BD et mangas.l

Le monde de l'édition

quand-lira-t-on/braderie-livres.jpgParce que tous les ESSECs ne se destinent pas forcément au contrôle de gestion ou au marketing chez l'Oréal, nous voulons dissiper le brouillard épais qui flotte sur le monde de l'édition.

Feuilletons

quand-lira-t-on/flamand-rose.jpg

En juin 2006, QLTO crée une nouvelle rubrique créative : les feuilletons. Parce qu'il n'est pas question de laisser chômer ceux qui sont en stage, on leur donne des devoirs.

A eux de divertir les ESSEC avec leurs folles aventures, concoctées durant leurs heures de boulot. Mission pas impossible, mais ardue, s'il l'acceptent.

Partenaires

société générale